Dimanche avant Noël – 2014 - He 11, 9-10 – 32-40 – Mt 1, 1-25

Déjà. Oui, déjà. Nous sommes le dimanche avant Noël et l’Évangile nous raconte déjà la naissance de Jésus à Bethléem. Un récit que nous relirons, bien sûr, au cours des vigiles de la fête mais qui est précédé ici de cette longue litanie de noms de ceux qui constituent la généalogie de Jésus. C’est le tout début de l’Évangile selon saint Matthieu. Un passage qui est sans doute un peu obscur pour nous. D’autant plus que, si on lit l’Évangile selon saint Luc, on trouve une autre généalogie, avec d’autres noms. Et saint Luc ne la place pas au début de son récit de la naissance de Jésus mais quand il raconte le début de sa vie publique, le début de la prédication du Christ.
Les exégètes, ceux qui étudient la Bible dans tous ses détails, ses aspects, ses expressions, ces théologiens ont beaucoup écrit là-dessus. Certains disent que l’un fait la liste des ancêtres de Joseph, l’autre, ceux de Marie, certains évoquent aussi les destinataires de ces évangiles : ainsi, disent-ils, Matthieu, qui écrit pour des chrétiens d'origine juive, présente une généalogie descendante à partir d'Abraham pour montrer que Jésus est un vrai fils d'Abraham et que toute l'histoire passée du peuple juif trouve en lui son aboutissement et son sens. Luc, lui, destine son évangile à des chrétiens d'origine païenne : il présente une généalogie ascendante et fait remonter Jésus jusqu'à Adam, le père de toute l'humanité, et pas seulement du peuple juif.
Une chose est sûre, ces généalogies n’ont rien à voir avec les arbres du même nom que bien des gens s’évertuent à faire aujourd’hui. Comme bien des choses dans les récits évangéliques, elles n’ont rien de scientifique mais ont un sens spirituel. On vient de le voir en évoquant ceux à qui étaient destinés les écrits attribués à Matthieu et à Luc.
Les extraits de l’épître aux Hébreux que nous venons d’entendre éclairent aussi le propos d’une façon toute particulière. Saint Paul, en effet, évoque certains de ces personnages cités dans les généalogies ; il y ajoute aussi des prophètes, des martyrs, des personnages, en tout cas, de l’ancien Testament, des gens qui ont vécu leur foi – on pourrait dire – jusqu’au bout. Et pourtant, dit l’apôtre Paul, ceux-là n’ont pas « bénéficié de ce que Dieu avait promis ». Pourquoi ? Parce que la promesse n’était pas réalisée, parce que la réalisation de la promesse de Dieu, elle est en Jésus-Christ.
Et c’est là que ces textes prennent un sens pour nous, aujourd’hui. Certes, pour les Juifs des temps apostoliques, tous les noms cités par Matthieu et Luc – beaucoup, en tout cas, si pas tous – bien de ces noms étaient connus et évoquaient des gens, des personnalités comme on dirait aujourd’hui, mais aussi des personnes plus modestes, voire des personnages peu recommandables. Hommes ou femmes, d’ailleurs.
Pour nous, ces noms ne nous disent rien, ou pas grand-chose, ou bien juste certains d’entre eux. Mais ils témoignent en tout cas d’une chose, c’est que la venue du Fils de Dieu, l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité, s’inscrit bien dans l’histoire des hommes, dans une lignée, même si – et c’est sans doute pourquoi on raconte aujourd’hui la naissance de Bethléem – même si Jésus, le Christ, né d’une Vierge et de l’action du Saint-Esprit ne s’inscrit pas dans une sorte de généalogie « naturelle », selon la chair. Certes, Jésus est fils de Marie mais il est aussi Fils de Dieu et non pas fils de Joseph qui n’y est finalement pour rien dans cette naissance.
D’une certaine façon, ce début de l’Évangile selon saint Matthieu marque une rupture entre le judaïsme et ce qui va devenir le christianisme. Le premier – comme l’écrit saint Paul à longueur d’épîtres – vit sous la Loi de Moïse, le second sera inspiré par la foi ; le premier cherche dans l’accomplissement de préceptes un salut que les seconds trouveront par la grâce et dans le Christ Jésus.
Oui, le Fils de Dieu s’est bien incarné dans l’histoire des hommes, dans notre histoire, notre histoire à nous. Et cela nous concerne donc aujourd’hui. Même si nous ne savons plus de qui on parle dans cette longue énumération de la généalogie de Luc ou de Matthieu. Même si nous ne sommes plus guère sensibles à des considérations de numérologie en référence, par exemple, à ces 14 générations (2 fois 7) ou 11 fois 7 chez Luc, parce que le chiffre 7, dans la Bible est lié à la perfection ...
Le Fils de Dieu s’est fait homme, un homme comme nous, même s’il est aussi Dieu comme son Père. Et cet événement que nous commémorons comme « naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ », cet événement de Noël, ce n’est pas seulement une histoire qui s’est passée il y a deux mille ans, c’est un fait qui nous concerne directement, dans notre vie – et pas seulement notre vie spirituelle – dans notre vie de tous les jours, nos relations avec les autres, notre espérance, dans cette confiance en Dieu que nous donne notre foi.
Et si tout cela peut s’exprimer dans une réflexion au départ des tout premiers versets de l’Évangile de Matthieu, notre certitude tient dans sa toute dernière phrase, dans cette affirmation de Jésus à ses apôtres, à ses disciples, jusqu’à nous – c’est Jésus qui parle et qui dit – « et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Amen ». 



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