11e dimanche après Pentecôte 2014 - Mt 18, 23-35

Dans le récit de l’Évangile de Matthieu, Jésus dit cette parabole en complément d’une réponse à une question de Pierre qui lui demandait : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai–je ? Jusqu’à sept fois ? »  Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois. » Et il enchaîne «  Ainsi en va-t-il du Royaume des cieux comme d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. » L’objet de la parabole est donc bien celui-là : le pardon.
La fin : « Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond de son cœur » rappelle cet autre enseignement de Jésus que nous lisons – toujours de l’Évangile de Matthieu – le dimanche (si bien nommé) du pardon qui marque le début du Grand Carême : «  si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. »
Peut-être est-ce la parabole que nous avons entendue aujourd’hui qui a inspiré les traducteurs d’une nouvelle version du Notre Père (en français) qui dit : « remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs » là où généralement on dit : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». On l’avait compris, les dettes dont il est question, ce sont ces blessures, ces médisances, ces actes malveillants dont on doit faire quitte ceux qui nous ont ainsi blessés, touchés, meurtris.
Mais la parabole montre d’abord la grande miséricorde de Dieu à travers l’image de ce roi qui « règle ses comptes avec ses serviteurs ». Quand nous, nous disons que nous allons régler nos comptes, il est rarement question de pardon ou de compassion !
Vous me direz, oui, mais pour pouvoir dire à quelqu’un qui vous doit dix mille talents (pour nous, on pourrait dire, par exemple, dix millions d’euros), pour pouvoir lui dire : « c’est bon ainsi », il faut être riche. Oui, Dieu est riche. Pas en talents, en deniers ou en euros, mais en amour et en miséricorde.
Quelqu’un a dit : tous les péchés de l’homme ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de la miséricorde de Dieu.
Oui, Dieu est miséricordieux. Mais il est juste aussi. Bien sûr, pas de la manière dont nous, nous concevons la justice ! Mais quelqu’un qui se dirait : Dieu est bon, donc je peux faire ce que je veux, et au dernier moment, je lui demanderai pardon et je serai quitte, celui-là se trompe lourdement. On ne triche pas avec Dieu.
Et puis, il y a cette autre parole de Jésus : « ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ». Le Christ est parmi nous, il est aussi dans chacun de nous. C’est pour cela que rendre à celui qui doit être notre prochain ce que Dieu lui-même nous a donné à nous, c’est suivre Sa parole, c’est vivre selon l’Évangile, c’est vivre en Christ.
Dans la parabole, le roi remet sa dette à celui qui lui devait dix mille talents. Ce serviteur-là s’en prend à un autre qui lui devait cent deniers. Ce qui nous est demandé l’est à notre mesure. J’ai adapté l’image tout à l’heure en parlant de dix millions d’euros. Je pense que, parmi nous, personne ne peut dire que quelqu’un lui doit cette somme, parce qu’on aurait été bien en peine de la lui prêter ! Par contre, peut-être que quelqu’un nous doit cent, cinq cent, mille euros peut-être. Qu’allons-nous faire ? Mais, non, la question est mal posée. L’argent, ici, n’est qu’une manière de faire comprendre les choses.
Dieu, dans sa miséricorde, nous donne sa grâce et son amour. À nous de les accepter, d’en vivre, ou de les refuser. Mais si nous les acceptons, il nous reviendra de vivre selon ce qui nous a été donné. Comment ?
L’Évangile nous donne toutes les réponses : en portant témoignage (pensez à la lumière qu’on allume pour qu’elle éclaire ceux qui sont dans la maison), en agissant selon la Bonne Nouvelle qui nous a été transmise (vous êtes le sel de la terre) et puis … en pardonnant, en remettant les dettes à nos débiteurs.
En agissant ainsi, non par peur du jugement, non par intérêt pour le salut, mais réellement, profondément, « du fond de notre cœur ».



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