Saints Pères du 1er Concile Oecuménique-2014

Ce n’est évidemment pas un hasard si nous célébrons aujourd’hui la mémoire des saints pères du premier concile œcuménique, après le jeudi de l’Ascension et avant le dimanche de Pentecôte. Pour comprendre, il faut d’abord se souvenir de ce qui s’est passé au cours de cette toute première réunion des évêques en charge des premières communautés chrétiennes.

Ce premier concile s’est réuni à Nicée, en 325. L’église connaissait une crise importante. Déjà, me direz-vous. Oui, déjà. Mais la résolution de cette crise a permis, dès le début, de fixer les bases, les fondements mêmes de la foi chrétienne. En effet, ce que nous appelons aujourd’hui le symbole de la foi ou encore le credo ou mieux encore chez nous le Bерую, a été rédigé au cours de ce concile puis retouché par un concile ultérieur tenu à Constantinople.

L’objet de cette réunion était une première hérésie, celle d’Arius qui professait que le Christ n’était pas le Fils de Dieu, qu’il n’était pas de nature divine, qu’il n’était donc pas de même nature que le Père. Mais une opinion ainsi formulée ne devient une hérésie que quand elle est dénoncée. Il fallait donc mettre à mal cette conception qui menaçait de ruiner purement et simplement la foi chrétienne.

En évoquant cela au lendemain de la fête de l’Ascension, l’Eglise réaffirme donc que celui qui est monté au ciel, celui qui est assis à la droite du Père, est réellement le Fils de Dieu, consubstantiel au Père, de même nature que Lui.

On va faire un peu de linguistique … Vous connaissez l’expression qui dit « on ne change pas un iota » (en russe : нй на йоту). On dit aussi – quand on a une discussion sur une petite chose – discuter pour un iota. Or, précisément, les pères du concile de Nicée ont discuté d’un iota. En grec, le mot consubstantiel = de même nature (единосущна) se dit homoousios, tandis que si l’on veut parler d’une nature similaire, à peu près semblable, on dit homoiousios. Si cette dernière conception avait prévalu, le Christ n’aurait pas été le Sauveur, mais un prophète de plus, un homme plus ou moins divinisé.

Précisément, en affirmant la divinité de Jésus, le concile de Nicée, inspiré par l’Esprit Saint, a posé les fondements de toutes les définitions ultérieures.

Pourtant, aujourd’hui encore, la tentation existe et elle est grande d’en revenir, non pas à la théorie d’Arius, non pas à l’arianisme, mais à une conception que l’on dira « humaniste » de la personne de Jésus qui devient – selon les époques et pour ne prendre que des exemples de notre temps – une sorte de révolutionnaire pacifique, un Che Guevara sans les armes, un beatnik sans la drogue. Jésus serait la super star du mouvement mondialiste, celui qui vole au secours du tiers-monde, qui dénonce les injustices du capitalisme sauvage et triomphant …

Bien sûr, c’est tentant. Parce que c’est proche de nous, c’est à la portée de notre compréhension. C’est presque encourageant pour les combats que nous menons. Comme on dirait aujourd’hui, c’est payant dans la communication moderne d’un message évangélique qui en serait réduit à l’histoire d’un rebelle qui prêchait la bonne parole. Jésus devient alors simplement un frère, un camarade de combat, un compagnon de route.

Le résultat – et il se vérifie parfois dans certaines communautés qui se réclament pourtant du christianisme – c’est une religion qui met au centre de sa foi non pas Dieu, mais l’homme.

Le problème, c’est que parfois, on est dans l’erreur, mais qu’on ne peut pas – ou qu’on refuse – de le voir, parce qu’on est aveuglé par des réalités qui n’en sont pas, des idées que l’on prend pour parole d’évangile, alors qu’elles ne sont que vaines paroles.

En proclamant que Jésus Christ est Seigneur, qu’il est vraiment Dieu, égal – consubstantiel au Père, единосущна Отцу – les saints Pères du Concile de Nicée en 325 ont su garder tout le sens, le message intégral de l’amour de Dieu et du don divin : Dieu a tant aimé le monde qu’il s’est donné à nous et s’est fait homme en la personne de son fils unique.

Ainsi, changer un iota à la déclaration de foi de Nicée, c’est diminuer la grandeur et la générosité du don de Dieu, c’est porter atteinte – je dirais même dénaturer – radicalement l’essentiel du christianisme orthodoxe.

Oui, changer un iota, une seule petite chose à la foi de Nicée, remettre en question la divinité de Jésus-Christ, fils de Dieu, égal au Père, c’est – comme je le disais – mettre à mal le fondement du christianisme, c’est vider de son sens le message d’amour et de don divin et que les Pères résumaient dans une formule très forte : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu..

Changer quoi que ce soit à cette affirmation fondamentale, ce serait détruire tout le sens même et l’essence de la foi orthodoxe.



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