Rameaux – 2014

La fête que nous célébrons aujourd’hui peut paraître étonnante : c’est peut-être la seule fois où Jésus accepte d’être acclamé par la foule. Lui qui fait toujours preuve d’humilité, entre aujourd’hui à Jérusalem sous les ovations : hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Il est accueilli comme un roi ! Mais, a-t-on jamais vu un roi monté sur un ânon ? Ce n’est pas une monture qui convient à quelqu’un qui voudrait gouverner un pays : un cheval, un cheval blanc, oui, mais un âne ! Pourtant, Jésus ne dit-il pas aux scribes et aux pharisiens qui lui reprochaient toutes ces manifestations à son égard : « N’avez-vous jamais lu ceci : la bouche des enfants, des tout-petits, s’ouvre pour louer ta suprême majesté » ?
La fête que nous célébrons aujourd’hui peut sembler ambigüe et renvoie à cette question : comment tous ceux-là qui coupaient des palmes, qui étendaient par terre leur manteau, comment tous ceux-là voyaient-ils Jésus ? Ne pensaient-ils pas qu’il était celui qui allait sauver Israël, non pas d’un point de vue spirituel, mais d’un point de vue politique, libérer le pays de l’occupation des Romains ?
La fête nous renvoie aussi à cette question qui doit être la nôtre aujourd’hui : comment, nous, voyons-nous Jésus ?
Durant tout le grand carême, nous avons prié – avec saint Ephrem – « Seigneur et Maître de ma vie » et l’avons interpellé en disant « Oui, Seigneur et roi ». Et c’est vrai. Si nous voulons vivre en chrétien, il faut que le Christ soit le Seigneur, roi et maître de notre vie. Mais pas comme le sont les rois ou les princes de ce monde. Parce que le Royaume que le Christ est venu fonder parmi nous, pour nous, c’est le royaume de Dieu. La volonté du Christ est la volonté de son Père. C’est cette volonté-là que nous appelons quand nous disons à Notre Père : « que ta volonté soit faite ».
L’ambigüité de la fête n’est donc qu’apparente. Et si c’est par la bouche des enfants que la vérité est proclamée, c’est qu’il faut voir cet événement avec une grande simplicité. Celui qui va mourir, d’une mort humiliante mais volontaire, ne peut pas se pavaner dans une manifestation aussi vaine. Le comprendre autrement, ne serait que prêter au Christ lui-même ce sentiment qui est le nôtre et qui empoisonne littéralement notre vie : l’orgueil.
« Sois sans crainte, fille de Sion, voici venir ton roi, assis sur le petit d’une ânesse ». En citant ce passage du livre de Zacharie, l’évangéliste évoque aussi la suite de ce passage de l’Écriture : « il proclamera la paix pour les nations, sa domination s’étendra d’une mer à l’autre et du Fleuve jusqu’aux extrémités du pays ». Des mots qui rappellent les paroles de l’ange à Marie : « il sera grand et son règne n’aura pas de fin ».
Oui, Jésus est Seigneur et roi. Mais pas comme on pourrait le comprendre selon les normes du monde. Parce que, comme il le dira lui-même : son royaume n’est pas de ce monde. Mais, pourtant, il faut que le monde l’acclame, ou plutôt qu’il l’accueille, qu’il le reçoive.
Et c’est peut-être cela la leçon de la fête pour nous, aujourd’hui : avec les palmes de nos bonnes actions, accueillons celui qui entre dans notre vie ; déposons sous ses pieds les manteaux qui cachent nos doutes et nos faiblesses et disons-lui, à notre tour, « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».
Peut-être, les Juifs qui accueillaient Jésus à Jérusalem, voyaient-ils en lui une sorte de surhomme qui allait tout régler dans leur existence. Peut-être, nous-mêmes, nous arrive-t-il de penser aussi que le Christ est venu pour tout arranger dans notre vie.
Si nous pensons cela, nous risquons – comme peut-être ces Juifs de Jérusalem – d’être déçus, parce que le Christ ne répond pas à nos attentes. Et si nous sommes déçus, nous pourrions aussi, comme les autres, crier : crucifie-le, crucifie-le ! Le rejeter …
La vérité sort de la bouche des enfants. De ceux-là même dont Jésus dira qu’il faut être comme eux pour accueillir le Royaume de Dieu. Car c’est bien ce royaume-là que nous accueillons aujourd’hui, avec nos rameaux en main, avec nos chants de louange. C’est ce royaume-là qui va nous être donné par Jésus lui-même, par sa mort et sa résurrection. C’est ce royaume-là que nous célébrons et auquel nous participons pleinement quand nous célébrons la Divine Liturgie.
Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est Dieu et il nous est apparu !



Site web réalisé par Arnaud Simonis