8e dimanche après Pentecôte – 2013 _ Mt 14, 14-22

Ce récit de la multiplication des pains est un des rares, sinon le seul, à se retrouver dans les quatre évangiles. C’est dire l’importance que lui a accordée la Tradition dans laquelle s’est structurée l’Écriture.

C’est qu’il n’est pas sans rappeler cette « manne » dont Yaveh nourrissait l’antique Israël dans sa traversée du désert. Et là aussi, il y en avait pour tout le monde. Mais surtout, il anticipe cette dernière Cène, lorsque Jésus va rompre le pain et le distribuer à ses disciples. Ce pain qui deviendra le pain de l’eucharistie.

C’est aussi lorsqu’il a rompu de pain que les disciples l’ont reconnu sur le chemin d’Emmaüs , c’est en le voyant cuire du pain et griller du poisson que Jean a reconnu le Seigneur ressuscité alors qu’il les attendait sur le rivage. C’est enfin, le signe, la preuve, que la parole de Dieu, elle s’écoute, comme l’avait fait la foule qui le suivait mais aussi elle se partage, elle se célèbre comme nous le faisons au cours de chaque liturgie.

Mais cette multiplication des pains, comment cela s’est-il passé ? Rien n’en est dit. La foule avait-elle conscience de l’événement ? Dans ce passage de l’évangile de Matthieu, rien n’en est dit non plus. Sinon que, une fois les milliers de personnes rassasiées, Jésus dit à ses disciples de monter dans la barque et de le précéder vers l’autre rive pendant que lui renverrait la foule. Vers l’autre rive. Comme s’il fallait toujours reprendre un peu de distance avec les choses, retrouver une certaine solitude pour sauvegarder l’essentiel – le message, la parole de Dieu – sans se laisser aller aux enthousiasmes ou aux fausses gloires de ce monde.

Et puis, il y a ces mots, tout au début de l’extrait que nous venons d’entendre : « Jésus vit une grande foule et, pris de compassion, il en guérit les infirmes. » Pris de compassion. Jésus n’abandonne jamais ceux qui le suivent. Ils sont venus pour l’entendre, certes, mais aussi pour se faire guérir ou pour voir guéris des parents, des amis qu’ils ont amenés. Qu’importe leur motivation, Jésus ne fait pas de tri, il guérit. Par compassion.

Mais voilà, le soir est venu. Dans le temps liturgique, on dirait que c’est un nouveau jour qui va commencer. Oui, c’est un nouveau jour, une nouvelle ère, celle du Christ. Et que va-t-il faire ? Nourrir tous ceux qui sont là. Ou plutôt, non. Parce qu’il ne va pas dire à ses disciples : Je vais les nourrir mais au contraire : donnez-leur vous-mêmes de quoi manger. Là, ils ne comprennent rien. Ils n’ont que quelques pains et deux poissons. Pourquoi des poissons ? Peut-être faut-il y voir le symbole dans ce texte de Tertullien : « Nous autres, petits poissons, nous naissons dans l’eau et nous ne sommes sauvés qu’en demeurant dans l’eau», entendez, l’eau du baptême. Et puis, tant qu’on est dans les symboles, dans le récit que fait saint Jean de cette histoire, c’est un enfant qui a cinq pains et deux poissons. Comme un rappel des paroles de Jésus : il faut avoir la foi comme les enfants …

Bref, il bénit les pains, les rompt et les donne à ses disciples en disant : donnez-les à la foule. Comme plus tard, avec les mêmes gestes, il leur dira : ceci est mon corps. Et surtout ajoutera : faites ceci en mémoire de moi.

On le voit, cette histoire de la multiplication des pains est pleine d’enseignements. Il en est d’autres. Comme ces commentaires qu’on pourrait faire sur ces pains et ces poissons, ces petites choses qu’ont les hommes et dont le Christ va se servir pour faire de grandes choses.

Que sont nos pains et nos poissons ? Nos capacités à aider, à sourire, à accueillir, à rencontrer, à échanger … peut-être, d’ailleurs, qu’une partie du miracle de la multiplication des pains a été que certains, parmi la foule avaient quand même quelque chose à manger et l’ont partagé avec les autres …

Dans les vies de saints on lit, comme ça, des histoires où une malheureuse pitance a, miraculeusement, pu nourrir un grand nombre de personnes. Mais ce qu’il convient de retenir, peut-être, de ce récit, c’est qu’il est un pain qui ne cesse de se multiplier, qu’il est un pain qui ne cesse de nourrir et que ce pain est celui que nous recevons – ou que nous pourrions recevoir – à chaque liturgie, c’est le pain de l’eucharistie, c’est le corps du Christ.

Et c’est ce pain qui pourra nous donner, à nous, aujourd’hui, de quoi nourrir ceux qui nous entourent. De les nourrir de la parole de Dieu. Ce pain qui pourra nous donner d’être, devant ceux qui souffrent, nous aussi, pris de compassion. Car ce pain, est le pain de Vie.



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