13e dimanche après Pentecôte – 2014 - Mt, 21, 33-42

Quand le Christ dit cette parabole, il s’adresse aux gens de son temps. D’ailleurs, comme le rapporte la suite de l’évangile de Matthieu, « les principaux sacrificateurs et les pharisiens comprirent que c’était d’eux que Jésus parlait ». C’est que, bien souvent, il les avait accusé de s’approprier – en quelque sorte – la Loi de Moïse, de chercher leur propre gloire, comme les vignerons qui disaient : « emparons-nous de son héritage ». Dans cette parabole, Jésus se présente aussi comme « la pierre d’angle », celle sur laquelle repose tout l’édifice de la foi, de la foi en Dieu par Jésus-Christ.
Vu comme cela, le récit apparaît un peu comme une sorte de prophétie, en tout cas, de menace : « le royaume de Dieu vous sera enlevé, dit Jésus, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits ». La parabole est ainsi comme inscrite dans l’histoire, les chrétiens  - ceux qu’on appellera ainsi par la suite – seront donc les nouveaux ouvriers de la vigne et les temps que nous vivons sont ainsi annoncés.
Mais le sens de cette parabole ne se limite pas à une leçon donnée en fonction d’une situation il y a deux mille ans, elle nous concerne nous aussi. Et pas seulement parce que nous pouvons – à notre tour – nous dire les nouveaux vignerons. Ou plutôt, justement, parce que nous sommes ces nouveaux ouvriers de la vigne du Seigneur. Et qu’ainsi, elle nous interpelle : comment allons-nous nous comporter ?
D’autant que, juste avant ce récit des vignerons homicides, Jésus avait raconté une autre histoire : celle du père qui demande à ses deux fils d’aller travailler à sa vigne. L’un dit : je n’irai pas et, finalement, il y va, l’autre, dit oui à son père et ensuite n’y va pas. Et que ce sont ces deux récits auxquels avaient réagi les pharisiens, tout comme nous, c’est sur ces deux récits que nous devons méditer.
L’histoire des deux fils pose la question : qui fait la volonté du Père ? (Non pas, bien sûr du père de la parabole, de celui que nous appelons Notre Père, qui est aux cieux …). Celle des vignerons, nous interpelle sur : que faisons-nous de ce que Dieu nous a donné ?
La vigne qui nous a été confiée, c’est la Parole de Dieu, c’est cet évangile que nous avons reçu de Jésus-Christ lui-même, cette Bonne Nouvelle dont nous devons porter témoignage. C’est aussi cet Esprit qui nous a été donné lors de notre baptême, comme une sorte de Pentecôte personnelle, cet Esprit dont nous devons vivre à présent, cet Esprit qui doit nous nourrir, nous guider, qui doit – comme nous l’en prions sans cesse – « faire sa demeure en nous ».
Tout cela, nous le vivons dans l’orthodoxie. Mais n’avons-nous pas, parfois, tendance à penser que c’est là notre religion, peut-être pas à nous personnellement, mais à nous comme Russes, Grecs, Roumains … ou à nous, Belges, qui en avons découvert la profondeur et la richesse et que nous gardons comme un trésor trop précieux pour pouvoir être partagé ?
La vigne qui nous a été confiée, c’est aussi notre cœur. Ce lieu unique où peuvent se rencontrer la vie de l’âme que Dieu a mise en nous et celle du corps qu’il nous est donné de vivre durant notre séjour sur la terre. Qu’allons-nous faire de ce cœur ? Allons-nous l’ouvrir à l’Esprit d’amour, de miséricorde, de charité de Dieu ? Allons-nous le laisser battre pour qu’il se satisfasse de rencontres superficielles, voire même de plaisirs égoïstes ?
Il nous revient, à l’appel du Père, d’aller travailler à sa vigne. Et si, jusqu’à présent, nous lui avons dit non, si jusqu’à présent nous lui avons dit oui mais nous n’y sommes pas allés, le moment est venu de nous y rendre. Même si – comme c’est la saison – c’est pour aider à des vendanges pour lesquelles nous n’avons pas taillés, nous n’avons pas entretenu les ceps.
Il nous revient de faire fructifier ce que nous avons reçu. En portant témoignage, en vivant « en enfants de lumière » comme l’écrit l’apôtre. Mais les fruits ne sont pas là pour notre propre gloire, même pas pour notre propre satisfaction ou l’apaisement de notre désir de piété personnelle. Les fruits sont pour la gloire de Dieu.
Et tout cela n’est possible qu’en faisant de Jésus-Christ la pierre d’angle de notre vie personnelle, celui sur qui tout repose, celui qui est à la fois notre force et notre équilibre.
À lui soit la gloire, avec son Père et le Saint-Esprit.



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