4e dimanche après la Pentecôte - Ro 6, 8-13 – Mt 8, 5-13

Les évangiles évoquent souvent des rencontres. Parfois, c’est Jésus qui les provoque lui-même comme quand il va vers Pierre et André, vers Jacques et Jean et qu’il en fait ses premiers disciples ou comme quand il s’invite chez Zachée pour lui faire découvrir le salut par la charité. Le plus souvent, ce sont des gens qui viennent vers Jésus. Pour lui demander une guérison, la lui « voler » parfois, comme cette femme hémorroïsse, ou encore, pour lui demander un enseignement, une parole, même parfois de nuit, comme Nicodème ou alors, au contraire, pour le mettre à l’épreuve, voire le piéger.
La rencontre qui nous est rapportée aujourd’hui est assez particulière. Celui qui vient trouver Jésus n’est pas un Juif, ni même un Samaritain, mais un Romain, un membre de l’armée d’occupation.
Luc, quand il raconte cet épisode dans son évangile, précise que l’homme avait de très bonnes relations avec les Juifs, peut-être même était-il attiré par leur religion puisqu’il les avait aidés à construire une synagogue.
Il ne vient pas pour lui-même mais pour un de ses serviteurs. Et Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir ».
Mais le centurion connaît la règle qui veut que les Juifs n’entrent pas chez des étrangers, ne les fréquentent pas. La Samaritaine, rencontrée au bord du puits, la connaît aussi, elle dit à Jésus : « Comment, toi qui es Juif, tu parles à une femme et de plus une Samaritaine ? » mais elle continue la conversation. Le centurion, lui, ne veut pas mettre Jésus dans une situation difficile et il refuse. Il refuse, mais pas seulement pour cette raison. « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ». Il fait donc preuve d’une grande humilité. D’une grande confiance aussi : « dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri ».
Et c’est là que la rencontre prend un tour particulier. Le centurion a autorité sur les soldats qu’il commande : il donne un ordre et doit lui obéir. Sur ses serviteurs aussi. Mais cette autorité hiérarchique n’a rien à voir avec celle qu’il reconnaît à Jésus. Ce que le centurion est venu demander à Jésus, ce n’est pas un ordre, c’est une parole, une parole de vie, une parole de guérison.
Son discours – et son humilité – frappent Jésus qui s’exclame : « Jamais en Israël, je n’ai connu pareille foi ». Quelle leçon pour les Juifs qui l’écoutent ! Et il en rajoute : beaucoup viendront d’ailleurs et seront sauvés tandis que vous serez perdus.
« Va, et qu’il t’advienne selon ta foi » dit-il au centurion. Et son serviteur est guéri au moment même. « Qu’il t’advienne selon ta foi ». Qu’il advienne selon notre foi. Puissions-nous entendre ses paroles. Mais que nous adviendrait-il car quelle est notre foi ? Comme le père venu demander la guérison de son fils, ne devons-nous pas dire et prier « Seigneur, je crois, viens en aide à mon manque de foi » ? Ne devons-nous pas dire, nous aussi, et même si nous allons vers Lui pour lui demander une grâce : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entre sous mon toit » ?
Mais le Seigneur est bon et miséricordieux. Nous ne sommes pas dignes qu’il vienne chez nous, moins encore qu’il vienne en nous, mais il se donne, son corps et son sang, dans le pain et le vin de l’eucharistie. Par Lui peut être exaucée cette prière que nous adressons au Paraclet, à l’Esprit Saint au début de chacune de nos célébrations : « Viens et fais ta demeure en nous ». Bien que nous n’en soyons pas dignes.
Peut-être, nous aussi avons-nous quelque autorité mais, spirituellement, nous n’avons aucun pouvoir. Notre seul espoir, notre seul secours, c’est la parole du Seigneur, sa parole de vie, sa parole de guérison. Une parole de résurrection. « Car, écrit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains dont nous venons d’entendre un extrait, le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur ».
Une vie que l’on gagne ici-bas par le service de Dieu, dans l’obéissance et la foi, mais surtout, dans l’espérance – et la certitude – de la miséricorde divine sans laquelle nous serions perdus.
Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit, mais fais ta demeure en moi, « purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, Toi qui es bonté ».



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