Dimanche des Myrrophores-2013

C’est le matin. Le jour se lève. La lumière après la nuit. La vie après la mort. Les femmes se rendent au sépulcre, avec des aromates pour embaumer le corps de Jésus. Mais le corps de Jésus n’est plus dans le tombeau. La pierre, la lourde pierre, a été roulée et les femmes sont témoins de la résurrection du Christ.

Journée bénie ! Oui, ce serait une journée bénie celle où nous, nous pourrions dès le matin, alors que la lumière du jour commence à éclairer un jour nouveau, tourner toutes nos pensées vers le Christ vivant, le Christ ressuscité, le Christ vainqueur de la mort. Cette aube où nous pourrions illuminer dès le commencement notre journée du seul vrai soleil : Jésus.

Mais, bien souvent, nos journées commencent avec les soucis et les pensées de la veille. Et, dans beaucoup d’âmes – les nôtres aussi sans doute – Jésus est toujours comme enseveli, au tombeau. Il est là, dans notre cœur, mais on dirait qu’il est paralysé, sans vie. Il est une idée, un concept, un souvenir, une tendresse peut-être …

Une pierre, une lourde pierre, le recouvre : celle de nos faiblesses, de nos lâchetés, de notre indifférence, de notre ignorance, de notre paresse. Sans compter cette crasse qui semble la fixer plus encore : celle de nos mauvaises habitudes, prises et répétées depuis tant d’années. Alors, comme les myrophores, nous nous demandons : « Qui nous roulera la pierre ? »

Ceux qui auraient surpris les femmes sur le chemin du tombeau les auraient sans doute prises pour des écervelées, mais pourtant, elles ont pris la route du sépulcre. Elles ont confiance. Et c’est le premier mouvement, le premier pas guidé par l’espérance et la foi, la confiance en Dieu.

Alors nous aussi, mettons-nous en route ! Prenons le chemin de la redécouverte du Seigneur, du Christ ressuscité, de Jésus-Christ vainqueur. Prenons le chemin de la Vie. La vraie Vie.

Mais les femmes ne partent pas les mains vides : elles emportent les aromates. C’est peu de chose sans doute, mais c’est tout ce qu’elles pouvaient offrir, à ce moment-là, à leur Seigneur.

Et nous, qu’avons-nous à offrir ? Allons-nous aller les mains vides à la rencontre de celui que nous avons enseveli au fond de notre cœur ? Qu’avons-nous à apporter ? Que pouvons-nous offrir à ce moment-ci ?

Un peu d’amour, un acte de charité envers notre prochain, un geste, un sourire, notre pauvre prière. C’est sans doute peu de chose, mais c’est tout ce que nous pouvons trouver dans notre vie.

Et le miracle se produit : la pierre a été roulée. Ce que les femmes ne pouvaient faire, ce que nous ne pourrions réaliser, Dieu l’a fait, Dieu le fait. Dit comme ça, c’est merveilleux et tout paraît simple, et surtout sans trop porter atteinte à notre petit confort.

Mais un autre évangile (celui de Matthieu) est plus explicite : il parle d’un tremblement de terre et d’un ange qui descend du ciel pour rouler la pierre. Le tombeau se serait donc ouvert dans un fracas épouvantable ! Le rocher  de nos faiblesses, de nos lâchetés, de notre indifférence, de notre ignorance, de notre paresse et de nos mauvaises habitudes aurait-il aussi besoin d’un tel traitement ?

C’est qu’il ne s’agit pas d’enlever quelques cailloux, de faire une petite remise au point, de balayer quelques pierrailles. Le changement doit être plus profond, total, et là aussi doit se produire un tremblement de terre spirituel ! Ça fait peur ! Mais là encore, nous avons une force, nous avons une lumière la foi et l’espérance qui nous guident.

 
Les femmes myrrhophores aussi ont eu peur. Tout ce qui nous bouleverse, tout ce qui change notre vie, fait peur. C’est normal, c’est humain. Elles ont eu peur en voyant ce jeune homme tout de blanc vêtu, mais elles n’ont pas fui et elles seront – une fois remises de leur frayeur – les premières à annoncer la résurrection du Christ. Même que les apôtres refuseront de les croire !

Au fait, me direz-vous, les apôtres dans tout ça, où sont-ils ? Eux aussi ont peur. Ils se cachent ! Certes, on peut  comprendre que ceux qui ont été les plus proches, les plus engagés, sont aussi les plus marqués, les plus désemparés par la mort de leur Maître. Pourtant, Jésus les avait avertis, il leur avait tout expliqué, mais ils n’avaient pas compris.

Ceux qui interviennent aujourd’hui ne cherchent pas à comprendre. Ils sont là, fidèles. Ils agissent. Il y a d’abord ce Joseph d’Arimathie, le noble Joseph comme nous l’avons chanté lors de la mise au tombeau du Vendredi saint. Ce n’est pas n’importe qui, c’est un notable. Tout ce qu’on dit de lui, c’est qui attend le Royaume de Dieu. Et pourtant, il va oser. Il va risquer les critiques, les ennuis peut-être avec les autres membres de ce Conseil dont on dit qu’il fait partie. Il ose aller trouver Pilate ! Et pourquoi ? Pour demander le corps de Jésus. Jésus qui était, aux yeux des Juifs, un blasphémateur, un faux prophète, quelqu’un qui devait mourir !

Joseph va oser tout cela pour offrir une sépulture décente à ce Jésus qui venait de périr de la façon la plus infamante qui soit, qui venait de mourir sur la croix.

Les femmes aussi ont osé. D’abord, elles ont osé être toujours là, près du tombeau comme elles étaient près du calvaire. Ensuite, elles ont osé revenir, alors qu’elles savaient très bien qu’elles seraient incapables de rouler la pierre qui fermait le sépulcre. « Qui nous roulera la pierre ? » Elles ne le savaient pas. Mais elles sont venues quand même. Dans la confiance.

Il fallait oser. Avoir confiance. Il fallait aimer. Oui, c’est ce qui ressort de l’attitude de tous ces personnages qui semblent sortir de l’ombre au moment le plus dramatique : ils aiment.

Parce qu’il fallait aimer pour vouloir ensevelir celui qu’on venait de voir supplicier, il fallait aimer pour vouloir embaumer son corps. Il fallait aimer de cet amour qui permet de dépasser les peurs, qui permet d’oser.


Ainsi, l’attitude de ces femmes, comme d’autres dans les Évangiles, reste un exemple pour nous, aujourd’hui. Elles incarnent, en quelque sorte, un aspect fondamental de la vie chrétienne : c’est le dévouement personnel et l’affection portée à Jésus-Christ.

C’est une femme qui a oint le Seigneur alors que les disciples murmuraient ; ce sont des femmes qui étaient au pied de la croix, quand tous, sauf Jean, l’avaient abandonné ; ce sont des femmes qui sont venues au sépulcre et ont dû appeler les apôtres qui s’en étaient retournés chez eux, mais elles furent les premières à témoigner de la résurrection.

Quel exemple pour nous ! Jésus n’est plus sur la terre mais, dans un monde ennemi, Il reste le rejeté, méprisé et délaissé. Et si, comme celui des femmes myrophores, nos cœurs pouvaient s’attacher vraiment à Lui pour le suivre encore …



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