13e dimanche après Pentecôte -2013 - Mt 21, 33-42

À plusieurs reprises, Jésus parle de ce qui va lui arriver. Lorsqu’il s’adresse à ses disciples les plus proches, « les douze » comme on dit parfois, il est clair : « le Fils de l’Homme sera livré aux mains des hommes ; ils le feront mourir et le troisième jour, il ressuscitera. » Mais les douze, comprenaient-ils vraiment ce qu’il voulait dire ?

Aux autres, il parle en paraboles et celle que nous venons d’entendre  est à la fois forte et pathétique. Les serviteurs que le maître de la vigne envoie, ce sont les prophètes, le maître de la vigne, c’est Dieu, son fils, c’est Jésus. Comme dans la parabole, il sera conduit hors de la vigne, hors de Jérusalem pour y être mis à mort. Comme dans l’Écriture, il sera la pierre d’angle d’une Parole nouvelle.

Quant aux vignerons homicides, on peut y voir le peuple d’Israël, le peuple élu qui n’a pas accueilli le Messie, au contraire, qui l’a fait mettre en croix. Et bien, sûr, les nouveaux vignerons, le nouveau peuple de Dieu, c’est nous, ce sont ceux qu’on appelle chrétiens, ceux qui proclament que Jésus Christ est Seigneur, fils de Dieu.

Pourtant, si on regarde la place qu’occupe cette parabole dans l’évangile de Matthieu, on doit être plus nuancé. Et en tirer des enseignements qui nous concernent directement, nous, notre Église, aujourd’hui …

La parabole fait partie du chapitre 21 de l’évangile selon saint Matthieu. Un chapitre qui commence par l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, cet événement que nous célébrons le dimanche des Rameaux. Puis, Jésus chasse les marchands du temple, il est interpellé par les grands prêtres et les anciens du peuple qui mettent en question son autorité, sa parole. « En vertu de quelle autorité fais-tu cela et qui t’as donné cette autorité ? ». Et Jésus leur répond par une autre question : « Le baptême de Jean, d’où venait-il ? » Ils avouent ne pas pouvoir répondre. Alors, dans le récit, et comme un enchainement à cette controverse, suivent une série de paraboles dont celle des vignerons homicides.

Ce serait donc, avant tout, aux grands prêtres et aux anciens du peuple, aux scribes – c’est-à-dire à ceux qui ont la responsabilité des choses de la religion – que Jésus semble s’adresser. Et c’est vrai que, à côté des vignerons, il y a les travailleurs de la vigne. Les premiers sont en quelque sorte les chefs, les autres les exécutants. Ceux à qui on retire la responsabilité de la vigne – entendez, les œuvres de Dieu – ce ne serait donc pas le peuple d’Israël, mais bien ses chefs religieux.

Et cela nous interpelle d’une façon toute particulière, nous, aujourd’hui, maintenant. Cela nous remue un peu dans notre satisfecit de savoir que nous sommes les nouveaux vignerons. Cela nous rappelle, à nous, prêtres, diacres et plus encore évêque ou autre titre hiérarchique, la responsabilité qui est la nôtre. Et cela, alors que nous nous préparons à élire un nouvel archevêque. Pas un directeur, pas un administrateur délégué : un pasteur, un gardien de notre orthodoxie.

A ce propos, je voudrais terminer cette réflexion avec deux citations. La première est du père Boris Bobrinsoky, elle évoque la lecture que nous venons d’entendre  :
« Si cette parabole nous est contée et rappelée, c'est que le jugement de Dieu s'opère aujourd'hui comme alors. Lorsque les pasteurs et tous ceux qui ont la charge, la responsabilité, l'honneur, la grâce, le devoir d'être les serviteurs de Dieu et les serviteurs de ce peuple dont nous sommes les membres, lorsque les pasteurs oublient l'appel de Dieu, lorsqu'ils s'en remettent à leur propre force, à leur propre intelligence, à leur propre sagesse, lorsqu'ils sont séduits quelquefois par des ambitions terrestres, lorsque viennent à l'intérieur même de l'Église toutes ces querelles de préséance, de priorité ou de primauté entre les églises orthodoxes, à l'intérieur des églises, à l'intérieur des paroisses, dans nos propres familles ecclésiales, alors nous pouvons dire que de nouveau, de jour en jour, de siècle en siècle, nous contribuons à crucifier le Fils de Dieu devenu homme pour notre salut.
Par conséquent le jugement de Dieu s'opère toujours et jusqu'à la fin des siècles sur l'Église et sur ceux qui, dans l'Église, portent la responsabilité de paître le troupeau de Dieu, ces brebis et ces agneaux que Dieu a tant aimés. C'est donc une immense responsabilité. Et nous devons, nous-mêmes, peuple de Dieu, prier instamment pour que le Seigneur protège nos prêtres et nos évêques, inspire nos théologiens, nous donne aux uns et aux autres la sagesse, l'humilité, la discrétion, la disponibilité nécessaires afin de nous oublier nous-mêmes et de savoir que nous ne sommes que des serviteurs qui n'avons rien fait de plus, et généralement toujours beaucoup moins, que ce que nous devions faire. »
La seconde du père Alexis Kniazeff :
« Dans l’Église nous cherchons avant tout à vivre la conciliarité et celle-ci ne peut se réaliser que si nous laissons l’Esprit Saint souffler. Là est le premier des devoirs.
Concrètement, cela veut aussi dire éviter de se laisser envahir par des tentations partisanes, idéologiques, politiques ; en tâchant de ne pas poser des actes de divisions qui ensuite mettent des années à se résorber. Les tentations peuvent être nombreuses.
Si la diversité est incontestablement une richesse, elle peut être également source de tension. Il est tellement facile et réducteur de mettre des étiquettes : moderniste, conservateur, œcuméniste, que sais-je encore... C’est laisser la division œuvrer en nous. Laisser la division régner, l’accepter comme norme, c’est transformer notre péché en norme. Mais pour le chrétien il n’y a pas d’autre norme que notre Seigneur, mort et ressuscité. Notre Seigneur, l’Un de la Sainte Trinité, dont l’unicité en trois Personnes ne cesse d’être un mystère. Essayons autant qu’il est possible de Lui ressembler. »



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