Rameaux – 2013 - Jn 12, 1-18

L’événement que nous célébrons aujourd’hui est tout à fait particulier dans la vie de Jésus. En effet, le Seigneur nous avait habitués à plus de retenue, plus de discrétion. Même quand il faisait un miracle, une guérison, il disait : « N’en parlez pas ! » et le voilà qui entre triomphalement à Jérusalem, le voilà qui se fait acclamer par la foule. C’est un triomphe !

Enfin, quel triomphe ? Jésus n’entre pas à Jérusalem dans un carrosse doré, ni sur un cheval blanc plein d’apparats, non, il est perché sur un ânon, cet animal qui ne sert qu’à porter les fardeaux. Une bête de somme. Certainement pas la monture d’un monarque ou d’un chef d’état.

Pourtant, à l’époque, la chose a poussé certains à l’erreur : ils ont cru voir en ce Jésus de Nazareth celui qui allait libérer Israël de la domination romaine. Un roi. Pas au sens où nous l’entendons, nous, aujourd’hui, pour Jésus, mais dans le sens d’un chef politique. Ceux-là seront sans doute les premiers à l’abandonner quand ils auront compris que ce n’était pas là la mission du Christ.


Non, d’une certaine façon, Jésus anticipe et réalise déjà ce retour annoncé pour la fin des temps, cette venue dans la gloire que nous ne cessons de proclamer. Ainsi, chaque année, la célébration de cette fête permet à l'Eglise d'acclamer Jésus, le Christ, le Fils de Dieu comme le vrai Roi de l'Univers, celui par qui tout a été fait, celui à qui tout doit être soumis, au ciel, sur terre, et (mais ce sera le message de Pâques) dans les enfers. Jésus-Christ est ainsi reconnu et annoncé comme ce qu'il est vraiment : Créateur et Maître !

C’est aussi ce qu’il doit être pour nous. Celui que nous avons interpellé comme « Seigneur et Maître de ma vie » tout au long de ce carême lorsque nous avons récité la prière de Saint Ephrem doit vraiment être notre guide, notre chemin. Un maître que l’on sait bienveillant car, bien sûr, on peut s’abandonner totalement à Dieu, dans une pleine confiance, car on sait que tout ce qu’il fera pour nous ne sera inspiré que par l’amour.

« Six jours avant la Pâque. » Nous y sommes. Nous retrouvons Jésus à Béthanie, Jésus et tous ceux qui l’entourent. A commencer par Lazare. Lazare, ce mort de quatre jours comme ne cessent de le clamer les hymnes de matines de ce samedi tout particulier. Lazare que Jésus a ressuscité alors « qu’il sentait déjà ».

La résurrection de Lazare préfigure celle de l’humanité tout entière. Mais il aura fallu que le Christ ressuscite le troisième jour pour qu’il puisse rendre vie à l’homme le quatrième. Lazare était l’ami de Jésus, mais ne dit-on pas que Dieu lui-même est человеколюбец, ce que le français traduit maladroitement par « ami de l’homme » ?

Lazare est là, avec les autres convives. Il partage le repas comme l’homme partagera le festin du Royaume. Marthe servait. Eternelle servante, toujours à la tâche, Marthe est celle qui ne manage pas ses efforts, qui n’a d’yeux que pour ce qu’il faut faire. Et Marie, le regard toujours tourné vers Jésus. Que d’amour dans son geste ! Un amour total qui n’est pas dépourvu de sensualité sans jamais être déplacé, équivoque.

Le parfum, c’est la myrrhe qu’ont apportée en présent les Mages à la crèche de Bethléem, ce sont les aromates des femmes myrophores, c’est le signe du respect du corps au-delà de la mort et, singulièrement, du corps de celui qui est à la fois homme et à la fois Dieu.

A côté, il y a Judas. Le voleur, le traitre, le fourbe. Celui qui parle des pauvres en ne pensant qu’à sa propre poche. Mais Jésus ne le condamne pas, il se sert des paroles de l’Iscariote pour donner une leçon aux autres qui l’entourent : les pauvres, vous les aurez toujours, moi, non.

En effet, les grands prêtres sont là. Ils préparent leur plan : il faut tuer Jésus, mais il faut aussi tuer Lazare puisque beaucoup de gens croient en l’un à cause de l’autre. Ils attendent leur heure.

Mais ce n’est pas le moment. Il ne faut pas aller contre cette foule qui a entendu dire que Jésus est là, qu’il va venir à Jérusalem, et qui va vers lui en portant des palmes et en l’acclamant.

Mais ceux qui, aujourd’hui, crient « Hosanna » vont peut-être, demain, être de ceux qui vont crier « A mort, crucifie-le ! » Ainsi vont s’accomplir les écritures. Et les disciples ne comprendront vraiment tout cela que quand tout sera accompli et qu’ils auront été illuminés de l’Esprit Saint.

Pour l’instant, reste le témoignage : celui de Lazare ressuscité, de ceux qui en parlent ; reste cet élan de la foule qui vient à la rencontre de Jésus ; reste cette nouvelle du miracle qui a été accompli.

Reste tout ce que nous ce cessons de célébrer, cette fête qui apparaît comme un moment de joie après quarante jours de carême et avant une semaine plus difficile encore lorsque nous revivrons la passion de Jésus, sa mort sur la croix et sa mise au tombeau.

Une fête qui est à la fois comme une sorte d’oasis où nous pouvons nous refaire un peu de force spirituelle, mais aussi physique, avant la montée vers le Golgotha, et à la fois une préfiguration de cette fête suprême, cette fête des fêtes qui remplira nos cœurs de joie, d’allégresse, de force et de vie, lorsque nous célèbrerons la résurrection du Christ.

Mais aujourd’hui, oui, faisons la fête ! Et méditons le sens de ce jour avec le tropaire qui accompagne nos célébrations : « Pour affermir avant ta passion la croyance en la commune résurrection, d’entre les morts, tu as ressuscité Lazare, ô Christ notre Dieu : comme les enfants de ce temps, nous portons les symboles de victoire et te chantons comme au vainqueur de la mort : « Hosanna au plus haut des cieux, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »



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