Dimanche du paralytique-2013

A la paroisse St Nicolas (rue DeMot) à Bruxelles

L’homme, au bord de la piscine de Bethesda est paralysé depuis trente-huit ans. Trente-huit ans. À l’époque où Jésus vivait parmi les hommes, autant dire une vie. Depuis combien de temps était-il là, à côté de ce bassin miraculeux, à côté de tous ces infirmes, aveugles, boiteux, impotents ? Peut-être avait-il vu certains d’entre eux plonger dans les eaux bouillonnantes, y entrer au bon moment et être guéri. Mais lui était là, tout seul. « Je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau commence à s’agiter ; et, le temps d’y aller, un autre descend avant moi ». Et pourtant, il est là. Il garde espoir. Malgré tout.

Et voilà que quelqu’un qu’il ne connaît pas vient lui demander : « veux-tu être guéri » ? Quelle question ! Imaginez qu’on vous demande cela alors que vous êtes au lit depuis trois jours avec la grippe ! Pourtant, le paralytique ne répond pas : bien sûr que je veux être guéri, il dit au Seigneur son impuissance. Là où il est, comme il est, il n’a aucun espoir.

N’est-ce pas là la situation de l’homme, de l’être humain, en face de Dieu ? Durant le Grand Carême, nous avons chanté notre exil du paradis comme les enfants d’Israël aux bords des fleuves de Babylone, nous avons médité ce retour du fils prodigue qui retrouvait un Père accueillant. Veux-tu guérir ? Veux-tu retrouver cet état, cette relation avec le Père ? La question de Jésus revient donc à poser celle du salut : veux-tu être sauvé ?

À l’impuissance avouée de l’homme, Jésus répond par un geste de miséricorde : « Lève-toi, prends ton grabat et marche. » L’homme a écouté Jésus, il lui a fait confiance. Il est guéri.

« Prends ton grabat » lui dit Jésus. Doit-il donc porter ce souvenir de son infirmité ? Devons-nous porter nos fautes passées, le poids de nos erreurs, le fardeau de ce que nous appelons nos péchés ? Oui. Parce que nous devons supporter le poids de notre passé, mais à cette différence que Jésus est là, maintenant, pour nous aider à le dépasser.

Lève-toi et marche. L’homme, qui a fait confiance, qui a cru en Jésus, doit maintenant faire un effort : se lever, il peut marcher, aller là où il veut. Sa vie a changé. Il le doit à Jésus, mais il doit lui-même en assumer les conséquences.

Pierre aussi relève un paralytique. Mais ce n’est pas lui qui guérit « celui qui te guérit, c’est le Christ Jésus » dit-il à l’infirme. C’est au nom de Jésus aussi qu’il rend vie à cette Thabita qui vient de décéder. Les apôtres sont habités de l’Esprit, ils ont la force de la vie. Mais c’est toujours au nom de Jésus qu’ils agissent, qu’ils guérissent.

Nous sommes bien loin de cette grâce. Près de deux mille ans ont passé. Nous sommes les héritiers de ces premiers qu’on appela chrétiens, nous sommes les disciples du Christ. Mais …

Est-ce que ça change notre vie ? N’avons-nous pas tendance à rester, comme le paralytique, au bord de ce qui pourrait être vraiment notre vie, à nous dire que ce n’est pas pour nous ; d’autres, peut-être …

Et pourtant, le Christ est là, à nos côtés. Il nous demande : « Veux-tu être guéri » ? Et que lui répondons-nous ? Bof ? Sommes-nous prêts à Lui répondre : oui au risque que notre vie change du tout au tout ?  Finalement, mais sans nous l’avouer, ne sommes-nous pas bien dans cette immobilité de nos habitudes, de notre confort, de nos aises ? Même si ça nous nous sentons paralysés, un peu, de temps en temps ? Serions-nous prêts à retirer nos pantoufles pour mettre des chaussures de marche et avancer dans les pas du Christ ?

Nous avons en nous une force à nulle autre pareille, celle de la résurrection.
Nous chantons le Christ ressuscité, nous devrions plutôt en vivre, le laisser vivre en nous. Mais pour cela, comme le dit saint Paul, il faut que le vieil homme meure en nous. Ce vieil homme, nous le connaissons bien, c’est celui que nous sommes tous les jours. C’est le paralytique. Mais nous n’avons besoin de personne pour nous plonger dans la piscine, car le Christ est là. À nous de décider de le suivre. À nous de dire : je veux guérir ! Alors, nous pourrons dire que, dans notre vie aussi, le Christ est ressuscité.



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