23e dimanche après Pentecôte – 2013 - Eph 2, 4-10 – Lc 8, 26-39

Le mal conduit à la mort. L’histoire du possédé au pays des Gadaréniens et du troupeau de porcs en est l’illustration spectaculaire. Spectaculaire par l’image de ces cochons qui se jettent dans la mer pour s’y  noyer, de cet homme qu’on lie avec des chaînes mais qui brise ses entraves. Spectaculaire par la guérison, l’exorcisme de Jésus qui rend à l’homme son bon sens et son calme. Spectaculaire aussi par la puissance de ces démons qui se disent légion.

Trop spectaculaire, peut-être. En tout cas pour notre temps où parler du diable, de démon et de possédé vous fait prendre pour quelqu’un d’un autre âge, vous fait  taxer d’obscurantisme. Certes, aujourd’hui, la psychanalyse aura des mots pour caractériser, analyser, identifier cet état de l’être humain. À juste titre, sans doute. Mais faut-il pour autant rejeter une autre réalité qui serait de l’ordre, non pas du psychologique, mais du spirituel ? À moins que ce ne soit deux manières de parler, d’aborder une même chose : le mal conduit à la mort.

On dit : le mal, nous, nous pourrions dire le péché. Le tropaire de saint Grégoire le Thaumaturge – dont on célébrait hier la fête – se termine par cette demande : « prie de Christ notre Dieu d’illuminer nos âmes pour que nous évitions de nous endormir dans le péché qui mène à la mort ».

Le péché, encore un mot qu’on évite à employer aujourd’hui. Parce qu’on l’a tellement utilisé dans un sens moralisateur, culpabilisateur, qu’on aurait tendance à le rejeter. Mais qu’est-ce que le péché sinon ce qui éloigne de Dieu, ce qui éloigne du bien.

Mais revenons à notre histoire. L’homme que Jésus rencontre est possédé par le mal. Il vit, oui, mais de quelle vie ? Il réside dans les tombeaux, dans l’antre de la mort. Il est littéralement dépouillé par le mal (il ne porte pas de vêtements) et lorsque les démons le quittent pour entrer dans les porcs, les animaux se précipitent pour périr dans la mer. Derrière cette image forte, peuvent se cacher des réalités bien plus insidieuses et qui sont, elles, tout à fait contemporaines.

Nous-mêmes, quelque fois, n’avons-nous pas en nous comme une force qui nous pousse à dire – parce que nous le vivons ainsi – que telle ou telle personne, nous ne pouvons pas la supporter, nous ne pouvons la côtoyer. Qui nous pousse, non seulement à critiquer, mais à rejeter, exclure parfois.

Et puis, il y a les passions. Dans le langage courant, on les dit parfois dévorantes. Le sens du mot est clair. Cela vous ronge, cela vous détruit, cela vous possède. Oui, on peut le dire ainsi. C’est la passion du jeu, la jalousie, c’est la passion qui vous pousse à vouloir posséder quelque chose ou même quelqu’un. Jusqu’à en perdre tout sens de la mesure, tout sens du jugement. Jusqu’à commettre l’irréparable.

Qui nous délivrera ? Celui qui délivra le possédé. Car toute la vie de Jésus sur la terre a été de combattre les forces du mal. Le possédé était entraîné vers les déserts et c’était pour le perdre, Jésus aussi a été conduit au désert pour y être tenté, mais c’était pour sortir vainqueur de la tentation, vainqueur du Diable qui le tentait.

La vie de Jésus sur terre est faite de ces combats mais aussi de ces guérisons, de ces exorcismes. Cette force, cette puissance, il l’a donnée à ses apôtres. Elle est maintenant dans son Église que nous proclamons dans le Credo,  leVierouyou : église apostolique. Et si nous avons perdu cette puissance, ce n’est pas qu’elle nous ait été retirée, c’est que nous en avons perdu la foi.

Mais nous n’en sommes pas perdus pour autant. Car il nous reste cette espérance portée par cette vérité fondamentale que saint Paul écrit aux Éphésiens à qui il dit que ce qui nous est donné ne dépend pas de nos mérites. Et ce qui nous est donné, c’est le salut !

« Oui, c’est par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi, cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu ». Et c’est pour cela que nous devons, nous aussi, combattre ce mal qui est en nous, lutter contre nos péchés, pour pouvoir accueillir ce don de Dieu, par la miséricorde de Jésus-Christ.



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