Dormition de la Mère de Dieu – 2014

Au couvent de Trazegnies.

La Dormition de la Mère de Dieu. Ce n’est pas le mémorial d’un décès, c’est une véritable ode à la Vie, cette vie éternelle qui nous a été donnée dans le Christ par sa résurrection, cette vie dans la pleine lumière divine qui nous fut révélée par la Transfiguration. Résurrection et Transfiguration, les deux piliers de notre foi qui révèlent et réalisent les œuvres de Dieu dans leur finalité envers les hommes.
Nous aimons ce mot : « dormition » pour parler du sommeil de la mort, un repos qui – pourrait-on dire – n’est pas éternel puisqu’à ce à ce sommeil va succéder le réveil de la résurrection finale et qu’une vie nouvelle va commencer. C’est ce qui est préfiguré, déjà, dans l’image de cet enfant emmailloté que le Christ tient dans ses bras : le corps même de Sa Mère qu’il emporte pour une nouvelle naissance au ciel.
Pour désigner la fête que nous célébrons aujourd’hui, l’Église a hésité entre Passage, Translation, Assomption (ce dernier terme ayant été retenu par les Catholiques romains). L’Ascension étant réservée au Christ. Pourtant, la Tradition – relayée par l’hymnographie – nous rappelle (dès les premiers stichères du lucernaire) que « la source de la Vie est déposée au tombeau » mais que « sa tombe devient l’échelle du ciel » et que celle qui fut « le Trône du Très-Haut » est « transférée de la terre jusqu’au ciel ».
Marie est femme, bien que Mère de Dieu, elle est restée une femme qui n’a rien abandonné de ses attributs maternels, elle n’est pas une abstraction, elle n’est pas une allégorie, Marie reste Marie. Elle meurt comme tous les humains et c’est dans cette mort toute naturelle, qu’elle rejoint son Fils qui est Dieu et qui siège à la droite du Père. Parfois, nous l’appelons la nouvelle Ève, la nouvelle mère du genre humain, ou plutôt, la mère d’une humanité régénérée en Christ.
La Dormition de la Mère de Dieu est la dernière des douze grandes fêtes que nous célébrons durant l’année liturgique ; une année qui – faut-il le rappeler – commence le 1er septembre dans l’Église orthodoxe. Cette date a été décidée par le premier Concile Œcuménique parce que c’était le jour anniversaire de la victoire de Constantin sur Maxence et en commémoration de la libération des chrétiens ! Mais, d’une certaine façon, ce choix a été prophétique.
En effet, aujourd’hui que nous avons oublié ces événements (dont on comprend l’importance et l’actualité à l’époque), que voyons-nous ? Une année liturgique dont la première fête célébrée est la nativité de Marie, celle qui deviendra la Mère de Dieu, celle dont les paroles de confiance lors de l’Annonciation ont permis l’Incarnation. Certes, notre foi – comme notre temps liturgique – est centrée sur le Christ Jésus, mais intimement liée à la vie et à l’attitude de sa Mère.
Marie est ainsi un exemple parfait de ce que nous pourrions aujourd’hui appeler la vie chrétienne. La confiance, l’abandon total à l’amour de Dieu, l’engagement jusque dans la souffrance. Marie est morte comme nous tous nous mourrons un jour. Le Christ l’a exaltée aussitôt comme il le fera pour nous à la fin des temps.
« La Mère de Dieu qui jamais ne se lasse d'intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d'être notre espérance ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu'elle est la Mère de la Vie et qu'elle a rejoint la Source de la vie » chante le kondakion de la fête. Mais cette gloire – comme celle manifestée par le Christ lui-même – ne concerne pas seulement que Jésus et Marie, elle est offerte à tous, à tous ceux qui croiront en Jésus-Christ, à tous ceux qui vivront en Christ et qui, dès lors, pourront se mettre sous la protection de sa Mère, devenue notre Mère.
Marie est, en effet, le premier être humain à connaître pleinement la réalisation de la promesse et des œuvres de Dieu pour les hommes. La Résurrection, car dans la dormition de Marie, le Christ confirme sa victoire sur la mort en exaltant sa Mère. La Transfiguration, car Marie, que nous disons aussi « Mère de la lumière » entre dans une gloire qui la rend « plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins », une gloire qui surpasse l'éclat de ces puissances célestes.
Marie réalise donc la fin même de l'économie du salut : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Et le premier homme à devenir Dieu est une femme, cette nouvelle Ève qui va donner vie à une humanité nouvelle.



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