5e dimanche de carême – 2013 - Mc 10, 32-45

L’extrait de l’évangile de Marc que nous venons d’entendre peut nous paraître un peu étrange, comme si on passait d’une idée à l’autre, si on parlait de choses qui ne nous concerne pas.

Bien sûr, on devine pourquoi on le lit aujourd’hui, en ce cinquième et dernier dimanche de carême. C’est que, comme il a pris à part ses douze disciples, le Christ s’adresse maintenant à nous pour nous prévenir de ce qui va arriver.

Mais nous, nous le savons. Oui, nous savons tout ça. Mais avons-nous bien conscience de ce que cela représente, de ce que cela implique pour nous ? Avons-nous bien conscience que, précisément, tout cela nous concerne et nous concerne directement ?

En fait, c’était là un des buts de notre carême : celui de prendre ou reprendre conscience, celui de se sentir impliqué. Car ce qui est dit, les événements qui sont annoncés vont constituer les fondements de notre foi : Jésus le Christ est mort et ressuscité,  pour nous, pour notre salut, pour nous donner la vie. Ça nous dépasse !

Oui, ça nous dépasse. Comme sans doute les disciples eux-mêmes ont été dépassés. Ce n’était pas la première fois que Jésus leur parlait ainsi du Fils de l’Homme qui allait être livré, battu, mis à mort et qui devait ressusciter le troisième jour. Comprenaient-ils ce qu’il voulait dire ?

Pourtant, lorsque Jésus enseigne ses disciples en leur disant que « le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude », on peut dire qu’il évoquait, en parlant de Lui, une figure que les disciples, bons israélites, devaient bien connaître : celle du Serviteur souffrant dans le livre du prophète Isaïe.

Comme si tout ça leur était passé au-dessus de la tête, deux des disciples demandent à Jésus une place d’honneur « quand il serait dans sa gloire ». « Vous ne savez pas ce que vous demandez » leur dit Jésus. On est dans la plus complète des incompréhensions. Et ça continue : Jésus leur parle de baptême à subir, de coupe à boire, bref, des persécutions qu’ils vont avoir à subir, et les autres réagissent par un mouvement de jalousie, de critique.

Et nous, dans tout ça ? On peut écouter ce texte … en n’y comprenant rien, ou bien en se disant que ça n’est pas pour nous. On peut se demander, au contraire, ce que ça change pour nous. Tout. Tout, si nous croyons vraiment que Jésus-Christ est mort pour nous, qu’il nous a permis d’appeler Dieu « notre père », qu’il nous donne l’espérance de la résurrection pour la vie éternelle.

Bien sûr, nous n’allons pas, comme Jacques et Jean, lui demander une place à sa droite et à sa gauche. Juste un petit coin dans le paradis, une petite place dans ce Royaume qu’il nous a donné, ce Royaume auquel nous participons déjà chaque fois que nous communions au saint corps et au saint sang de notre Seigneur.

Le baptême dont nous avons été baptisés n’était pas celui du sang, mais celui de l’eau et de l’Esprit parce que ce n’est pas dans la souffrance que nous avons été baptisés mais bien en Jésus-Christ ; ainsi, comme le dit l’apôtre Paul, nous avons revêtu le Christ. Le Christ est plus que notre guide : il vit en nous et c’est par Lui que nous vivons. Quant à la coupe que nous devons boire, c’est celle du calice, c’est la coupe de la vie, la coupe du salut.

Bien sûr, nous aurons peut-être à souffrir à cause de notre foi, nous devrons faire des sacrifices si nous voulons vivre selon notre foi. Et pas seulement pour assurer notre propre salut, mais pour témoigner devant le monde. Et le monde en a bien besoin.

Témoigner. Non pas imposer. Servir et non diriger. Si on regarde l’histoire de l’Église, on est souvent loin de tout ça. Et même parfois, dans nos paroisses, il se trouve des gens qui seraient plus prêts à commander qu’à servir. Ainsi va le monde, ainsi sont les hommes.

Mais l’injonction s’adresse d’abord à nous, à chacun personnellement. C’est une règle de vie, non pas dans le but de devenir le premier, mais bien de consacrer notre vie au service de Dieu à travers le service des autres.



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