Samedi de Lazare - 2013

Notre carême est maintenant terminé. Il nous a fait prendre conscience de notre nécessaire repentir, de l’importance du pardon et de la valeur essentielle de la charité et du respect des autres. Ensuite, il nous a amené à Celui que nous devions rencontrer : le Christ lui-même. Nous avons vénéré sa croix, nous allons le proclamer Seigneur et roi.

Au cours de cette dernière semaine, nous avons pu vraiment mettre nos pas dans les pas de Jésus. En lisant les textes des matines et des vêpres, nous l’avons suivi de Betphagé à Béthanie. Jour après jour, nous étions à ses côtés et nous vivions cette montée vers ce miracle, sans doute le plus grand, en tout cas le plus chargé de sens. On comprend bien que l’Eglise, dans ces lectures qu’elle propose, nous préparait à cet événement.

Lundi : la maladie de Lazare est révélée au Christ qui s’attarde au-delà du Jourdain. Mardi : Jésus est averti directement,  les sœurs de Lazare lui font savoir la maladie de leur frère. Mais celui-ci rend l’esprit. Mercredi : Lazare est mort, « autour de Marthe, les femmes en pleurs chantent le deuil d’une sœur » dit l’hymnographie qui note, le   jeudi : « Lazare est dans la tombe […] et ses deux sœurs, Marthe et Marie, mènent grand deuil à son sujet, regardant tristement la pierre du tombeau » «  mais voici venir le Christ avec les apôtres divins pour accomplir de tous les miracles le plus grand. » Vendredi : « Beaucoup de Juifs sont venus de Jérusalem à Béthanie pour voir les sœurs de Lazare et les consoler, mais Lazare sortira du tombeau, obéissant à la parole du Christ. » Et ce samedi matin, nous célèbrerons la résurrection de Lazare.

« En ressuscitant Lazare, le Christ a confirmé la vérité de la résurrection générale » dit le tropaire commun à ces deux jours. Un chant qui donne ainsi la signification d’une double fête : pour l’Eglise primitive, le samedi de Lazare était l’annonce de Pâque, celle du samedi suivant le jour du tombeau vide qui donne la vie.

Mais cette célébration de la résurrection de Lazare a aussi un sens qui nous concerne directement. Lazare est présenté comme l’ami de Jésus, mais nous disons Jésus « ami de l’homme », de chacun, « des hommes » de l’humanité (mais dans une rencontre personnelle).  Béthanie, maison de Lazare, peut prendre le sens de maison de l’homme, le symbole est donc universel et cette amitié de Jésus pour Lazare est bien cette amitié de Dieu pour l’homme (человеколюбец). Une amitié divine qui consiste, pour l’homme, dans la connaissance de Dieu, la communion avec Lui. Bien sûr, en français, on emploie ici le mot « amitié » dans le sens d’un lien particulier, d’un amour profond.

En arrivant devant le tombeau de son ami, Jésus pleure. On se dit : il pleure comme nous, comme un homme, sans comprendre le sens profond de ces larmes. Ce sont des larmes divines. Jésus pleure, non pas seulement la mort de son ami mais parce qu’il voit le triomphe de la mort, la destruction de cette créature sortie des mains de Dieu.

« Il sent déjà ! » diront les proches du défunt. Jésus est la vie et il contemple l’œuvre de la mort !  Le monde a été créé pour proclamer la gloire de Dieu et voilà qu’il « sent déjà ». C’est l’anti-vie, le désespoir, la fin des fins.

Mais Jésus entre dans le tombeau, comme il entrera, volontairement dans sa passion, dans sa propre tombe pour y affronter la mort. Il annonce son heure, sa croix.

S’il pleure, c’est parce qu’il aimait son ami. Et c’est parce qu’il pleure qu’il pourra le ramener à la vie : la résurrection s’affirme ainsi comme la puissance de l’amour. Dieu est amour et l’amour est vie. C’est donc l’amour qui pleure sur la tombe de Lazare, c’est l’amour qui lui rend la vie. C’est l’amour qui sort l’homme des ténèbres vers la lumière « Lazare, sors dehors ! » dit Jésus.

L’ennemi est désigné : c’est la mort. La victoire est annoncée : c’est la résurrection et la reconnaissance par le monde que Jésus est Messie, roi, sauveur. Hosanna diront les enfants en portant les palmes. Le royaume de Dieu est inauguré dans la joie et l’allégresse.



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