4e dimanche de carême – 2014 - Mc 9, 17-31

En ce temps-là, pour la foule qui entourait Jésus, la guérison de l’enfant a dû être spectaculaire. Aujourd’hui, pour nous qui voulons suivre le Christ, la leçon est fondamentale. C’est un enseignement direct en ce quatrième dimanche de carême. Il tient dans la réponse à la question des disciples : « pourquoi nous autres, n’avons-nous pas pu l’expulser ? » Et Jésus dit : « cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et par le jeûne. » Ainsi, ce sont nos efforts, notre ascèse, nos sacrifices de ces dernières semaines qui sont, en quelque sorte, justifiés.
Pourtant, au père qui venait demander la guérison de son fils, Jésus avait dit : « le pouvoir, c’est la foi ; tout est possible à celui qui croit ! » La foi ne suffirait-elle donc pas ? Le père a compris, il le dit dans cette phrase que nous pouvons reprendre pour nous-mêmes : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi ! » Oui, nous croyons, mais nous sommes tièdes, nous sommes timides et réservés.
Le soleil brille. Mais si nous restons dans notre fauteuil avec les volets fermés, il ne nous réchauffera pas, nous ne profiterons pas de sa lumière. Il faut se lever, ouvrir les fenêtres. Comme il nous faut ouvrir notre âme et notre cœur pour que notre foi ne reste pas vaine, sans éclat. Et c’est cela tout le sens de ce carême que nous vivons.
On ne fait pas le carême pour s’imposer des épreuves, on ne fait pas le carême « pour faire plaisir à Dieu », le carême est comme un exercice pour celui qui veut faire du sport, c’est comme cet effort qu’il nous faut faire pour ouvrir les volets et laisser entrer le soleil. En fait, c’est nous qui sommes les premiers bénéficiaires de notre propre carême, de notre prière et de notre jeûne.
Bien sûr, pour nous, il ne s’agit pas d’expulser des démons, de faire entendre parler des muets ou guérir des épilpetiques. Les démons que nous devons expulser, ils sont en nous. Nous ne les connaissons que trop bien. Ce sont ces attitudes, ces réactions qui nous poussent, toujours, à faire le contraire de ce qui nous est demandé.
Nous voudrions être humbles à l’image du publicain qui nous accompagne depuis ce premier dimanche préparatoire au carême. Etre humble, oui, mais ce qui nous pousse le plus souvent, c’est l’orgueil ou la vaine gloire. Heureux les doux ! Nous le chantons chaque dimanche dans les béatitudes. Mais nous, nous sommes si souvent irrités ou en colère. On nous dira qu’il faut se réjouir du bonheur des autres, mais nous, nous serions plutôt envieux et, au contraire, on se réjouirait – secrètement, bien entendu – de leur malheur. Et puis, il y a le pardon, ce qui était la clé pour entrer vraiment dans le carême, mais ce qui reste en nous est souvent un esprit de vengeance.
Ce sont bien là nos vieux démons. Et ceux-là, on ne peut les expulser que par la prière et le jeûne. Mais c’est possible. Tout est possible par la foi. À condition, il faut le répéter, d’ouvrir notre âme et notre cœur. Comme on ouvre les volets pour faire entrer le soleil, brûler de la chaleur de la foi, s’offrir à la lumière de la grâce.
« Conduisez-vous en fils de lumière, écrit saint Paul aux Éphésiens, car le fruit de l’Esprit, c’est tout ce qui est bonté, justice et vérité ». C’est de cet Esprit que nous devons vivre, alors que notre vie est infestée par nos vieux démons. C’est l’incessante lutte du bien contre le mal. Et rien n’est jamais acquis. Il faut toujours combattre et, si on pense avoir gagné, il faut rester sur ses gardes.
L’enfant, guéri par Jésus, « devint inerte, si bien que la plupart des gens disaient qu’il était mort ». Si nous parvenons à vaincre nos vieux démons, peut-être aurons-nous l’impression de ne plus vivre, en tout cas, de ne plus vivre comme avant. C’est qu’il nous faut parfois mourir à nous-mêmes pour que Jésus puisse nous prendre par la main, nous faire lever et que nous puissions nous tenir debout.
Mais, comme Pierre marchant sur les flots, il nous faudra tendre la main. Comme le père de l’enfant, il nous faudra aller vers Jésus. Aller vers lui dans la confiance. Alors, il viendra à notre aide « par compassion envers nous ». Parce que, comme nous le chantons si souvent dans nos hymnes « il est bon et il aime les hommes ». Яко благ и человеколюбец.



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