3e dimanche de carême – 2014 - Mc 8, 34-9, 1 – He 4, 14-16, 5, 1-6

Vénération de la sainte Croix

Nous venons de vivre trois semaines de carême. Trois semaines nous séparent encore de Pâques. Et la croix est là, devant nous. Elle restera au milieu de l’église. Non pas pour nous barrer la route vers le sanctuaire, vers le calice de notre communion au corps et au sang de notre Seigneur Jésus-Christ, mais pour nous en montrer le chemin.
La croix est là, devant nous. Mais hier, au cours de la vigile, nous avons chanté des hymnes de la Résurrection. Parce que, c’est par sa mort, sa victoire sur la mort, que le Christ nous a donné la Vie. La croix est notre assurance, le tombeau vide, notre espérance. Notre assurance du salut, notre espérance de cette Vie en Dieu, par l’action du Christ et le don de l’Esprit saint.
La croix est ainsi le signe d’un amour infini. Elle est aussi le signe d’une haine farouche. Jésus a été crucifié entre deux larrons, un l’a insulté, l’autre lui a demandé : « souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume ». L’amour ou la haine, la compassion ou la violence. Ainsi sont les hommes, ainsi sont les sociétés. Sauf qu’aujourd’hui, on devrait ajouter l’indifférence. Mais peut-être, déjà, des passants ont-ils vu Jésus portant sa croix, sans se retourner. Peut-être certains n’ont-ils même pas jeté un regard vers ces trois suppliciés du Golgotha.
Sur la croix, Jésus n’est pas un supplicié comme les autres. Celui qui ne pouvait mourir de mort naturelle (sinon, on aurait pu dire que le Fils de Dieu était, lui aussi, soumis à la corruption) a trépassé d’une mort violente. Et il a choisi la mort la plus dégradante qui soit. Mais sur la croix, Jésus ouvre les bras pour accueillir tous les hommes, tous les hommes qui voudront regarder vers Lui, tous les hommes qui voudront le suivre, tous les hommes qui croiront en Lui.
Mais la foi en Jésus-Christ n’est pas sans exigence. Comme celle de prendre sa croix, celle de consacrer sa vie à Dieu. Mettre Dieu au centre de sa propre existence, en faire l’Unique nécessaire. Et vivre de cette vie dans l’Esprit saint. Sans en rougir, quitte à en souffrir.
La croix est là, devant nous. Ce dimanche est un jour de jeûne strict. Parce que nous devons mesurer toute l’importance du sacrifice. Mesurer aussi ce que cela représente pour nous. L’assurance du salut, oui, mais l’exigence, pour nous aussi de suivre Jésus jusqu’à ce sacrifice ultime. Pas nécessairement donner notre vie, mourir pour le Christ, mais, faire de notre vie une vie en Dieu, faire de notre vie un témoignage de la Bonne Nouvelle qui nous a été annoncée par Jésus-Christ.
Si on veut alors être cohérent avec soi-même, on doit se dire qu’on ne peut être un chrétien intermittent. On ne peut pas être un chrétien du dimanche : servir Dieu le dimanche et puis passer à autre chose les autres jours de la semaine.
Oui, il y a le travail, oui, il y a la famille, les enfants … mais tout cela peut se vivre « en Dieu », dans l’esprit de Dieu et non dans l’esprit du monde. Sinon, on passera son temps à gagner sa vie pour s’apercevoir qu’on l’a perdue. Et que ce qu’on a perdu vaut bien plus que ce qu’on a essayé de gagner. « Que sert à un homme de gagner le monde entier s’il vient à perdre son âme » dit Jésus.
Son âme. Cette vie que Dieu a insufflée en nous, qui nous donne Son image et nous permet sa ressemblance. Cette vie en Dieu qui pourra connaître cette plénitude que le Père a insufflée en nous en nous envoyant l’Esprit saint.
C’est tout cela que nous venons chercher dans les offices de l’Église. C’est tout cela qui nous est donné dans cette Divine Liturgie que nous célébrons. L’apôtre Paul parle le Jésus comme d’un grand prêtre. Certes l’image est plus parlante pour le Juifs de l’époque du Temple. Mais nous le comprenons très bien quand il nous dit que « le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable […] de partager nos infirmités, mais en toute chose il a connu l’épreuve, comme nous, et il n’a pas péché. Avançons donc, avec pleine assurance, vers le trône de sa tendresse, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours ».
Que cela soit le sens, l’expérience, de ces trois semaines qui vont nous conduire vers Pâques. En n’oubliant jamais ces paroles de Jésus à ceux qui l’entouraient : « En vérité, je vous le dis, il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu venir avec puissance. »
Par la Croix, le royaume est ouvert. Par la résurrection, c’est la Vie qui sera donnée. Et nous en sommes les témoins. Les témoins de ce royaume auquel nous participons au travers de notre Divine Liturgie. Le sacrement du royaume. La promesse réalisée. Notre espérance en Jésus-Christ, dans l’amour du Père et par l’Esprit Saint. Amen.



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