Dimanche du pharisien et du publicain - 2014 - Lc 21, 8-19

Le Pharisien et le Publicain. L’apparition de ces deux personnages dans les lectures de notre série d’évangiles marque le début de la période préparatoire à notre Grand Carême. Et chaque année, c’est la même chose. Chaque année, on relit le même passage de l’évangile de Luc, chaque année on s’interroge sur l’attitude de ces deux hommes qui vont au temple pour prier et chaque année, le prêtre qui doit préparer son sermon se demande ce qu’il pourra dire d’un peu original, au risque de se répéter d’année en année.
Et pourtant, c’est peut-être cette répétition qui est nécessaire. Pas seulement les paroles des homélies, mais cette période toute particulière que nous nous apprêtons à vivre : celle du Grand carême, celle de la préparation à ce qui est la fête des fêtes, le fondement même de notre foi, l’objet même de notre espérance : Pâques et la résurrection du Christ.
« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage » disait le poète Boileau en parlant de l’art poétique. Cent fois dans votre vie revivez les mêmes choses, pourrait-on dire en évoquant notre vie spirituelle. Parce que, même si nous voulons vivre en bons chrétiens, nous vivons dans le monde et nous sommes influencés, dérangés peut-être, par le monde. Les bonnes résolutions que nous pouvons prendre ne résistent pas toujours à ce qui nous apparaît comme des obligations.
Bien sûr, il faut bien aller travailler, il faut s’occuper de sa famille, il faut tenir ses comptes pour payer le loyer, l’eau, le gaz, l’électricité … Mille choses nous accaparent. Et même parfois pour ce qui est de l’église : il faut acheter du vin liturgique, suivre les dossiers des travaux, il faut faire des prosphores, nettoyer les lampades … Et en plus, il faut conduire la femme au travail, la fille au cours de danse et le garçon à l’entraînement de football.
Oui, nous avons besoin de ces « répétitions », nous avons besoin de ces moments particuliers, privilégiés où l’église nous rappelle l’essentiel, ce qui est le plus fondamental de notre vie. Et peut-être que la première chose que nous ayons à faire, c’est précisément de ne pas nous laisser engluer dans les choses du monde au point de ne pas pouvoir vivre ces moments privilégiés.
C’est pourquoi les lectures des évangiles nous proposent, au cours de ces dimanches, des exemples, des paraboles. Déjà dimanche dernier, nous avons rencontré un personnage un peu particulier : Zachée. Lui aussi – comme le publicain d’aujourd’hui – était un collecteur d’impôts. Mais ce que nous devons retenir de lui c’est d’abord son désir de voir Jésus. Si nous n’avons pas ce désir d’aller plus  intimement vers le Christ, nous n’arriverons pas au bout de notre carême. Et puis, sa conversion – oui, on peut le dire ainsi – quand il dit à Jésus qu’il va donner la moitié de ses richesses. Le partage, la charité, comme voie de salut. Voilà les deux enseignements de Zachée.
Nos personnages d’aujourd’hui sont très parlants pour les interlocuteurs de Jésus. À cette époque, les Pharisiens sont des interprètes de la loi de Moïse, ils se sont séparés du reste du peuple pour des raisons de pureté rituelle, le peuple étant moins soucieux des prescriptions de la loi. Pourtant, ils restent proches du peuple qui écoute leurs commentaires et qui les respecte parce qu’ils suivent les règles de pureté imposées aux prêtres. Ils ont une grande influence non par leur nombre – pas plus de six mille, selon l’historien Flavius Josèphe –, mais par leur influence parmi leurs nombreux disciples.
L’autre, c’est un publicain. Un homme d’affaire qui, par contrat avec l’autorité civile romaine, était autorisé à collecter les taxes en son nom. Ils formaient de véritables sociétés à but lucratif qui intervenaient dans les domaines économiques et fiscaux.  Dans une période bien plus proche de nous, on l’aurait appelé un collabo, un collaborateur avec l’occupant.
Et pourtant, c’est lui que Jésus semble prendre en exemple dans sa parabole. Certes, on pourrait dire – encore une fois avec des termes d’aujourd’hui – que Jésus se veut provocateur. Sans doute. Ce n’est pas la première fois qu’il grossit ainsi le trait pour souligner ses propos. Qu’on pense à la parabole du bon Samaritain. Mais il ne faut pas s’y tromper, dans cette histoire, il n’y a pas un bon et un mauvais.
Le Pharisien est un homme juste : il jeûne, il paie la dîme, il respecte les règles et les prescrits de la religion. Mais voilà, il en tire une sorte de gloire personnelle et il en arrive à juger les autres. Le publicain, lui, n’a qu’une seule espérance : s’en remettre à la miséricorde de Dieu.
Le message, pour nous, est clair : imitons le Pharisien dans ses œuvres, et suivons le Publicain sur le chemin du repentir et de l’humilité. Mais surtout, évitons de regarder ce que fait le voisin ! Ne sommes-nous pas, trop souvent, prêts à rendre grâce à Dieu de ne pas être comme un tel ou une telle …
N’oublions pas, dans cette parabole, qui s’en retourne justifié et l’autre non.



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