15e DIMANCHE APRES PENTECOTE – 2013 - Conception de St Jean-Batiste - 2Co 4, 6-15 - Mt 22, 35-46 – Lc 1, 5-25

La scène évoquée dans l’Evangile pourrait ressembler à ce qu’on appellerait aujourd’hui une querelle de théologiens : les Pharisiens interrogent Jésus « pour l’embarrasser » et Jésus lui-même réplique par une question embarrassante. Mais ce dialogue nous permet une réflexion qui ramène aux fondements de la foi chrétienne.

A la question : quel est le plus grand commandement ? Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces » et il ajoute une seconde recommandation – semblable, dit-il à la première – « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Ainsi donc, le principal commandement, le fondement du message et donc la même injonction nous dit d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain. Parce qu’aimer son prochain, c’est aussi aimer Dieu. Jésus le dira d’une autre façon : « Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait.  » D’ailleurs, on ne peut vraiment aimer Dieu  qu’en aimant son prochain : c’est ce que l’apôtre rappellera en disant que la foi sans les œuvres est une foi morte. Mais il est vrai aussi que l’amour du prochain ne trouve sa plénitude qui s’il est rattaché à l’amour de Dieu. Dieu qui est le seul dispensateur du véritable amour.

C’est donc Dieu qui est au centre de la foi. C’est lui, comme le rappelle l’apôtre dans l’extrait que nous avons entendu aujourd’hui, qui est la source, celui qui donne la vie, celui qui donne la lumière, celui qui éclaire ceux qui se sont tournés vers lui. C’est Dieu qui nous donne ce trésor que nous portons comme dans des vases d’argiles : c’est-à-dire en nous-mêmes, dans nos cœurs, notre âme, notre corps et notre esprit pourtant si faibles, si imparfaits, si fragiles.

Si on ne met pas Dieu au centre de la foi, on fait fausse route et on peut en arriver à poser des actes qui ne sont pas justes, à agir dans l’erreur, à perdre cette lumière, cette chaleur de la vraie foi.

Ces commandements que Jésus présente aux Pharisiens résument, dit-il, la Loi et les prophètes. C’est donc un message hérité de l’Ancien Testament. Un message que le Christ va proclamer en lui donnant une dimension, un sens nouveaux.

Et, d’une certaine façon, cela est illustré par l’extrait de l’évangile de Luc que nous avons lu alors que nous célébrons aujourd’hui la conception de St Jean Baptiste. Une sorte de préfiguration de l’Annonciation. Jésus va naître d’une Vierge, Jean d’une femme âgée et devenue stérile.

Mais retenons de cet extrait, juste une chose : Zacharie est réduit au silence par l’archange Gabriel. « Jusqu’à ce que les choses arrivent ». Quelles choses ?  La naissance de Jean qui annoncera Jésus, le Christ.

Zacharie est grand prêtre, serviteur du Temple, porte parole de la Loi. Cette Loi que Jésus vient de résumer en deux commandements. Mais la Loi est comme devenue muette, jusqu’à ce que Jésus annonce la Bonne Nouvelle et apporte la Vie et la Lumière du Christ ressuscité.

Le Christ, le sauveur d’Israël, les Juifs l’appelaient « fils de David » or David, dans ses psaumes, l’appelait lui-même Seigneur. La question de Jésus : si David l’appelle ainsi, comment peut-il être son fils, embarrasse les Pharisiens. Il est vrai qu’ils auraient été bien en peine de répondre. Aujourd’hui, on le peut, mais, une fois encore, la réponse nous amène à un des fondements de la foi en Jésus Christ.

La réponse juste était que tout en descendant de David par ses origines humaines, le Messie avait aussi un caractère divin, Fils de Dieu, qui le rendait supérieur à David. Ce qui revient à proclamer ainsi la double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme.

Les Pharisiens ne pouvaient répondre et d’ailleurs, plus tard, les chrétiens eux-mêmes se sont déchirés sur cette réponse. Arius le disait seulement homme, Nestorius seulement Dieu, Apolinaire le voyait plus humain que divin et Eutychès lui donnait une seule nature divino-humaine. Il a fallu plusieurs conciles pour lutter contre ces hérésies, mais il en reste encore bien des traces aujourd’hui.

Même, d’une façon inconsciente peut-être chez certains chrétiens, certains théologiens contemporains. Dans notre monde, notre société actuelle où les notions de justice sociale, de libération et de droits de l’homme sont très vivaces, on est parfois tenté de renverser l’ordre des commandements. De dire en premier : « Tu aimeras ton prochain » et en second « et tu aimeras ton Dieu. »

Le message, pour être plus direct, se débarrasse de ce qui apparaît comme des lourdeurs et l’Eglise, elle-même, en tant qu’institution, peut devenir une puissance d’oppression. Le social prend le pas sur le sacré, l’humain sur le divin.

Nous sommes dans un schéma sans doute généreux mais qui n’a plus grand chose à voir avec la foi.

Le premier commandement, dit Jésus, est « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Et c’est là l’ordre vrai des choses pour une vie de chrétien.



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