16e dimanche après Pentecôte 2013 - 2Co 6, 1-10 – Mt 25, 14-30 – Lc 10, 38-42-11, 27-28

Célébration avancée de Pokrov

« Frères, puisque nous travaillons ensemble à son œuvre, nous vous invitons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ». C’est la première phrase de l’extrait de la seconde lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre.

Elle résonne comme en écho à l’évangile de ce dimanche, un extrait de saint Matthieu, et même à celui de saint Luc – l’épisode bien connu de Jésus reçu par Marthe et Marie – qui a été lu (en slavon) également puisque nous célébrons aujourd’hui – en avance d’un jour, c’est vrai – la fête de la Protection de la Mère de Dieu, Pokrov.

Ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. Comme cet homme qui confie sa fortune à ses serviteurs et qui, lorsqu’il fait ses comptes, punit celui qui ne l’a pas fait fructifier. Pourtant, il avait donné à chacun selon sa capacité, précise Jésus lorsqu’il raconte cette parabole. Ainsi en serait-il donc de la grâce de Dieu.

On pourrait dire pourtant qu’elle est donnée à tous, sans compter. Certes si l’on parle de grâce en termes d’amour ou de miséricorde, mais si cette grâce est un appel, un don qui demande à être partagé, une lumière qu’il s’agit de faire briller, une richesse qu’il s’agit de faire fructifier en la vivant et en portant témoignage, il peut en être, en effet, autrement. Parce que cette grâce engage, donne des responsabilités …

On ne reçoit pas la grâce de Dieu pour son propre compte, sinon, on est comme ce serviteur à qui le maître a confié un talent et qui s’est empressé de l’enfouir dans la terre. Il pensait, ainsi, être sûr de ne pas le perdre, en fait, sa démarche a été totalement vaine : ce talent n’a rien rapporté, il n’a même pas servi à celui à qui il avait été donné.

Ainsi en est-il de nous-mêmes. Dieu nous confie la richesse de sa Parole, la grandeur de sa miséricorde, la force même de son amour. Oui, tout cela est pour nous. Mais, comme les pains bénis que les disciples distribuent à la foule, ce don qui nous est fait, cette richesse qui nous est confiée ne trouve son sens et sa vérité que dans le partage.

C’est cela « la meilleure part » dont parle Jésus, celle que Marie a choisie en s’asseyant aux pieds de Jésus pour écouter sa parole. « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » proclame-t-il à cette femme qui l’avait interpellé du milieu de la foule. Qui la garde. Mais pas pour son propre profit, même pas pour son propre salut, pas pour lui-même, pas pour lui seul mais bien pour en nourrir les autres.

Celui à qui le maître a confié cinq talents était capable de gérer le don qui lui avait été fait. Celui qui en avait reçu deux s’en est montré digne, lui aussi. Ils ont reçus « selon la capacité de chacun ». Par exemple, celui qui a reçu la grâce d’être prêtre, diacre, hypodiacre, lecteur a reçu une grâce particulière qui lui donne des responsabilités particulières. Chacun selon sa capacité. Ce qui signifie que nous n’avons aucune justification à ne pas faire fructifier cette grâce … le reste n’est que faiblesse, ou tient à notre état de pécheur.

Nous avons tous reçu l’un ou l’autre talent, l’une ou l’autre richesse, l’une ou l’autre grâce. Peut-être ne l’avons-nous pas ressenti, ne l’avons-nous pas remarqué. Parce que nous n’avons pas voulu le voir, parce que nous n’y avons pas cru, parce que nous ne voulions pas nous engager. Parce que nous sommes Marthe plutôt que Marie ...

Mais lorsqu’il nous confie ainsi sa grâce, Dieu sait que, non seulement nous n’en sommes pas dignes, mais que nous ne sommes pas, ainsi, spontanément, capables de la faire fructifier, de la partager, de la faire vivre, d’en porter témoignage. C’est pour cela qu’il nous a envoyé son Fils.

Et le Fils nous a donné un père. Un père et une mère.

Lorsqu’on lui demande comment prier, Jésus répond : dites simplement « Notre Père ». Oui, par le Christ, nous pouvons appeler Dieu Père. Un père aimant, miséricordieux et non un parâtre qui punit, qui ordonne, qui dirige et châtie.

Sur la croix, Jésus voyant sa mère et le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : voici ton fils, et au disciple : voici ta mère. En confiant sa mère à Jean et Jean à Marie, Jésus donne une mère à l’homme, à l’être humain. Il nous donne une mère. Une mère douce et protectrice. C’est aussi le sens de cette fête de Pokrov que nous célébrons.

Nous n’aurons pas assez de nos prières, de notre vie pour remercier Dieu de ce qu’il nous donne : son amour, sa miséricorde et puis – on peut même le dire en des termes familiers – un papa et une maman, et surtout sa grâce. Si nous n’en sommes pas dignes, soyons-en du moins reconnaissants et surtout, ne gardons pas pour nous seul ce trésor, mais portons-en témoignage. Puisque nous travaillons ensemble à son œuvre, ne laissons pas sans effet la grâce reçue de Dieu.  C’est peut-être là la plus grande responsabilité des chrétiens dans le monde d’aujourd’hui.



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