Transfiguration – 2014

La fête de la Transfiguration se situe au milieu de l’été. Un temps – si la météo n’est pas trop capricieuse – où luit un plein soleil. Le monde est rempli de lumière. Mais ne disons-nous pas que ce lien entre le cycle naturel et celui de nos fêtes liturgiques est comme un symbole de la portée cosmique des événements que nous célébrons.
À Noël, les jours recommencent à s’allonger, le soleil reprend le dessus, le Christ, Soleil de Justice, vient dans notre temps, vient dans notre monde. Le soleil d’été est comme le signe éclatant (c’est le cas de le dire) de la transfiguration en Christ, de toute la création.
Les hommes se préparent à la moisson, aux vendanges. Notre tradition de la bénédiction des fruits est donc plus par rapport à la saison que liée à la fête elle-même. Mais là encore, nous pouvons lui donner un sens théologique qui rejoint cette transfiguration du monde en vue du Siècle à venir : le monde est transfiguré par les énergies divines qui pénètrent la matière créé.
Jésus est transfiguré devant les trois disciples qu’il a choisis. « Homme visible et Dieu caché, le Christ monte sur le Thabor dévoiler la splendeur de sa divinité ». Ce stichère du canon de matines donne un premier sens de la fête. Les disciples ont connu Jésus, l’homme Jésus. Un homme extraordinaire, sans doute, mais pour eux, un homme. Mais Jésus se révèle être Dieu. Comme lors de son baptême dans le Jourdain, une voix en porte témoignage : « celui-ci est mon fils bien-aimé ». Et sans doute que lorsque Pierre, Jacques et Jean « ne voient plus que Jésus seul », ne le voient-ils plus de la même façon, même s’ils ne comprennent pas vraiment ce qui s’est passé. On ne peut comprendre la Transfiguration qu’à la lumière même de la Résurrection.
Cet événement de la Transfiguration est aussi le signe de la réalisation de la promesse de Dieu. Par la présence des deux prophètes, Moïse et Elie, mais surtout par ce fait nouveau que les disciples « contemplèrent [la] gloire [du Christ] autant qu’ils le pouvaient ».
Rappelez-vous, Moïse, précisément. Lorsque sur la montagne, Yahvé lui dit : je vais passer, mais je mettrai la main devant tes yeux pour que tu ne voies pas ma gloire, car personne ne peut voir la face de Dieu et survivre. Ici, des hommes ont pu voir cette gloire de Dieu, la voir en Christ, parce que Christ est Jésus, vrai Dieu et vrai homme.
Et voilà le troisième sens de l’événement du Thabor. Un stichère de l’avant-fête nous l’exprime clairement : « voulant transformer la nature issue d’Adam, […] le Christ va dévoiler aux disciples la nature de Dieu ».
Pierre, Jacques et Jean ont vu la Lumière divine. Ils portent témoignage de cette réalité de la transformation de l’homme en Dieu. Une réalité qui pose, pour l’homme, le but même de la vie chrétienne : la transfiguration en Christ. Et ce n’est pas une conception théologique un peu abstraite, non, comme tout ce qui est dans l’Évangile, c’est une parole qui doit s’incarner en nous, c’est quelque chose qui nous concerne en nous poussant à rechercher, à retrouver en nous cette étincelle, cette lumière essentielle, divine, qui est en nous ; qui nous a été donnée lors de notre baptême et qui grandit par notre vie sacramentelle dans l’Église.
Lorsqu’il évoque sa rencontre avec Séraphin de Sarov, ce moment où le saint moine est transfiguré devant lui, Motovilov rapporte aussi les paroles du starets : tu as pu me voir ainsi parce que toi-même, tu es dans la lumière du Christ.
Nous sommes donc participants de la Transfiguration. « Le Christ, en ce jour, sur la montagne du Thabor, transformant la nature humaine ternie, lui conféra sa divine splendeur ». C’est encore un stichère, des petites vêpres de la fête cette fois. Et c’est nous, de nature humaine, nous tous et chacun de nous qui sommes ainsi transformés. Mais on connaît la symbolique du vitrail : il ne montre sa splendeur que s’il se laisse traverser par le soleil.
Le soleil d’été nous éclaire, nous réchauffe ; il fait mûrir les fruits, dorer les épis pour la moisson. Rendons grâce à Dieu pour cela. Le Soleil de Justice, le Christ, nous éclaire, nous guide. Par Lui, il nous est donné de vivre dans la clarté divine. « Gloire à Toi qui nous montre la Lumière ».



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