Lille – fête paroissiale 2013 - Lc 6, 17-23

Je me souviens encore avec une certaine mélancolie mais aussi une sorte d’émerveillement toujours présent de ces matins de 6 décembre lorsque j’étais enfant. J’avais tendance à me lever plus tôt ce jour-là pour découvrir la table chargée de jouets et de friandises : saint Nicolas était passé cette nuit-là. Il faut dire qu’il avait en quelque sorte préparé sa venue : cela faisait déjà quelque temps qu’il déposait un petit présent dans mes pantoufles déposées devant le poêle à charbon. Bien sûr, j’ai appris quelques années plus tard que « saint Nicolas n’existait pas », que c’était mes parents qui garnissaient la table. Mais ça ne m’a pas déçu : il m’est resté le goût de ce merveilleux qui m’a toujours « fait croire à saint Nicolas », à celui-là en tout cas.

Le saint Nicolas que nous fêtons aujourd’hui, n’a évidemment rien à voir avec celui de mon enfance. Sauf que sa légende en a inspiré la tradition. Mais il m’arrive parfois de me demander sur quoi, finalement, est basée notre foi. Dans quelle mesure ne sommes-nous pas influencés par ce côté extraordinaire des miracles qu’on nous raconte à longueur de pages des évangiles ? Par l’histoire même de certains personnages, comme cet évêque Nicolas, qui font des choses prodigieuses ? Par certaines paroles même de Jésus rapportées par les évangélistes et dont l’extrait que nous venons d’entendre est un bel exemple ?

Heureux les pauvres, heureux les affamés, heureux ceux qui pleurent … Même la souffrance et le martyre apparaissent comme des états d’extase et de bonheur ! Sommes-nous donc victimes de notre imaginaire, de nos croyances ? Certes, tout cela peut porter ce qu’on appellera la foi du charbonnier ou nourrir la piété populaire (qui ne sont ni à rejeter, ni à dédaigner) mais tout cela ne peut être un fondement de la foi.

Et pourtant … ce que nous appelons les béatitudes et qui sont en quelque sorte un résumé des valeurs évangéliques, ne sont-elles pas – si nous dépassons notre première compréhension des choses – le fondement même de notre vie de chrétien. « Nous ne sommes pas de ce monde » disait Jésus. Et notre monde à nous, il est fait, précisément, de ces affirmations improbables de la force de l’amour, de la puissance de la charité, de la grandeur de la compassion. Ce ne sont pas des illusions, mais des réalités pour ceux qui croient en Jésus-Christ, pour ceux qui vivent de Jésus-Christ.

Nous ne sommes pas dans la catégorie du rêve et du merveilleux, nous sommes dans une démarche de transfiguration du monde dans lequel nous sommes appelés à vivre. Un monde qui tend à rejeter Dieu, un monde qui vit et sacrifie pour une nouvelle idole : l’argent et dont les hymnes sont rentabilité, profit, productivité, efficacité que l’on tend à proposer comme valeurs suprêmes pour notre société.

Pourtant, je crois que ce monde a besoin de nous, même s’il a tendance à nous marginaliser. Il a besoin de nous pour autant que nous soyons les témoins de ces valeurs essentielles que sont les Béatitudes, de cette parole de vie qu’est l’Évangile du Christ. Parce que c’est une parole d’espérance, parce que c’est une parole de lumière.

Nous préparons Noël, et nous nous préparons donc à entendre ce message : « le peuple qui vivait dans les ténèbres a vu une grande lumière ». C’est de cette lumière que nous devons être aujourd’hui les témoins. Et tant pis si on nous tourne le dos, tant pis si on se moque de nous. Soyons porteurs du message du Christ, un message de libération et non, comme certains peuvent l’être, de slogans intégristes et obscurantistes qui ne font qu’enfermer dans des discours mortifères.

Nous sommes aujourd’hui rassemblés pour célébrer la fête de cette paroisse. Autour de l’autel, dans l’église, d’autres sont venus. C’est que, au-delà des obédiences, de la langue, des pays d’origine, nous sommes avant tout des orthodoxes et c’est ce témoignage de l’orthodoxie, de sa liturgie, de sa piété, de son sens du sacré, c’est ce témoignage là que, dans un esprit d’accueil et d’ouverture, nous devons porter.

Nous voilà bien loin du merveilleux des Saints- Nicolas de mon enfance. Et pourtant, la miséricorde de Dieu, la manifestation de son amour et, comme on le dit dans une des prières de la liturgie « tout ce qui a été fait pour nous : la croix, le tombeau, la résurrection au troisième jour, l’ascension au ciel, le siège à la droite, le second et glorieux nouvel avènement » tout cela n’est-il pas plus « merveilleux » encore ? Sauf que ce n’est pas de l’ordre du rêve mais de celui de la foi. La foi qui peut tout, la foi par laquelle nous sommes sauvés, par la grâce de Dieu.



Site web réalisé par Arnaud Simonis