1er dimanche de carême – 2014 - Jn 1, 43-51

En ce premier dimanche de carême, l’Eglise nous propose d’entendre cet extrait de l’évangile de Jean qui raconte une situation que nous connaissons bien : Jésus rencontre Philippe – comme il a rencontré Pierre, Jacques et Jean, et Matthieu, et Zachée et bien d’autres – et il lui a dit tout simplement : « Suis-moi ». Cette fois, saint Jean ne prend même pas la peine de nous dire : il le suivit, mais on le comprend puisque Philippe, tout de suite, va porter témoignage.

Voilà déjà une première leçon pour nous, en début de ce Grand carême. Philippe avait sans doute entendu parler de Jésus, il savait qu’il était là, quelque part dans la région. Comme nous, nous avons entendu parler de Jésus, chaque dimanche, on nous en parle. Nous avons pu penser à Lui, le prier peut-être. Et nous pensons qu’il est là quelque part, dans notre vie. Mais voici que Jésus viens ou reviens vers nous et qu’il nous dit, qu’il nous répète : « suis-moi ». Non plus le temps d’une prière, non plus le temps d’y penser un peu : la rencontre de Jésus change fondamentalement la vie. Et s’il doit revenir quelques fois vers nous pour que nous nous décidions vraiment à aller vers Lui, c’est que notre cœur est endurci, nos cerveaux encombrés par les choses du monde et notre âme engluée dans nos désirs et nos passions.

La rencontre avec le Christ change la vie et notre première attitude est de porter témoignage. Pouvoir dire : « J’ai rencontré le Christ » comme Philippe dit à Nathanaël : « celui qu’on attendait, nous l’avons trouvé. » Reste à savoir si nous attendons vraiment le Christ. Et puis, c’est sûr, que parmi les autres, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire : et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Comme Nathanaël dit à Philippe « de Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? »

Mais Nathanaël, à son tour, va croire en Jésus. Pourquoi ? Parce que Jésus lui a dit : je t’ai vu sur le figuier. Nous, ça ne nous étonne pas : on se dit Jésus voit tout, sait tout alors, voir quelqu’un même quand il n’est pas là … C’est un peu simple ! Et Jésus n’est pas une sorte de voyant extralucide ! Comme toujours, il faut lire l’évangile en cherchant le sens symbolique des images et des paroles.

Jésus a vu Nathanaël sous le figuier. Ça ne vous rappelle rien, quelqu’un sous un arbre ? Adam ! Le figuier rappelle le péché de nos premiers parents : Jésus fait donc comprendre à Nathanaël qu’il l’a vu comme il est : israélite, sans artifice mais pécheur. Nathanaël réagit comme la Samaritaine qui court au village en disant : venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait !

Mais ce que Jésus vient de dire à Nathanaël ne s'adresse pas seulement à lui. C'est l’homme, le genre humain tout entier, que le Seigneur a vu sous le figuier, c’est-à-dire dans le péché. Et on peut donner cette interprétation quand on pense  que, après avoir mangé du fruit de l’arbre défendu, Adam et Eve se sont couverts … de feuilles de figuier.  Et quand Jésus dit à Nathanaël qu’il verra le Fils de l'homme dans sa gloire servi par les Anges : c'est une allusion au songe de Jacob, à l’échelle de Jacob. Tout cela est bien intéressant et on pourrait longtemps encore parler de ces évocations de la Genèse et de l’Ancien Testament dans ce passage.

Mais retenons maintenant cette phrase de Jésus à Nathanaël – donc à l’homme, donc à nous – vous verrez le ciel ouvert. Le paradis qui s’était refermé derrière Adam exclu est ouvert à nouveau. A la mort du Christ, le voile du temple se déchire. Ce que l’homme ne pouvait faire, le Christ, vrai homme et vrai Dieu l’a fait pour lui, pour nous : rétablir une relation directe entre Dieu et l’homme, entre l’homme et Dieu.

Suis-moi, nous dis Jésus. Il ne dit pas : suivez-moi. Il ne s’adresse pas à un groupe, il s’adresse à une personne, à chacun de nous. Il nous invite sur un chemin sans doute difficile, parce que le monde n’est pas prêt à entendre certains appels, certaines paroles, à vivre selon certaines valeurs. Et cette difficulté, nous l’éprouvons jusque dans notre corps à travers ce carême. Suivre Jésus     a ses exigences, mais c’est aussi une joie, une joie profonde. Et puis, suivre Jésus, c’est marcher vers la lumière et la Vie.

Ainsi, ce passage de l’évangile de Jean doit nous être un encouragement au début de notre voyage de carême. Nous étions sous le figuier – dans le péché – mais nous nous sommes levés pour suivre Jésus. Au moins durant tout ce temps, c’est vers Lui et vers Lui seul que doivent se tourner nos regards, c’est Lui qui doit occuper notre vie. Le creux que nous laissons par le jeûne et la prière, c’est Lui et Lui seul qui doit le remplir. Parce que c’est Lui qui nous mènera vers le Père.



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