Dimanche après Noël – Dimanche avant Théophanie – 2014 - Mt 2, 13-23 – Mc 1, 1-8

Lorsque nous évoquons ce que nous appelons « le second et nouvel avènement », le retour du Christ à la fin des temps, les images que nous en avons s’inspirent sans doute de l’Apocalypse de saint Jean et le sens même tient dans les paroles de Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire . »
Dans les passages des évangiles que nous avons lus ces derniers jours, on est bien loin de cette gloire. Pour celui qui sera le Sauveur du monde, et pour ses parents, il n’y a pas de place à l’hôtellerie. Pourtant, comme l’annoncent les anges aux bergers, cette naissance est « une grande joie qui sera celle de tout le peuple ». Mais le signe qui est donné pour le reconnaître est « un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche ».
Au-delà de l’humilité, de la pauvreté même, cette image d’un enfant couché sur la paille est comme prophétique : celui qui donnera son corps et son sang en nourriture pour le salut du monde est couché là, dans une mangeoire.
Et celui-là même qui guidera le peuple par la Parole de Dieu doit fuir aujourd’hui devant la violence d’Hérode. La vie de celui qui prêchera l’amour et la paix commence dans le rejet et le sang.
Ce dimanche est à la fois dimanche après Noël et dimanche avant la Théophanie. Les douze jours qui séparent ces deux fêtes, des « jours saints » (sviatki) comme nous les appelons, apparaissent, dans notre temps liturgique comme une seule et même solennité. On le sait, pendant toute cette période, il n’y a pas de jeûne, de carême, même les mercredis et les vendredis. C’est qu’il y a un lien essentiel entre Noël et Théophanie : « Dans Sa Nativité, le Fils de Dieu vint au monde de façon cachée, dans Son Baptême, Il apparaît de façon manifeste » comme l’écrivait saint Jérôme. Ailleurs, saint Jean Chrysostome explique : «  L’apparition n’est pas la fête de la Nativité, mais celle du Baptême. C’est par Son Baptême et non par Sa naissance qu’Il S’est manifesté au monde. Avant le Baptême, Il était inconnu du peuple ».

Entretemps, il y aura eu un homme, un prophète. Celui dont nous parle le début de l’Évangile de Marc que nous venons d’entendre : Jean-Baptiste, celui qui baptisera Jésus dans le Jourdain.
Mais l’iconographie, elle, montre un lien entre ce baptême et la Nativité, un lien qui va même plus loin encore. Dans l’icône de la Théophanie, la représentation du Jourdain est tout à fait particulière. Ce n’est pas une rivière qui traverserait l’icône de part en part, mais une sorte de grotte qui serait emplie d’eau et à l’intérieur de laquelle se tient le Christ. Une grotte qui rappelle évidemment celle de l’icône de Noël devant laquelle se trouve l’enfant mais qui évoque aussi ce trou noir de l’Hadès représenté sur l’icône  pascale de la descente du Christ dans les enfers. On peut penser aussi à la mise au tombeau, mais je dirais aussi à l’icône de la résurrection de Lazare où l’ami de Jésus, entouré, lui, de bandelettes (et non de langes), sort des ténèbres de la mort à l’appel du Maître.
« Le peuple qui vivait dans les ténèbres a vu une grande lumière ». Cette prophétie d’Isaïe est souvent attachée à l’image de la grotte de Noël. Le même signe va donc jusqu’à la résurrection, la victoire ultime du Christ sur la mort, sur les ténèbres, la victoire de la Vie.
Et pourtant, tout cela n’est pas simplement une belle construction intellectuelle, ni même une méditation aussi riche que profonde, tout comme la mémoire que nous faisons de ces événements n’est pas simplement le souvenir d’événements passés. Tout cela nous implique, nous concerne directement, concerne notre vie. Pour autant que nous ayons choisi de mettre notre vie dans la lumière du Christ, de mettre nos pas dans les pas de Jésus.
Vivre en chrétien, cela tient un peu de ce qu’un auteur d’un siècle précédent appelait « l’imitation de Jésus-Christ ». Plus qu’une imitation, c’est une véritable inspiration. C’est cet esprit que nous ne cessons de prier, auquel nous demandons de « faire sa demeure en nous ». C’est l’Esprit de Dieu qui nous donnera de pouvoir entendre la Parole et d’en vivre.
Nous sommes allés vers la grotte de Bethléem et nous nous préparons à rejoindre Jean-Baptiste et Jésus lui-même sur les bords du Jourdain. Ce n’est pas un fantasme. C’est une réalité spirituelle. Aujourd’hui, c’est notre âme qui doit devenir la grotte de Bethléem pour accueillir le Fils de Dieu, accueillir sa parole vivifiante, pour qu’il vive en nous, pour qu’il s’incarne en nous. Nous devrons aussi recevoir le baptême de repentance, ce baptême de Jean, ce baptême dans l’eau qui nous conduira jusqu’au baptême dans l’Esprit.
Ce que nous vivons, ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de réactualisation de notre propre baptême, un appel à raviver la flamme qui a été allumée en nous le jour où nous avons été baptisés. Baptisés en Christ car c’est Lui, seul, qui peut nous baptiser dans le saint Esprit.



Site web réalisé par Arnaud Simonis