22e dimanche après Pentecôte-2013 - Lc 16, 19-31

« Le Seigneur dit ». Ainsi commence l’extrait de l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre. Il ne propose pas une parabole mais l’histoire qu’il nous raconte est riche d’enseignement.
 
Sans doute est-ce un récit qui se retrouve dans les traditions du judaïsme au temps de Jésus parmi les hommes. Ce qui explique la référence à Abraham, à Moïse et aux prophètes. Pour les Juifs de l’époque, il s’agissait clairement d’un appel à la conversion par la charité : l’aumône était alors un signe de dévotion à Dieu autant qu’un souci d’aider les pauvres ou les miséreux.

Mais, si Jésus reprend cette histoire, c’est pour lui donner un autre sens, un message que l’on dira aujourd’hui profondément chrétien. Ainsi, la référence à Moïse et aux prophètes : n’ont-ils pas tous annoncé le Messie, le Christ, celui qui allait accomplir la promesse faite à Abraham ? C’est ainsi que, d’un appel à la charité, le récit devient prophétie  dans ce dialogue entre le riche, que l’on dit maintenant aux enfers, et  Abraham à propos de ses frères : « si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront ». Mais la réponse est claire : « s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu’un qui ressusciterait d’entre les morts ».

« Ils ne croiront pas quelqu’un qui ressusciterait d’entre les morts ». Certes, la phrase peut s’adresser aux Juifs qui refuseront de croire à la résurrection du Christ. Mais cette prophétie n’est-elle pas aussi d’actualité ? Qui, aujourd’hui, dans notre monde, dans notre société, se sent concerné par la résurrection de Jésus ? Ce qui importe plus, ce serait plutôt ces valeurs qui sont celles du riche qui « s’habillait de pourpre et de lin fin et qui faisait chaque jour des festins somptueux ».

On attache sans doute plus d’importance à la mode, à l’argent qu’à des valeurs spirituelles. Et ce n’est pas le fait seulement de ceux que l’on dira non-croyants, certains hiérarques sont connus pour leur fortune personnelle et certains théologiens vont jusqu’à dire que la résurrection est une « expérience spirituelle » vécue par les apôtres traumatisés par la mise en croix de leur maître.

 Si le Christ n’est pas ressuscité, écrit saint Paul, alors notre foi est vaine ». La résurrection du Christ est, doit être, devrait être, pour les chrétiens l’événement fondateur, essentiel de leur foi. Mais nous aurons sans doute tendance à retenir de cette histoire du riche et du pauvre Lazare l’importance de la charité, la valeur de l’aumône.

Certes, l’attention portée aux pauvres, aux miséreux, est importante mais plus importante encore est la proclamation de notre foi fondée sur la résurrection du Christ, illuminée par la lumière de Pâques. Sinon, nous ne croirons pas quelqu’un ressuscité d’entre les morts, nous serons comme ces aveugles, chrétiens ou non, qui ne voient dans l’événement de Pâques qu’une sorte de prodige, une histoire qui finit bien mais qui ne concerne finalement que Jésus lui-même.

Pourtant, l’importance même de l’incarnation en vue de notre salut se trouve explicitée dans le récit que nous venons d’entendre. Abraham dit au riche : « entre vous et nous, s’est ouvert un abîme profond, et ceux qui voudraient passer vers vous ne le peuvent, non plus que ceux qui voudraient passer de là jusqu’à nous ».

Cet abîme, c’est la séparation qui existe entre Dieu et l’homme depuis la chute. Or Jésus, le Christ, va abolir cette déchirure. Lui, mort sur la croix, va descendre aux enfers pour en ramener Adam et Eve. Il va tirer l’homme, l’être humain, des antres de la mort. Car le Christ n’est pas ressuscité pour Lui seul, mais pour sauver tous les hommes.

Ainsi, le récit de l’homme riche et du pauvre Lazare est bien plus qu’un appel à la charité, c’est comme une invitation à remettre au centre de notre vie celui qui est ressuscité des morts, celui qui, par sa mort, nous a délivrés de la mort, celui qui peut vraiment nous faire traverser cet abîme entre terre et ciel, le Christ qui peut transformer en joie notre désespoir, celui qui nous mène de la mort à la Vie.



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