Dimanche de l’Orthodoxie – 2013 - He 11, 24-26, 32-40 – Jn 1, 43-51

Paroisse saint Nicolas - Bruxelles

Nous voici donc au premier dimanche de carême. Pour en arriver là, nous avons déjà fait tout un cheminement. Au cours de la période du pré-carême, les textes des évangiles nous ont préparés à cet effort qui nous attendait. Nous avons vu l’importance du désir, du désir d’aller vers Dieu, du désir de voir Jésus avec l’expérience de Zachée, l’importance aussi de l’humilité avec les personnages du Pharisien et du Publicain. Une autre expérience, celle du Fils prodigue, nous a fait prendre conscience de l’exil dans lequel nous vivions, exilés loin de Dieu, mais aussi cette expérience déterminante de la miséricorde du Père pour qui retourne vers Lui. Enfin, l’évocation le Jugement dernier, a souligné l’importance de l’amour du prochain avant celle, essentielle, du pardon.

Tout cela a constitué notre viatique pour ce temps de Grand Carême. Et nous voici donc au terme de la première étape, après une première semaine marquée par la lecture du Grand Canon pénitentiel de saint André de Crète, nous voici prêts à entendre ce qui doit être décisif : l’appel de Dieu, l’appel du Christ.

Car Jésus s’adresse à nous, encore aujourd’hui, comme il s’est adressé à Philippe : « Suis-moi ». Il ne dit pas « veux-tu me suivre » ? Non, il lui dit « suis-moi ». Ce n’est pas un ordre, mais c’est une ferme invitation. Et Philippe le suit. La première chose que fait Philippe, c’est de porter témoignage. Quand il rencontre Nathanaël, il lui dit : « Celui dont on annonçait la venue, nous l’avons trouvé ». Mais Nathanaël doute un peu. Il faudra qu’il rencontre lui-même Jésus, qu’il fasse l’expérience de cette rencontre personnelle au cours de laquelle Jésus va s’adresser à lui, et à lui seul, pour croire. Mais il aura fallu aussi que Philippe lui dise cette petite phrase : « Viens et vois ».

A nous aussi, le Christ ne cesse de dire : « Suis-moi ». Mais nous avons toujours une « bonne raison » de rester en arrière, de garder jalousement un peu de notre vie. Nous disons si souvent : « que ta volonté soit faite » en pensant aussitôt : mais ceci ou cela, je m’en occupe moi-même …

Et pourtant, sur le petit bout de chemin que nous pouvons faire dans les pas de Jésus, nous aussi  nous sommes appelés à porter témoignage, le témoignage de ce que nous vivons, le témoignage de notre foi, le témoignage de notre engagement dans cette église qui d’une manière ou d’une autre nous a accueillis, soit par le baptême, soit par la réception dans sa communion.

Mais notre témoignage, s’il peut faire réfléchir, ne pourra sans doute que rarement convaincre. Et ce n’est d’ailleurs pas son but. Il faudra que celui qui entend notre témoignage puisse à son tour faire l’expérience de cette rencontre bouleversante, cette rencontre qui fait que votre vie n’est plus la même, cette rencontre qui est la vraie conversion, cette rencontre personnelle avec Jésus-Christ, Jésus-Christ fait homme, mort pour nous et ressuscité. Et c’est là tout notre cheminement vers le mystère de Pâques.

Ce premier dimanche de carême est appelé « triomphe de l’orthodoxie ». Ce n’est pas de l’autosatisfaction, (il n’y a vraiment pas de quoi) non, simplement le rappel d’un événement historique. C’est, en effet, le premier dimanche de carême 843 que l’on a restauré la vénération des icônes à Constantinople. C’était la fin d’une longue et parfois violente querelle, la fin d’une hérésie, celle des iconoclastes.

Même si cela ne fait pas partie de la réflexion propre au carême, on peut s’y attarder un moment. La question fondamentale était : peut-on représenter Dieu ? Pour les Juifs et l’Ancien Testament et pour les iconoclastes, la réponse était clairement non. Alors ? Que s’était-il passé, qu’y avait-il eu de nouveau pour qu’on puisse penser que c’était maintenant possible ? L’incarnation. Le Fils de Dieu fait homme. Le Christ avait en quelque sorte donné un visage à Dieu et sa représentation fait partie de ce mystère de l’incarnation du Verbe. Mais, on le sait, pour les orthodoxes, l’icône n’est pas simplement représentation, mais présence. Elle n’est pas illustration, mais révélation.

Les icônes. Elles font partie de notre quotidien, de notre environnement naturel pourrait-on dire. Elles portent notre prière. C’est elles qui nous rendent contemplatifs. Voilà pourquoi l’évènement de 843 revêt une telle importance et pourquoi on le commémore encore aujourd’hui.

Mais ça, c’est de l’histoire. Car le vrai triomphe de l’orthodoxie, il se joue ailleurs, mais il se joue aujourd’hui. Et surtout, il se joue d’abord en nous.

Peut-être que, pour cela, il nous faudrait parler moins de l’orthodoxie que de l’Évangile et de la Résurrection. C’est ce fondamental que le Carême nous aide à retrouver. La Parole, le Verbe. Il faut qu’ils s’incarnent aujourd’hui dans nos âmes et dans nos cœurs si nous voulons porter vraiment témoignage au monde.

N’est-ce pas là le plus beau triomphe que nous pussions espérer ? N’est-ce pas le triomphe de nous devons rechercher ? Oh ! Il ne sera pas spectaculaire ! Mais s’il s’inscrit profondément dans les cœurs, il pourra changer bien des vies, à commencer par la nôtre.

Ce triomphe est celui de la Croix, celui de la Résurrection, celui de ce Christ, vivant, vivant en nous et que nous, vivant en Lui, nous pourrons proclamer pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



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