Dimanche de la Samaritaine – 2013

Jésus s’assied sur le bord du puits. Il est fatigué. C’est, précise l’évangéliste, environ la sixième heure. Midi. Il fait chaud. Tout naturellement, Jésus a soif. Tout naturellement. Parce que Jésus – même s’il est vrai Dieu – est vraiment un homme, un être humain, avec ses faiblesses. D’ailleurs, Jésus aura soif, jusqu’à la fin, jusque sur la croix. « J’ai soif. » Saint Jean est le seul des quatre évangélistes à rapporter cette parole du Christ en croix. C’est aussi celui qui raconte l’épisode de la Samaritaine. Sur le Golgotha,  « il y avait une cruche remplie de vinaigre, raconte saint Jean, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche ».

Tout ce que les hommes, ses bourreaux, offrent à Jésus, c’est du vinaigre. Le rejet est donc total. « Jésus dit : « Tout est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit ». La soif de Jésus était donc d’une autre nature que, simplement, le fait d’avoir envie de boire. Quand il demande de l’eau à la Samaritaine, certes, il lui demande de puiser de quoi s’abreuver, mais, en fait, sans doute qu’il lui demande plus que de l’eau. Et nous sommes à la sixième heure. Celle-là même où, le jour de la Préparation de la Pâque, « Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi ! » et où « ils se mirent à crier : « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! ».

La sixième heure. L’heure où Jésus, le Christ, s’offre en sacrifice pour le salut du monde. L’heure à laquelle il dit à la Samaritaine : j’ai soif. Au-delà de toutes les règles, au-delà de tous les interdits (les Juifs ne parlent pas aux Samaritains et on ne parle pas aux femmes) Jésus ouvre son cœur. En demandant à boire, il montre sa faiblesse, lui, le Dieu d’avant les siècles, s’abaisse à notre nature. Mais il demande aussi à cette femme un simple geste de convivialité, d’accueil. Lui donner à boire. N’est-ce pas là notre premier signe d’accueil à quelqu’un qui vient chez nous : « voulez-vous boire quelque chose ? »

En demandant à boire à la femme, Jésus lui donne l’occasion de faire un geste envers lui. C’est peut-être cela la soif de Dieu vis-à-vis de l’homme, celle qui s’exprime dans l’Apocalypse par cette phrase : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi ». C’est cette invitation de Dieu, cette attente de Dieu. J’ai soif.

Et que peut lui donner la Samaritaine ? De l’eau du puits. C’est important, l’eau. C’est la source de la vie. Là où il y a de l’eau, il y a – ou il peut y avoir – la vie. C’est pour cela que les scientifiques, aujourd’hui, cherchent à savoir s’il y a des traces d’eau sur la planète Mars. Mais l’eau est comme un signe, un symbole. Ce que Jésus demande à la Samaritaine, c’est son cœur, son amour. Et c’est pour cela qu’il l’interpelle sur sa vie la plus intime : « Vas chercher ton mari ».

Mais Jésus n’attend pas la réponse de la femme. Il lui dit : « Si tu savais le don de Dieu,  si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. » La suite de la conversation nous montre que la femme a reconnu en Jésus au moins un prophète. Et c’est elle, alors, qui Lui demande : « Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici ».  Que je n’aie plus à venir puiser ici, que ma vie ne dépende pas de cette eau mais de quelque choses de plus grand, de plus fort.

Que pouvons-nous offrir au Christ qui nous dit « j’ai soif », qui nous dit « je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui ». Que pouvons-nous lui offrir ? L’eau de notre nature, l’accueil de notre cœur. Malgré nos fautes, nos faiblesses. « Va chercher ton mari ». Ça, c’était pour la Samaritaine, mais on trouverait aisément, dans notre vie, de quoi nous renvoyer à quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais, comme sur la margelle du puits de Jacob, Jésus ne cesse de nous dire « si tu savais le don de Dieu ».

Nous, nous le savons. Et pourtant, comme les bourreaux au pied de la croix, nous ne cessons de lui offrir du vinaigre, alors que Lui nous donne cette eau vive, l’eau de la Vie, l’eau du baptême. Mais tout cela ne peut se découvrir, se vivre et se réaliser que dans une rencontre personnelle, comme celle de Jésus et de la Samaritaine. Une rencontre en profondeur, une rencontre qui, peut-être, va nous déstabiliser. Comme la femme qui s’en retourne à la ville en disant : « Venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. » Mais la femme qui ajoute : « Ne serait-ce pas le Christ » ?

Oui, c’est le Christ. Celui que nous célébrons, celui qui nous donne cette eau vive de la vie éternelle. Parce que c’est celui que nous proclamons vivant, vainqueur de la mort : le Christ ressuscité !



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