Dimanche du Pardon – 2014 - Mt 6, 14-21

On pourrait résumer l’extrait de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre en trois mots qui en seraient les trois thèmes : le pardon, l’hypocrisie et le choix.
Le choix, c’est celui que nous avons à faire quant à notre vie : sur quelles valeurs voulons-nous la bâtir, quelles sont les choses qui sont pour nous les plus importantes ? Si on voulait inscrire ces valeurs sur une échelle où mettrions-nous par exemple le travail, la famille, l’argent, la réussite sociale ? Où mettrions-nous Dieu ? Car c’est en fonction de ces choix, en fonction de ces valeurs que notre vie va s’organiser, que notre esprit lui-même sera orienté.
Si nous recherchons le profit, l’argent, nous serons guidés par ce qu’on appelle l’esprit de lucre. C’est l’état de celui qui cherche toujours la bonne affaire, qui sait comment tirer un gain matériel d’une chose ou d’une action. « Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur » dit Jésus. Nos choix ne sont pas seulement intellectuels, ils ne sont pas abstraits, ils engagent notre vie, pas seulement notre esprit mais aussi notre cœur. Notre homme attiré par l’argent, comment pourrait-il aimer vraiment une femme qu’il trouverait dépensière ? Ce n’est qu’un exemple, évidemment, mais on comprend très bien ce qu’il veut dire …
L’hypocrisie, elle nous est dénoncée depuis le premier dimanche de cette période préparatoire à notre Grand Carême, depuis la lecture de cette parabole extraite de l’évangile de Luc dans laquelle Jésus nous parle du Pharisien et du Publicain. L’hypocrisie est liée à l’orgueil, à cette tendance que nous avons tous à vouloir être reconnus. Si nous faisons quelque chose de bien, nous aimerions que tout le monde le sache et mieux encore le dise. Oh ! Oui, ça fait plaisir quand quelqu’un vous dit : c’est chouette ce que vous avez fait là ! Ça encourage. Sauf si on recherche cette réaction, sauf si on en a besoin. « Leur récompense, ils l’ont déjà » dit Jésus. Bien sûr, puisque c’est ce qu’ils cherchaient.
Ce qu’il faut chercher, et singulièrement pour ce qui est du jeûne et du carême, ce n’est pas d’être reconnu « de l’extérieur » mais que cela influence notre esprit, change notre cœur, que ces jours que nous vivons peut-être comme un sacrifice, soient agréés par Dieu comme l’a été le sacrifice d’Abel. Sinon, la prière que nous adresserons sera comme celui de Caïn.
Et puis enfin, le pardon. Jésus en parle en deux phrases, deux phrases seulement, mais qui sont des phrases définitives. En abrégé : si vous pardonnez, Dieu pardonne ; si vous ne pardonnez pas, Dieu ne pardonne pas. Dans une autre leçon, Jésus dira : si tu viens au temple offrir ton obole et que tu es fâché avec ton frère, va d’abord te réconcilier avec lui. Parfois, cela nous paraît impossible. Impossible à cause de nos émotions, de nos ressentiments. Impossible ou pour le moins difficile.
« Ça, je ne pourrai jamais le pardonner, oublier peut-être, pardonner, jamais ». C’est ce qu’on entend parfois dire. Oublier. C’est comme jeter de la terre sur un feu qui continuerait à se consumer, qui nous rongerait de l’intérieur. C’est donc, là aussi, de l’intérieur que nous devons nous tourner vers Dieu. C’est cela aussi l’humilité, c’est de pouvoir dire : « Seigneur, ça, je ne peux pas le faire, j’en suis incapable ». Mais à l’humilité doit s’ajouter le repentir : « Seigneur, donne-moi la force ». Car, si le Christ vient en nous, s’il vit en nous, si c’est Lui notre trésor, alors en Lui sera notre cœur. Et Lui en nous, nous par Lui, nous pourrons pardonner, sans hypocrisie.
Alors, enfin, cette phrase du Notre Père que nous n’arrêtons pas de répéter prendra tout son sens : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».




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