Annonciation – 2014

A Banneux

En préparant le dernier numéro des Nouvelles œcuméniques, j’ai trouvé des articles sur un sujet qui revient très souvent : celui de la place de la femme dans l’Église, l’Église catholique, s’entend. Une des personnes interviewées disait – avec une certaine aigreur – que l’image de la femme que l’on donnait toujours était celle de Marie : la servante, qui se tait, qui exécute. La bonne, quoi.
Ce n’est pas une image, c’est une mauvaise caricature ! Certes, on connaît les paroles de Marie à l’archange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ! ». Ce sont ici les paroles d’une femme, oui, mais ce devrait être l’attitude de tout chrétien ! Qu’il soit homme ou femme. C’est-à-dire quelqu’un qui s’abandonne à la volonté de Dieu, non pas dans une attitude de soumission mais dans une totale confiance.
En se disant « servante », Marie ne revendique aucun privilège. Elle se proclame la servante du Seigneur. Elle qui est choisie pour être sa mère, ne conçoit aucun orgueil d'une telle promesse ; celle qui devait enfanter celui qui est doux, humble par excellence, devait elle-même donner l'exemple de l'humilité. Enfin, en se proclamant la servante du Seigneur, elle ne s'attribue d'autre part dans cette grâce si extraordinaire, que de faire ce qui lui était demandé. En tout cela, elle est un l’exemple même de l’attitude d’un chrétien.
Mais, bien sûr, ce qui lui est demandé dépasse tout entendement humain et répond au projet divin envers les hommes. « Aujourd’hui c’est l’aurore de notre salut,  où se manifeste le mystère éternel » proclame le tropaire de la fête.  L’Annonciation, en effet, c’est en quelque sorte le jour de la conception selon la chair de Jésus. Selon la chair, mais sans l’intervention d’un homme. Pour le dire en des termes familiers : Jésus-Christ est Dieu par son Père et homme par sa Mère.
Jésus-Christ. Il se disait lui-même « le Fils de l’homme ». Ce qui renvoie au livre de Daniel. Ce qui renvoie aussi, d’une certaine façon, à la Genèse. Il y a, dans la Genèse, deux récits de la création de l’homme : l’un qui dit simplement « homme et femme il le créa » et l’autre, que l’on connaît mieux peut-être, où Dieu prend une côte d’Adam pour façonner sa femme. Ici, c’est d’une femme que le Fils de Dieu va prendre chair. Et Dieu ne va pas le créer, il va l’engendrer, « car rien n’est impossible à Dieu » dit Gabriel à Marie. « Voici que tu concevras, tu enfanteras un fils » lui dit l’ange et il ajoute « l’Esprit Saint viendra sur toi ». Jésus va naître de la chair de sa Mère et de l’Esprit de Dieu son Père. Sa nativité va inaugurer une ère nouvelle, un temps nouveau : celui du Royaume. Le Royaume va nous être donné, nous le vivons aujourd’hui dans nos sacrements, dans notre Divine Liturgie, dans la communion aux saints mystères du Christ.
Ainsi, l’Annonciation est le premier événement de l’histoire de notre salut par l’incarnation du Fils de Dieu. C’est pour cela que la scène est généralement représentée sur les portes royales de nos iconostases : c’est le oui de Marie qui pourra nous ouvrir les portes du Paradis perdu.
Si vous regardez l’icône visible de l’extérieur de cette chapelle, vous verrez Marie en train de filer. D'après le protévangile de Jacques, Marie avait été chargée par les prêtres de filer la pourpre écarlate pour le voile du Temple qui séparait le sanctuaire du Saint des Saints. Ce voile du Temple qui se déchire au moment de la Crucifixion, c'est donc la chair du Christ par laquelle les hommes ont accès au Père, le véritable Saint des Saints. L’épître aux Hébreux proclame : « Nous avons là une voie nouvelle et vivante, [que le Christ] a inaugurée à travers le voile, c’est–à–dire par son humanité.  » Dans le Grand Canon de saint André de Crète , que nous avons lu la première semaine de ce Grand Carême, il est dit : « La pourpre royale de l'Emmanuel qui est sa chair fut tissée dans ton sein, toute pure Vierge et Mère de Dieu. » La quenouille est donc l’image de la chair du Christ que la Vierge va tisser en son sein.
Et puis, sur le côté, trois des compagnes de la Vierge, élevées au Temple avec elle, semblent regarder avec étonnement. Mais que voient-elles ? Que peuvent voir des êtres humains, étrangers à ce grand mystère ? Etrangers, nous le sommes encore, et le mystère est entier. Mais nous le célébrons comme un événement essentiel pour notre propre vie, parce que nous le vivons, aujourd’hui encore, à la lumière de la foi.



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