Jugement dernier 2014 - Mt 25, 31-46

Avez-vous déjà escaladé une montagne ? Pas nécessairement la face Nord de l’Everest avec une cordée d’alpinistes, non, simplement grimpé par les petits chemins d’alpage, les sentiers rocailleux, jusqu’au sommet ?

C’est dur ! On n’a pas l’habitude de faire ce genre de sport tous les jours.

Il valait mieux prendre un peu d’exercice, d’entraînement, avant de se lancer ainsi. Avant de partir, éviter un repas trop copieux qui nous aurait rendus lourds et somnolents. Et puis, une fois en chemin, il faut mesurer ses efforts sous peine de s’épuiser, être attentif, sous peine de s’égarer. A certains moments, on devra vaincre la fatigue, peut-être un peu de cette paresse qui fait se demander : « Mais qu’est-ce qu’on est venu faire ici ? ». C’est qu’il faut faire attention où on met les pieds : ce n’est pas un endroit où on peut aller tête en l’air sinon, c’est le pied tordu ou parfois pire, la chute. Dans le groupe, il se peut qu’il y ait des plus faibles et il faudra aller aussi à leur rythme et pas question de jouer son petit chef ! Et puis, quand on grimpe comme ça, on ne parle pas trop : il faut économiser son souffle.

Aujourd’hui, l’Eglise  nous invite à entreprendre d’escalader, de nous élever sur les chemins spirituels. Pas comme des saints, des ascètes, non, mais comme des chrétiens qui peuvent aussi découvrir des sommets.

Bien sûr, c’est dur. On a beau prier chaque jour, on reste dans ses limites.

Il faut donc se préparer, y aller graduellement. C’est ce que l’Eglise nous propose aujourd’hui avec l’abstinence de viande, de quoi nous ajuster à l’effort qui va nous être demandé. Un effort qu’il faudra aussi mesurer sous peine de s’épuiser inutilement. Voici un temps et un cheminement où il conviendra d’être attentif sous peine de s’égarer. Comme le grimpeur sur la montagne, il faudra donc éviter la dissipation, s’éloigner de l’esprit de paresse, de domination et, pour garder son souffle, éviter le vain bavardage. Tiens. Ce sont là les termes même de la prière de Saint Ephrem que nous allons commencer à dire durant les prochaines semaines.

Le grimpeur peine sur les chemins de montagne, mais s’il veut s’élever, il faut bien passer par là. S’élever, mais pourquoi ? Pour voir le monde autrement, découvrir de nouveaux horizons, je veux dire : voir plus loin que le cadre de sa petite vie quotidienne. Et puis, là haut, il règne une autre atmosphère, c’est presque un autre monde.

C’est cela la pédagogie du carême. Ses recommandations – ses interdits diront certains – ne sont qu’un moyen de parvenir à autre chose, cette autre chose que l’on pourrait évoquer aussi en disant : découvrir de nouveaux horizons, voir le monde autrement, goûter à un autre monde, une autre vie, la Vie.

Mais, pouvoir quitter le cadre de sa vie quotidienne, cela demande un arrachement. Et si on ne nous donne pas des moyens, si on ne nous pose pas des étapes, nous n’y parviendrons pas. C’est cela la méthodologie du carême. Et c’est bien autre chose qu’un code ou une série d’interdits : ce sont des moyens de gravir cette route, ce chemin rocailleux vers cette fête lumineuse qu’est la fête de Pâques, la fête de la Résurrection, la rencontre avec Celui qui nous donne la vie éternelle.

Le but du Carême, c’est la fête comme le but de l’escalade c’est d’atteindre le sommet. C’est pourquoi, malgré les difficultés du chemin, malgré nos faiblesses, malgré nos manquements, nos chutes, nos doutes ou nos révoltes, le temps de carême est un voyage radieux, parce qu’au bout, on le sait, il y a la joie et la liberté. Un moment sublime que nous ne pourrions goûter si nous ne nous débarrassions pas de la carapace qui nous emprisonne au quotidien : que ce soit autour de la table, du comptoir, ou du lit, mais surtout autour du tiroir-caisse.

C’est cela le sens du carême : perdre – fut-ce un temps – sa cuirasse, sa vieille peau. Faire peau neuve et cœur nouveau pour aller vers l’essentiel. Et l’essentiel, nous venons de le vivre, nous venons de l’entendre et nous allons le célébrer. L’essentiel, c’est l’amour.

L’amour. Non pas le souci humanitaire qui voudrait la justice dans le monde et qui vient en aide au pauvre anonyme, non, l’amour concret et personnel, l’amour de celui ou de celle que Dieu me fait rencontrer dans ma vie. C’est le message de l’Evangile du Jugement dernier que nous venons d’entendre.

Hier, nous avons commémoré les défunts, prié pour tous ceux qui se sont endormis dans l’espoir de la résurrection et de la vie éternelle. Et cela aussi, c’est un signe d’amour : nous demandons à Dieu de se souvenir de ceux dont nous mêmes faisons mémoire, et nous pensons à eux parce que nous les aimons. En priant pour eux, nous les rencontrons dans le Christ qui est Amour et qui est Vie parce que dans le Christ, il n’y a ni morts ni vivants puisque tous sont vivants en Lui.

Lui qui est notre guide, notre chemin, notre secours et notre but. Lui, Jésus-Christ, qui, dans un élan d’amour sans cesse répété, nous a donné de célébrer sans cesse son sacrifice, de communier à son corps dans le pain et le vin de l’eucharistie.

Ah ! Le sommet ! On y pense, on a envie de s’en approcher. Comme Zachée grimpait sur l’arbre pour voir Jésus, on a envie, c’est vrai, de se lancer sur le chemin. On sait que ce sera dur, mais on sait aussi qu’au détour du chemin, on découvrira quelque chose qui nous réjouira et nous aidera à avancer. Qu’on trouvera sur notre route des aides et des secours, de quoi nous rassasier ou nous abreuver : ce sont les étapes du carême avec ses offices, ses prières spécifiques, son recueillement qui font de ce temps un temps très fort dans l’année, parce que l’on vit très fort, intensément, des choses profondes et fondamentales, des choses qu’on ne découvre que par la grâce de Dieu.

Qu’il nous guide et nous éclaire, sur ce chemin qu’il a tracé pour nous. Amen.



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