Dimanche des Saints Pères du 1er concile - 2013 - Jn 17, 1-13

Au monastère de Bussy-en-Othe

Si nous avançons sur notre chemin de foi au rythme du calendrier liturgique, si nous revivons notre expérience spirituelle selon la mémoire de ces événements qui ont marqué l’histoire, qui ont fait l’histoire de notre salut, alors, nous sommes maintenant comme ces gens de Galilée à regarder le ciel et à nous demander où est notre Seigneur.

Bien sûr, il nous avait dit, comme à ces apôtres, qu’il devait retourner vers son Père et on nous dit même aujourd’hui qu’il est assis à la droite de Dieu ; bien sûr, nous l’avons vu ressuscité quand il est apparu à Marie-Madeleine, nous avions d’ailleurs entendu le message de l’ange aux myrrhophores … avec Thomas, nous avons mis la main dans ses plaies, et nous l’avons vu manger un morceau de poisson et un rayon de miel devant ses apôtres réunis. Nous avons marché à ses côtés, avec Luc et Cléophas sur le chemin d’Emmaüs …

Bien sûr … Et pourtant, nous attendons toujours. Jésus nous a promis l’Esprit, le Paraclet. C’est cela que nous attendons. Sans trop savoir de quoi il s’agit. C’est quand on l’a reçu, quand il nous a touchés qu’on peut en faire, vraiment, l’expérience.
 
Sans cesse, nous attendons cette Pentecôte qui doit nous ouvrir les yeux, comme Jésus le fit à l’aveugle de naissance. Et elle nous est donnée, en ce moment de notre vie, comme à chaque instant, reste à savoir si notre cœur, si notre âme, sont prêts à la recevoir.

Et puis, tout cela nous dépasse. Les théologiens vous expliqueront que, en retournant vers son Père (vers mon Père et votre Père, disait-il) Jésus a, en quelque sorte, retrouvé sa place de Fils de Dieu. Mais c’est aussi le fils de Marie qui est assis à la droite du Père, donc un homme et à travers lui, tous les hommes. Ça nous dépasse, vraiment ! Qu’est-ce que ça change ? Tout, évidemment ! Mais comment cela va-t-il changer notre vie ?

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à méditer ce passage de l’évangile de saint Jean quand Jésus adresse à son Père sa dernière prière, non pas pour ce monde qu’il va quitter, mais pour les disciples qu’il va y laisser. Je voudrais risquer à mon tour une sorte de parabole.

L’évangile de Jésus-Christ est pareil à un domaine, un vaste domaine (le monde), avec ses maisons, ses champs, ses rivières, sa vigne. C’est le Seigneur lui-même qui l’a fondé. Il y a laissé sa parole comme des arbres qui donnent du fruit laissant aux hommes le soin de le cueillir ; il y a laissé son corps et son sang dans le blé et le fruit de la vigne dont les hommes feront le pain et le vin de l’eucharistie.

Son domaine, le Christ l’a d’abord confié à ceux qu’il avait préparés pour cela : ses disciples. Des disciples qui sont allés aux quatre coins du domaine pour porter la parole, pour semer la bonne nouvelle. Ils sont devenus des apôtres. Ils apportaient un témoignage direct, vécu.

Déjà, lorsqu’ils avaient décidé de suivre le Christ, ils s’étaient isolés des autres. Ils avaient abandonné leur travail de pêcheur ou de collecteur d’impôt.

Ce sont ceux-là dont Jésus parle à son Père en disant d’eux qu’il les a retirés du monde. Oui, ils sont sortis du monde parce qu’ils pensaient, agissaient et vivaient autrement que selon les valeurs du monde, les idées du monde. Mais ils restaient dans le monde pour porter leur témoignage.

Lorsqu’ils n’ont plus été là, ceux qui avaient entendu la parole ont entrepris de soigner le domaine selon ce qu’ils avaient compris, d’autres, ont laissé là leur champ, leur vigne, qui ont été envahis par les ronces. Les Pères sont venus. Ils ont arraché les mauvaises herbes, ils ont tracé des chemins au cordeau, ils ont redressé les murs qui s’étaient effondrés.

Ceux dont nous célébrons la mémoire aujourd’hui, les pères du premier concile œcuménique, ont eu cette lourde tâche de préciser les fondements de la foi et de mettre un terme aux premières et graves hérésies.

Leur œuvre, comme celle des apôtres, n’a été possible que dans l’Esprit et par l’Esprit. Sans la Pentecôte, on aurait eu beau semer dans le domaine, jamais on aurait eu de récolte, on aurait pu proclamer l’Evangile, répandre la Parole, rendre témoignage du Christ ressuscité,  jamais le message ne se serait transmis jusqu’aux limites du monde, comme le dit l’hymnographie.

Jusqu’aux limites du monde … et jusqu’à nous. Car c’est nous qui sommes, aujourd’hui, les gardiens du domaine. C’est nous qui en sommes les héritiers.  C’est nous que le Seigneur a mis à part, c’est nous qu’il a sortis du monde …

Mais nous avons trop souvent tendance à y retourner, dans le monde, à vivre selon les soit-disant valeurs de notre société. C’est pourquoi nous devons, jour après jour, semaine après semaine, année après année, avancer sur notre chemin de la foi au rythme du calendrier liturgique, revivre notre expérience spirituelle selon la mémoire de ces événements qui ont marqué l’histoire, qui ont fait l’histoire de notre salut, pour qu’un jour, enfin, notre cœur et notre âme soient prêts à recevoir ce qui sera notre Pentecôte, l’Esprit du Seigneur, qui pourra vraiment illuminer et guider notre vie pour la gloire de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.



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