Dimanche de l’aveugle-né – 2013 - Jn 9, 1-38

« Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » dit Jésus avant d’ouvrir les yeux à cet aveugle de naissance. La lumière est sans conteste une des clés de la compréhension de cet évangile. Or, le thème de la lumière traverse toute l’écriture. Depuis la Genèse lorsque « Dieu dit : Que la lumière soit !  Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. Dieu appela la lumière « jour » et la ténèbre il l’appela « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le premier jour ». Tout commence par la lumière. Imaginez d’ailleurs, un monde sans lumière, un monde sans soleil … oui, celui des abysses. Et pourtant, là aussi il y a de la vie. Comme cet homme est bien vivant bien qu’il soit aveugle de naissance.

La lumière, dans l’Écriture, c’est aussi celle du Buisson ardent, du visage de Moïse lorsqu’il descend du Sinaï portant les tables de la Loi. Mais c’est surtout cette lumière annoncée par le prophète Isaïe : « le peuple qui gisait dans les ténèbres a vu une grande lumière », une parole que nous répétons chaque fois que nous célébrons Noël, une parole qui, pour nous, annonce la naissance de Jésus, fils de Marie, fils de Dieu, celui-là même qui est « la lumière du monde ».

C’est aussi la lumière du Thabor, cette révélation éclatante de la divinité de Jésus lors de sa Transfiguration. Une lumière qu’il a donnée aux hommes. Une lumière que Motovilov a pu expérimenter, vivre, lors d’une de ses rencontres avec saint Séraphin de Sarov. Une lumière que, parfois, nous pouvons voir briller, fut-ce un seul instant, sur le visage de quelqu’un qui est touché par la grâce de Dieu.

C’est aussi cette lumière qui se révèle à saint Paul lors de sa conversion. Mais lui aussi commence par devenir aveugle. Il faudra qu’Ananias lui ouvre les yeux pour qu’il ait la révélation de sa mission : « Saoul, mon frère, lui dit-il, c’est le Seigneur qui m’envoie – ce Jésus, qui t’est apparu sur la route que tu suivais – afin que tu retrouves la vue et que tu sois rempli d’Esprit Saint. » Saoul devient Paul et il commence à prêcher la parole de l’Évangile. De même, l’aveugle de naissance, s’il sait que c’est un homme qu’on appelle Jésus qui l’a guéri, il n’en sait guère plus et à ceux qui lui demandent : « Où est-il, celui–là ? » il répond : « Je n’en sais rien. » Il faut que Jésus le retrouve par la suite et lui parle. La parole : « Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ? » Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l’as vu, c’est celui qui te parle. » L’homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui.

Lorsqu’ Ananias impose les mains à Saoul (à Paul) « des sortes de membranes lui tombèrent aussitôt des yeux ; il retrouva la vue et reçut alors le baptême ». Jésus, lui, cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l’appliqua sur les yeux de l’aveugle ; et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. Double symbole : la boue, la glaise, c’est le matériau que Dieu utilise pour créer l’homme ; et la piscine – celle de l’Envoyé – est, pour nous, le rappel de l’eau de notre baptême. Et c’est cela qui guérit l’aveugle : la volonté de Dieu et la purification par l’eau baptismale.

Ce passage de l’évangile est le dernier qui nous soit proposé durant cette période après la fête de Pâques, période lumineuse pas excellence où nous avons vécu remplis de la lumière de la résurrection. Et nous nous préparons à célébrer l’ascension de Notre Seigneur. Est-ce à dire que nous allons nous retrouver sans notre lumière ?

« Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » avait dit Jésus à ses disciples. Mais comme à ceux qui restaient les yeux tournés vers le ciel lors de l’ascension de Jésus, nous entendrons les anges nous dire  comme aux disciples : « pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Et puis, surtout, nous garderons toujours dans la mémoire de notre cœur ces paroles de Jésus qui sont les derniers mots de l’évangile de Matthieu : « et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

C’est notre joie, c’est notre force. À nous qui étions aveugles de naissance – du point de vue spirituel, bien sûr – il nous a été donné de voir la lumière du monde, le Christ et il nous est donné de vivre de cette lumière ineffable qu’est la lumière de Pâques, la lumière de la résurrection.



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