Saints Pierre et Paul – 2013 - 2Co 11,21-12, 9 – Mt 16, 13-19

« Ma grâce te suffit, et c’est dans la faiblesse que ma puissance se manifeste pleinement »

Tout est dit. Mais tout est-il bien compris ? On vous dira : celui que se croit fort, celui qui ne compte que sur lui-même, celui-là ne ressent pas le besoin de Dieu. Et quoi ? Nos églises sont alors pleines de gens qui doutent d’eux-mêmes ? De gens incapables de se conduire, de mener leur vie ? Les prêtres seraient donc des espèces d’assistants spirituels comme il y a des assistantes sociales pour les paumés ou les êtres en difficulté ?

Non, fort heureusement. Il y a dans nos églises des gens qui sont forts mais qui savent mettre leurs forces au service du Seigneur plutôt que de leur égo, qui mettent leur intelligence à témoigner de la parole de Dieu plutôt que de chercher à garantir leurs propres intérêts.

Mais, non, il ne faut pas non plus se réjouir de sa faiblesse. Ce n’est pas parce qu’on se sent petit qu’on est humble, ce n’est pas parce qu’on est pauvre ou qu’on souffre qu’on est justifié.

A l’entendre, l’apôtre a subi mille tourments, il n’en tire aucune gloire. Et si, comme le fait saint Paul, on se vante surtout de sa fragilité que ce soit, comme lui, afin que repose sur nous la puissance du Christ.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : non pas de nier notre propre puissance, d’occulter nos propres talents, de nier notre propre valeur, mais de les mettre au service du plus puissant, du Tout Puissant et de recevoir de lui, la force qu’il nous faut.

Ma grâce te suffit. Cette grâce que Dieu donne à profusion, sans compter … encore faut-il que l’homme soit capable de la recevoir, de prendre le temps de l’accueillir. Et Dieu ne fonctionne pas sur rendez-vous : il ne s’agit pas pour lui d’essayer de caser sa rencontre avec nous en fonction de notre agenda si chargé ! Cette rencontre déjà sera la première manifestation de la grâce. De la grâce et de la miséricorde.

Les apôtres et en particulier les saints Pierre et Paul, sont sans conteste des hommes de miséricorde : non seulement parce qu’ils furent eux-mêmes miséricordieux, mais d’abord parce qu'ils ont obtenu miséricorde pour eux-mêmes, et que c'est dans sa miséricorde que Dieu nous les a donnés.

De cette miséricorde, tout comme de cette force qu’il a reçue, Saint Paul en témoigne dans sa première lettre à Timothée « Je suis plein de reconnaissance, écrit-il, envers celui qui m’a donné la force, le Christ Jésus notre Seigneur : c’est lui qui m’a jugé digne de confiance en me prenant à son service, moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur et violent. Mais il m’a été fait miséricorde, parce que j’ai agi par ignorance, n’ayant pas la foi. »  

Le témoignage de Pierre serait tout différent. Pierre, au contraire, lui, savait, Jésus lui avait ouvert les yeux, l’avait enseigné, instruit, et pourtant, il a renié. Il a renié, puis il a pleuré. Peut-être que son cœur n’était pas assez fort encore pour supporter l’arrestation et la passion de son maître. Peut-être son intelligence, ses connaissances, avaient-elles été enrichies mais … Peut-être lui manquait-il cette force de l’Esprit qui allait le pousser jusqu’au bout de son témoignage. Car ce n’est pas un hasard, bien sûr, si nous fêtons la saint Pierre et Paul aujourd’hui et la synaxe des douze apôtres demain, quelque temps après la Pentecôte.

 
Pour nous, l’exemple de la miséricorde dont ces deux apôtres ont été l’objet est, aujourd’hui, pour nous, et notre monde, un signe d’encouragement.

La miséricorde du Christ pour Paul est la preuve éclatante que Dieu peut modifier une vie, fondamentalement, et amener à Lui  même ceux qui le combattent.

La miséricorde dont Pierre a pu bénéficier est ainsi un encouragement pour tous ceux qui tombent. Et nous tombons tous. C’est qu’un vrai repentir nous relève et que nous pouvons alors recevoir cette grâce, cette miséricorde de Dieu.

L’important, lorsqu’il nous arrive de tomber, c'est de ne pas, par une sorte de désespoir, rester pris dans le mal, mais plutôt de nous relever avec la ferme confiance que le pardon nous sera accordé alors que nous confessons nos fautes de tout notre cœur.

Mais ce que l’on doit retenir aussi – et surtout – de Pierre, c’est sa confession : celle que nous rappelle l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre. Jésus demande à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Alors Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » donnant ainsi à la réponse de Pierre toute sa valeur inspirée. Et c’est sur cette confession que Jésus déclare : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».

La démonstration – si on peut utiliser ce terme – est probante : Dieu inspire l’homme puis Dieu donne à l’homme une mission. C’est cela aussi la grande grâce de Dieu. Et c’est bien pour cela que « Ma grâce te suffit. »

 Parce que la grâce de Dieu est la source, le principe même de la vie. La grâce de Dieu est la force … encore faut-il que l’homme soit capable et d’accord de l’accepter.

Car Dieu n’a que faire de recruter des marionnettes ! Dieu a besoin d’hommes forts, volontaires mais qui acceptent de mettre leur force et leur volonté propre au service de Dieu, de se laisser inspirer par l’Esprit divin. Sans nécessairement se demander : à quoi bon ou à quoi ça sert mais en essayant d’abord d’être soi-même, autant qu’on peut et ce n’est déjà pas si simple, et puis laisser Dieu se servir de nous, nous inspirer, nous guider, nous mener sur son chemin et cela, au besoin, parfois un peu malgré soi.

Cette puissance de Dieu, c’est un peu comme le vent qui fait gonfler la voile du navire. Si la voile n’est pas solide, elle se déchire, et le bateau reste en rade. Si la voile n’est pas souple, si on la remplaçait par une plaque de métal, le navire n’avancerait pas ou, en tout cas, serait bien difficile à manœuvrer.

Cette puissance de Dieu, c’est comme la main du père qui guide celle de son enfant pour lui apprendre à écrire. Si la main de l’enfant n’est pas assez ferme, elle ne tiendra pas le crayon. Si elle n’est pas assez souple, elle ne suivra pas le tracé des lettres. Avez-vous déjà essayé d’écrire avec une main dans le plâtre ou avec des moufles ?

Mais c’est vrai que, le plus souvent, nous essayons d’être forts et nous empêchons Dieu de manifester sa force parce que nous voyons Dieu comme extérieur à nous-mêmes, comme un autre, et cette altérité nous met dans une relation d’opposition, de concurrence : qui sera maître de ma vie, moi ou cet autre ?

Mais Dieu n’est pas autre. L’apôtre Paul n’a pas délaissé le commandement de l’armée romaine pour celui de l’armée du Christ, il n’est pas commandé par quelqu’un d’autre, par quelqu’un d’extérieur « c’est le Christ qui vit en moi » dit-il. « Le Royaume est en vous » avait dit Jésus. C’est bien nous qui vivons du Christ lorsque le Christ vit en nous.

Mais cette attitude implique aussi un engagement personnel qui revient à donner sa vie. Pas nécessairement par le martyre et la mort, mais par une attention de tous les jours, consacrer son temps, ses forces, et cela, c’est un peu – parfois – comme mourir à soi-même.

Mais Jésus, lui, est mort pour nous sur la croix, et si nous n’acceptons pas, à notre tour, de porter notre croix (qui peut être celle du témoignage, du service, du don de soi), nous traverserons la vie comme des mendiants qui attendent que quelqu’un paie pour nous.



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