Présentation de Jésus au Temple - Dimanche de Zachée - 2014 - Lc 2, 22-40 – Lc 19, 1-10

À Banneux

Nous célébrons aujourd’hui la présentation de Jésus au Temple. Cette fête clôture, après Noël et la Théophanie ce qu’on pourrait appeler les solennités de l’Incarnation. Pourtant, Marie et Joseph ne font qu’appliquer la loi de Moïse et respecter les traditions du peuple juif. Mais déjà – pour le dire en des termes d’aujourd’hui – tout va basculer. Marie et Joseph vont entendre une révélation concernant Jésus, elle se réfère aux prophéties d’Isaïe : cet enfant sera la lumière pour éclairer les nations, la gloire d’Israël son peuple. Le rôle messianique de Jésus, le Christ, est ainsi déjà proclamé.
Son rôle, mais aussi la réaction de tous ceux qui sont ses contemporains, et on pourrait dire, même après, jusqu’à notre temps, car il sera « un signe contesté ». Jésus est « lumière pour éclairer les nations », dit le vieillard Siméon, mais « la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue » dit saint Jean dans le prologue de son évangile. Quant à saint Matthieu, il rapporte ces paroles de Jésus : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Ce glaive, ce n’est pas celui de la guerre et de la violence, mais celui de la séparation, ce glaive, c’est la parole de Dieu. Une parole qui nourrit, une parole qui porte, mais aussi une parole qui peut diviser. Parce que chacun veut se faire sa propre idée, sa propre compréhension de la parole de Dieu, une idée qui l’arrange, une compréhension qui rejoint ses propres principes.
Mais cette de la présentation au temple qui est, par la prophétie de Siméon, une fête du Seigneur, est aussi, de par les paroles de ce même Siméon, une fête de la Mère de Dieu. En effet, en s’adressant à Marie, le vieillard a ces paroles à la fois inquiétantes et peut-être un peu énigmatiques : « un glaive te transpercera l’âme ; ainsi de bien des cœurs seront dévoilées les pensées ». On y verra, bien sûr, l’évocation de cette douleur indicible d’une mère qui voit son fils mourir en croix, mais les dires de Siméon sont biens plus profonds encore : sur le Golgotha, Marie partage le calvaire de son fils, non seulement ses souffrances, mais aussi son sacrifice. Le fiat de Marie va jusqu’au don du fruit de ses entrailles. Comme le Père envoie son Fils bien-aimé pour sauver l’homme, Marie, qui sera la mère de l’humanité, porte cette rédemption jusqu’au plus profond de son âme. Celle qui a permis l’incarnation va porter maintenant la naissance d’une humanité nouvelle. Avec le Christ, voici une Mère qui, tout en partageant la souffrance de son Fils, accomplit avec Lui ce grand dessin de Dieu qui est la Ré¬demption des hommes, non leur condamnation, mais leur salut, vivant ainsi pleinement ces paroles de Jésus rapportées par saint Jean : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver ».
Pourtant, nous parlons sans cesse de jugement, de condamnation … Sans doute parce que nous n’avons pas d’autres mots pour dire notre indignité, notre faiblesse devant la grandeur de Dieu. Certes, il y a nos œuvres, mais que sont-elles à côté de celles de Dieu. Il y a notre amour, notre charité, notre écoute, notre bienveillance, mais que sont tous ces sentiments à côté de la grande miséricorde de Dieu ? Mais il y a surtout ce que nous sommes, et que parfois, nous voulons cacher. Cacher aux autres, mais cacher aussi, parfois, à nous-mêmes. Et c’est à ce moment que  « de bien des cœurs seront dévoilées les pensées ». Non pas par des juges, non pas par un tribunal, mais à la lumière de la parole de Dieu. Aussi bien cette révélation des pensées les plus intimes du cœur ne sera pas le fait d’un Christ trônant sur le siège d'un redoutable tribunal, mais, bien au contraire, elle va se faire par la croix. C'est sur la croix, en s'offrant Lui-même en sacrifice que le Christ va révéler le cœur des hommes. Par la croix, mais aussi par sa parole, par sa présence.
Et cet autre extrait de l’évangile de Luc que nous avons entendu en est un témoignage. En effet, ce dimanche est le premier de la série qui nous prépare au Grand Carême, on l’appelle « le dimanche de Zachée », du nom de ce personnage qui monte sur un sycomore pour pouvoir apercevoir Jésus. En fait, les deux récits rapportent une même chose, une chose essentielle : une rencontre.
La première, celle qui se passe au temple de Jérusalem et qui met en présence l’enfant Jésus et le vieillard Siméon, nous l’appelons la Sainte Rencontre. La seconde est sans doute bien plus humaine mais peut-être tout aussi déterminante, et pas seulement pour ses protagonistes.
Siméon est allé au temple « poussé par l’Esprit » nous dit l’évangéliste. Mais qu’est-ce qui pousse Zachée ? La curiosité ? Quelque chose qu’il ne pourrait lui-même expliquer ? Le désir profond ? C’est ce qu’on retiendra comme premier élément essentiel de réussite de notre carême : le désir sur lequel se fondera la volonté de vivre ce que nous allons vivre.
Zachée va pour voir, Jésus l’interpelle. Il y a rencontre. Une rencontre qui va bouleverser la vie de ce collecteur d’impôts qui va partager ses richesses. Qui va faire l’expérience de la charité et par là, l’expérience du salut qui « est entré dans cette maison » dira Jésus, avant d’ajouter « car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».
« Maintenant, maître, tu peux laisser aller en paix ton serviteur selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut ». Ces phrases de Siméon que nous chantons ou lisons à chaque office de vêpres, nous pouvons les faire nôtres. Non pas comme annonce de notre mort imminente, mais, parce que chaque jour qui commence est le premier de ce qui nous reste à vivre, comme une certitude, une force, une joie de ce qui nous est donné : le salut en Jésus-Christ.



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