Nativité de la Mère de Dieu – 2014

A Banneux

La Nativité de la Mère de Dieu est une fête qui prend tout son sens dans la suite des événements qu’elle inaugure et, singulièrement, bien sûr, l’Incarnation, par Marie, du Fils de Dieu. Ainsi, nous pouvons chanter, avec le tropaire de la fête : « Par ta nativité, ô Mère de Dieu, la joie fut révélée à tout l’univers » parce que c’est d’elle que s’est levé le Christ notre Dieu qui nous a fait don de la Vie, la Vie éternelle.
La naissance de Marie est donc, en quelque sorte, la préhistoire de notre salut, ou plutôt, la venue du premier élément qui va tout rendre possible. Le premier stichère de litie que l’on chante aux vigiles de la fête, l’explique à sa manière : « Le principe de notre salut, peuples, ce fut la présente journée ; car la prédestinée depuis des générations, la Mère et Vierge, le tabernacle de Dieu, c’est la Stérile qui vient de l’enfanter, rameau fleuri sur la racine de Jessé. Adam le premier père se réjouisse, qu’Ève aussi tressaille de joie ! Car voici qu’en vérité l’aïeule qui fut formée de la côte d’Adam, proclame bienheureuse sa fille et descendante en disant : Ma délivrance est enfantée ; des chaînes de l’Enfer je vais être libérée ! David se réjouisse et sur la harpe bénisse le Seigneur notre Dieu, puisque d’un stérile sein la Vierge sort en ce jour pour le salut de nos âmes. »
C’est donc bien le salut qui est annoncé, préparé, par cette naissance miraculeuse. En effet, c’est bien une femme stérile (Anne) qui a mis au monde celle qui, tout en demeurant vierge, enfantera du Fils de Dieu. Certains ont d’ailleurs vu la stérilité d’Anne comme le signe de la stérilité de la nature humaine avant la venue du Christ. « Puisque la Vierge Mère de Dieu devait naître de sainte Anne, la nature n'a pas osé anticiper sur la grâce : la nature demeura stérile jusqu'à ce que la grâce eût porté son fruit. Il fallait qu'elle naisse la première, celle qui devait enfanter le premier-né antérieur à toute créature, en qui tout subsiste » écrivait saint Jean Damascène.
On le sait, la conception de Marie (fêtée le 9 décembre) est un élément de discorde entre les catholiques romains et les orthodoxes. En effet, l’Église de Rome proclame Marie « Immaculée Conception ». Elle en a même fait un dogme qui a été officiellement proclamé en 1854.
Je cite : « Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »
Aucun des Pères de l'Église n'avait auparavant eu cette approche de la Mère de Dieu. Nous, orthodoxes, ne partageons donc pas cette affirmation. Nous disons que tout le mérite de la Mère de Dieu est d'avoir choisi volontairement la voie de la pureté et de la virginité et que seul le Christ par son incarnation a pris tous les éléments de notre nature humaine, hormis le péché d’Adam.
Que Marie, née comme tout être humain, marquée du péché originel, ait pu être enlevée au ciel lors de sa dormition, est le plus grand des espoirs pour nous tous puisque Marie a été le premier être humain à connaître pleinement la réalisation de la promesse et des œuvres de Dieu pour les hommes. Et cela, précisément, sans « disposition spéciale » lors de sa conception.
Les faits confirment donc les paroles de Jésus : ce qui est impossible à l’homme est possible pour Dieu. Ce qui était stérile peut devenir fertile, comme ce qui est mort ressuscitera ! Ce qui était ténèbre sera transfiguré. Ainsi donc, la Nativité de Marie – parce qu’elle sera la mère de Jésus, parce que, Mère de Dieu, elle enfantera Celui qui va vaincre la mort –  la Nativité de Marie est le premier geste de la résurrection du Christ, donc de la résurrection universelle.
Dès sa naissance Marie est ainsi fêtée comme Mère de Dieu. C’est ainsi qu’elle apporte au monde entier la promesse du salut. Mais, dans le concert des fêtes qui vont suivre, dans la douleur parfois des événements, celle dont nous célébrons aujourd’hui la naissance sera celle qui s’offrira comme la servante du Seigneur, non pas dans la servilité mais dans une totale confiance, elle sera aussi celle qui partagera, avec son Fils, les douleurs de la passion et du calvaire.
La Nativité de la Mère de Dieu est signe d’une libération : c’est la fin d’une stérilité qui annonce la fin de la mort. C’est ce que chante le kondakion : « Joachim et Anne de l'humiliante stérilité,  * Adam et Ève de la mort et du tombeau, * ensemble furent délivrés par ta naissance, ô Vierge immaculée, * et ton peuple en ce jour célèbre ta nativité, * libéré, lui aussi, de l'esclavage du péché, * et chante la Stérile qui enfante * la Mère de Dieu, la nourricière de notre Vie. »



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