14e dimanche après Pentecôte - Dimanche après la Croix - Mc 8, 34-9, 1 – Mt 22, 1-14

À Demot

« Heureux les invités au repas du Seigneur ». Cette phrase est proclamée, dans la célébration de la messe catholique, juste avant la communion. Nous pourrions évidemment la faire nôtre. Chaque dimanche, en effet, chaque fois que nous célébrons la Divine Liturgie, ne sommes-nous pas invités à prendre part à ce que l’on appelle parfois le « banquet messianique », à participer, aujourd’hui, maintenant, à ce Royaume de Dieu qui nous est donné en recevant le pain et le vin, corps et sang du Christ qui a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui  ».

Heureux les invités au repas du Seigneur. Car ce repas est un repas de noces. « Les noces de l’agneau » dit-on aussi parfois. En tout cas, le signe vivant de l’alliance entre Dieu et l’homme, par Jésus-Christ, à l’instar du père de la parabole qui organise un festin pour les noces de son fils. Oui, c’est cela que nous célébrons, c’est cela que nous vivons lors de chaque Divine Liturgie.

Et pourtant. Dans nos paroisses, ceux qui viennent assister au banquet sont plus nombreux que ceux qui y participent vraiment. Parce que la communion est devenue – et ce n’est pas le fait seulement des orthodoxes – la communion est devenue un acte de piété personnelle. Parce que, chez nous, les règles peuvent paraître lourdes pour ceux qui veulent communier : les lectures, le jeûne et puis la confession. On oublie que tout cela n’a qu’un but : que chacun prenne vraiment conscience de ce qu’il se prépare à faire. Alors, on vient à la liturgie, mais on n’approche pas du calice. Iriez-vous à un banquet de mariage sans manger ce que l’on vous propose et ne rien faire que de regarder les autres ? Ici, oui.

Heureux les invités. Nous sommes tous invités. Mais comme ceux de la parabole, il nous arrive souvent de nous laisser prendre par ce qu’on appellera « les choses de la vie ». Nous avons tous notre champ, notre commerce ou – pour évoquer une autre version de ce texte – notre paire de bœufs, notre famille … et quand nous venons, c’est parfois en oubliant que c’est d’abord pour nous et non « pour faire plaisir à Dieu » (qui devrait bien être content déjà qu’on ait fait l’effort de se lever ainsi un dimanche matin !)

Et nous venons avec nos habits de tous les jours. Bien sûr, il ne faut pas chercher à cacher ce que l’on est, mais il convient surtout de vouloir être ce que l’on peut devenir. Ça s’appelle le repentir. Sinon, nous ferons du péché le principe même de notre vie et nous passerons à côté de ce que le Christ attend de nous, de ce qu’il peut pour nous.

« Beaucoup seront appelés, peu seront élus » dit Jésus. Parmi les appelés, il y a ceux qui ont refusé l’invitation, il y a aussi ceux qu’on a amenés, les bons comme les mauvais, le bon grain comme l’ivraie. Quelle belle image de l’Église !

 « Dans l’Église, écrivait le  père Alexis Kniazeff, nous cherchons avant tout à vivre la conciliarité et celle-ci ne peut se réaliser que si nous laissons l’Esprit Saint souffler. Là est le premier des devoirs. Concrètement, cela veut aussi dire éviter de se laisser envahir par des tentations partisanes, idéologiques, politiques ; en tâchant de ne pas poser des actes de divisions qui ensuite mettent des années à se résorber. Les tentations peuvent être nombreuses. […] Laisser la division régner, l’accepter comme norme, c’est transformer notre péché en norme. Mais pour le chrétien il n’y a pas d’autre norme que notre Seigneur, mort et ressuscité. »

Mort et ressuscité pour nous donner la vie. C’est cela le sens de la fête que nous venons de célébrer en exaltant la Sainte Croix. Oui, la grâce nous est donnée à tous. Mais c’est à nous de la faire fructifier comme ceux à qui le maître a confié des talents. À chacun selon ce qu’il peut prendre en charge et, grâce à Dieu au grand jamais, selon ses mérites.

Cela, nous l’avons reçu lors de notre baptême. Le prêtre nous a aussi revêtus du vêtement d’incorruptibilité, de vérité, le vêtement blanc. Mais comme nous faisons de taches sur notre chemise en mangeant la soupe, nous souillons ce vêtement tout simplement par les actes de notre vie.

« Qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera » dit Jésus. Mais sommes-nous dignes de la grâce qui nous est offerte ? Certes non. Et si nous venons au banquet, notre tenue nous trahira. Puisse donc le Seigneur nous donner la force de le suivre, la grâce du repentir et que nous puissions participer pleinement à son eucharistie avec ces heureux qui sont invités au repas du Seigneur.




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