20e dimanche après Pentecôte 2013 - Lc 7, 11-16

Les extraits de l’évangile, lorsque nous les lisons au cours de la Liturgie, commencent toujours par une petite phrase : « le Seigneur dit » lorsqu’on rapporte des paroles directes de Jésus ; ou encore « le Seigneur dit cette parabole » lorsque l’enseignement passe par une histoire ; mais, souvent, les premiers mots sont « en ce temps-là » lorsqu’on raconte plutôt une action de Jésus, un événement.

« En ce temps-là ». De quel temps s’agit-il ? Tout simplement du temps passé, d’une autre époque ? Sans doute. Mais surtout d’un autre temps, ce temps unique de l’histoire de l’humanité où le Fils de Dieu, fait homme, vivait, parlait, agissait parmi les hommes. Et c’est ce temps, précisément, qui donne aux événements, aux actions même de Jésus, un sens tout particulier.

Ainsi en est-il de cet épisode de la résurrection du fils de la veuve de Naïm. Jésus croise un cortège funèbre. Quoi de plus tristement naturel qu’un enterrement. La mort est sans doute le seul événement de la vie que l’on est sûr de tous connaître un jour. La mère est veuve. Le jeune défunt est un enfant unique. Et c’est là que l’histoire peut prendre la tournure d’une parabole.

Pour prendre des expressions bibliques, on peut dire que le jeune homme est « né d’une femme » ou « né selon la chair », là aussi quoi de plus naturel. La mère est celle qui donne la vie, la vie selon la chair, la vie selon la nature. Or la nature a son cycle : on naît, on grandit, on mûrit, on vieillit, on meurt. Sauf accident, bien sûr. C’est ce qu’on appelle le cycle de la vie.

Mais il est une autre vie, celle que nous appelons la « vraie vie ». Et pour en retrouver l’image, il suffit de se reporter à la Genèse (2, 7) où on nous raconte que « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant ».

L’homme est donc un être issu de la nature, une créature, mais qui a reçu le souffle de Dieu et c’est cela qui fait de lui un être vivant, un être doté de la vie, pas seulement de l’existence comme les plantes ou les animaux, mais de cette « vraie vie » qui n’appartient qu’à Dieu et que Dieu seul peut donner.

Le jeune homme de Naïm est mort. Physiquement mais aussi spirituellement. Sa mère, la mère nature, est veuve. Elle aussi est privée de cette vie en Dieu qui fait de nous, êtres selon la nature, des êtres humains. Le jeune défunt était son fils unique parce que chaque être humain, chaque homme, chaque femme, chaque garçon, chaque fille est unique aux yeux de Dieu.

Et Jésus est touché de compassion pour cette mère nature qui ne peut enfanter que des êtres que l’on pourrait dire, dès leur naissance, condamnés à mort.

Pourtant, son fils avait en lui cette « vraie vie », cette vie insufflée par Dieu à l’homme qu’il a créé mais qu’il a perdue. C’est ce que nous appelons « notre nature déchue ». Mais d’une parole, d’un geste, Jésus va lui rendre cette vie. Alors, non seulement le jeune homme se redresse mais il se met à parler. Le verbe lui revient par le Verbe qui s’est fait chair.

Et Jésus le rend à sa mère. La mère à qui il a dit : « ne pleure plus » ; ce temps-là est donc le temps de la joie, de la consolation. Car l’enfant qu’il rend ainsi à sa mère, l’homme qu’il rend ainsi à la nature, n’est plus le même que celui qui était perdu. Il est porteur du souffle de Dieu. Il est cet homme que nous sommes tous appelés à devenir, l’homme régénéré, l’homme sauvé.

Nous ne sommes plus « en ce temps-là », ce temps où Jésus le Christ vivait parmi les hommes, nous sommes du temps de Jésus-Christ, à l’œuvre dans cette perpétuelle Pentecôte qu’est le don de l’Esprit saint. Celui que nous avons reçu le jour de notre baptême, celui que nous invoquons au début de chaque office, de chaque liturgie.

Oui, pour nous aussi, il y a de quoi être saisi de crainte devant ce don qui nous est fait, de quoi rendre gloire à Dieu car « Dieu a visité son peuple ». Et ce peuple, maintenant, c’est nous.




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