Théophanie – 2014

Nous voici sur les bords du Jourdain. Jean est là qui prêche la repentance pour la rémission des péchés et annonçant « celui qui est plus puissant que lui et dont il n’est pas digne de délier la courroie des chaussures ». Jean prêche le repentir et baptise dans les eaux du fleuve. Et voici qu’arrive un homme. Dans la foule de ceux qui entourent le Baptiste, personne ne le connaît. Jean lui rend témoignage : « c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ». Les gens ne comprennent pas. Qui est cet homme ?
Pourtant, sa naissance a été annoncée par les anges, mais seuls quelques bergers et ces savants, ces mages venus de l’Orient sont allés le voir et l’adorer dans la crèche. Il y a eu aussi, plus tard, ces théologiens réunis dans la synagogue de Jérusalem. Mais qui se souvient de cet enfant de douze ans qui leur parlait avec tant d’intelligence ? Il y a presque vingt ans de cela. Presque trente ans depuis Bethléem et Jésus ne s’est pas manifesté. Mais le voici, descendant dans les eaux du Jourdain en disant à Jean-Baptiste : « laisse faire pour l’instant, c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice ».
Mais, à peine baptisé, alors que Jésus sort de l’eau, on voit les cieux s’ouvrir, on entend une voix qui dit « celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur » et l’Esprit de Dieu descend sur lui sous la forme d’une colombe.
Une colombe. Comme celle qui ramena à Noé le rameau d’olivier qui marquait la fin du déluge. La colombe, devenue signe de paix, mais d’abord signe de réconciliation. Au temps de Noé, c’était la réconciliation de Dieu avec l’homme, avec cet arc-en-ciel que Dieu mit dans les cieux en signe d’alliance. L’eau du déluge avait englouti le péché comme l’eau du baptême est purificatrice. Et la réconciliation finale vient par Jésus-Christ.
Par lui, l’eau est devenue vivifiante. Certes l’eau est à la base de la vie, de la vie naturelle. Mais celle que nous donne le Christ est celle-là même que Jésus a promis à la Samaritaine, c’est l’eau vive de la vie éternelle, c’est le don de Dieu fait aux hommes.
Tout à l’heure, nous serons sur les bords de la Meuse pour la Grande Bénédiction des eaux. Hier, nous avons béni l’eau, ici, dans notre église. Certains vous diront qu’en cette fête de la Théophanie, toutes les eaux à travers le monde sont bénies. Reste le geste, notre geste, notre démarche, notre prière. Elle est un témoignage. Elle est comme un rappel.
Le rappel de ce moment unique – mais dont beaucoup d’entre nous n’ont pourtant aucun souvenir – celui de notre propre baptême. Un rappel et une façon de retrouver cette grâce qui nous a été donnée alors et dont nous n’avons guère la conscience.
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ ». Ces paroles de l’apôtre Paul, nous les chantons comme une hymne lors des célébrations de baptême précisément, ou lors de certaines liturgies – comme aujourd’hui – à la place du Trisaghion. Nous devrions faire nôtres ces paroles et dire : « nous tous qui avons été baptisés en Christ, nous avons revêtu le Christ ».
Celui qui a incliné la tête pour recevoir le baptême de Jean, celui qui était né dans une étable, celui qui donnera sa vie sur la croix, celui qui nous conduit sur des chemins d’humilité, le Christ nous guide, Il vit en nous si nous voulons vraiment vivre en Lui. Car s’il est mort au Golgotha, il est sorti vivant du tombeau, comme il est aujourd’hui sorti du Jourdain, pour entendre le Père lui rendre témoignage et le glorifier. Et nous aussi à travers Lui.
C’est quand Il sort de l’eau du Jourdain, de l’eau du baptême, que se manifeste la voix du Père, c’est quand Il sort vivant du tombeau que se manifeste la vie plus forte que la mort. C’est là tout le symbole de la triple immersion lors du baptême : mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui, en Lui. Et celui qui doit mourir, c’est ce vieil homme, cet homme de chair que nous sommes qui doit devenir un être spirituel.
Mais tout cela n’est possible que par la grâce de Dieu, cette grâce qui nous est donnée en abondance et qui ne demande que notre réponse, celle de notre foi. Tout cela n’est possible que dans l’Esprit Saint. « Cet esprit, écrit saint Paul à Tite, Dieu l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle ».



Site web réalisé par Arnaud Simonis