Saints Ancêtres – 2015 - Col 3, 4-11 – Lc 14, 16-24

Dans notre calendrier liturgique, ce dimanche est désigné comme « le dimanche des saints ancêtres ». Ceux qu’on appelle habituellement ainsi dans les congés de nos offices, comme étant les « ancêtres du Seigneur », ce sont Joachim et Anne. Mais, en ce dimanche, l’Église fait aussi mémoire des Patriarches de l’Ancien Testament, depuis Adam jusqu’à Jacob en passant par Abraham ; de ceux qui ont vécu sous la Loi depuis Moïse jusqu’à Jean-Baptiste et, bien sûr, la Vierge Marie qui a permis l’incarnation du Fils de Dieu.
Dimanche prochain, dimanche avant Noël, nous lirons le début de l’Évangile de saint Matthieu : la généalogie de Jésus. Ce sont donc deux dimanches qui nous préparent à la célébration de la fête de la Nativité ou, comme on l’appelle aussi parfois dans notre Tradition, de la naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ. Une naissance qui s’inscrit dans une histoire, celle des hommes. Et ceux que l’on commémore ou que l’on évoque ces deux dimanches sont là pour nous le rappeler et mettre en quelque sorte des noms sur cette histoire tout en suscitant en nous des sentiments d’attente et d’espérance de la venue parmi nous de celui qui sera le Sauveur.
Car c’est bien de cela, évidemment, qu’il s’agit : de notre salut. Dieu s’est fait homme, il est entré pleinement dans notre histoire.
Pour nous, chrétiens, cette histoire est celle de l’accomplissement du dessein de Dieu. Nous la racontons dans une perspective théologique en évoquant la création, le Paradis perdu, l’attente et l’annonce du Sauveur par les Prophètes, l’incarnation : Jésus-Christ vraiment Dieu et vraiment homme qui vit, meurt et ressuscite, la descente du saint Esprit, l’attente en Église du second avènement, son règne qui n’a pas de fin, la résurrection des morts et le dernier Jugement, dans l’espérance de la vie éternelle en Dieu.
L’accomplissement de l’histoire est présenté dans le banquet eschatologique  dont nous parle l’évangile de ce jour : le Seigneur invite « beaucoup de gens » ; le salut se fonde donc sur un appel universel et sur la volonté du Père de « remplir sa maison », c’est-à-dire de combler le monde de sa générosité et de sa miséricorde. C’est donc l’invitation divine, l’appel de Dieu, qui est le critère du salut, et non pas les vertus des invités. Ceux qui sont exclus de la fête, ce sont ceux qui s’en excluent eux-mêmes en préférant une autre forme de bonheur : la propriété (celui qui a acheté une terre), le travail (celui qui va essayer ses bœufs) et même une conception un peu égoïste de la famille (celui qui vient de se marier).
Les « élus » ne sont pas choisis arbitrairement par le Seigneur ; ce sont ceux qui ont répondu à son invitation divine, « ceux qui veulent », dit saint Maxime le Confesseur. L’accomplissement du devenir historique du monde dépend du consentement de chaque personne humaine, quel que soit son état : « pauvres », « estropiés », « aveugles », « boiteux » des mots qu’il faut évidemment voir dans leur sens de handicap spirituel.
Mais le maître du banquet insiste pour faire venir les gens. Dieu force-t-Il la personne ? Non, car – on le sait aussi – il laisse l’homme libre de lui dire oui ou non. Il veut plutôt le persuader par le témoignage des saints, des martyrs, de ceux qui le servent et portent témoignage de sa Parole. Il convainc par l’amour, par la vérité, par l’attirance du saint Esprit, par la compassion manifestée sur la Croix, par la douceur touchante de sa voix de Pasteur.
Celui qui se manifeste à Bethléem est le Verbe créateur. Jésus est Seigneur, de même nature que le Père qui le conçoit. Et c’est là que notre Noël n’a rien à voir avec celui qui a rempli les magasins, qui a vu se créer des villages et se réunir des familles pour le réveillon. A tous les coins de rue, nous avons vu l’Enfant de la crèche souvent réduit à une humanité naïve : sans son identité divine. Il faut se détacher du Noël blanc des cartes postales, du Noël merveilleux des contes de notre enfance. C’est bien pour notre imaginaire, et ça fait du bien de rêver. Mais il faut en revenir aux réalités, aux vérités spirituelles. Alors Noël devient la fête de la plus grande promesse faite à l’homme : celle de son salut. L’invitation au banquet nous est adressée, le salut nous est offert, le Royaume de Dieu est annoncé. À nous de donner notre réponse. Elle ne peut être que personnelle, même si elle se vit en Église, elle est notre engagement, même si nous le vivons dans cette communauté qu’est notre paroisse. Là, pour paraphraser l’apôtre Paul dans cet extrait de l’épître aux Colossiens que nous venons d’entendre, il ne s’agit plus de Russes, de Géorgiens, de Belges ou d’Ukrainiens, il ne s’agit plus d’ouvriers ou de bourgeois, « ce qui importe, c’est le Christ et sa totale présence en nous tous ».Mais pour cela, nous devons nous changer nous-mêmes. Délaisser les soi-disant bonheurs de la propriété, du travail, du cercle fermé de nos proches. Renoncer à tout ce qui nous éloigne de Dieu (et des autres) : la colère, les emportements, la méchanceté, les insultes. Plus de mensonge, de médisance …
« Débarrassez-vous de l’homme ancien qui est en vous, et revêtez l’homme nouveau, celui qui […] se laisse renouveler sans cesse à l’image de son Créateur » explique saint Paul. L’homme nouveau, celui qu’il nous a été donné d’être lors de notre baptême. Celui que nous devons sans cesse tenter de devenir. Mais ce peut être l’affaire de toute une vie, une affaire dont on connaît l’enjeu que les fêtes que nous célébrons, les moments que nous revivons ne cessent de nous rappeler. Avec aussi cette sentence : il y a beaucoup d’appelés, mais peu nombreux sont les élus. Et c’est à nous-mêmes qu’il revient d’en être par la réponse que nous donnerons à l’invitation de Dieu. Heureux les appelés au repas du Seigneur !




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