Exaltation de la Croix

A la paroisse St Nicolas - Bruxelles (rue De Mot)

Un jour, quelqu’un qui croyait avoir de l’humour racontait cette mauvaise blague : si le Christ avait été noyé, les chrétiens mettaient un aquarium sur leur cheminée. Ce n’était ni drôle et encore moins de bon goût. Pourtant, c’était sans doute un bel exemple de ce que dit l’apôtre : « le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent ». Mais non, nous ne sommes pas fous. Et ce que nous vénérons, ce n’est pas un instrument de supplice, la croix est devenue le symbole de notre salut parce que c’est sur la croix que le Christ est mort pour nous et c’est son sacrifice qui nous sauve : par sa mort, il a terrassé la mort (c’est ce que nous chantons à Pâques) c’est ainsi que la croix est signe de la vie.

Il y a quelques années, une idée a couru dans les écoles, et même les écoles catholiques : il faut enlever les crucifix des classes pour ne pas traumatiser les enfants. Quel dégénérescence de la foi : sur le crucifix, on ne voit plus qu’un homme mort et, effectivement, un homme mort ne s’expose pas ainsi ! Mais le Christ ne nous voyons sur la croix, nous le voyons aussi dans sa résurrection. Oui, il a souffert, oui, il a connu la passion, oui, il a été humilié, frappé, cloué sur le bois, percé de la lance. Mais sa mort était le passage obligé pour notre vie. C’est bien cela que nous chantons : « Seigneur, nous vénérons ta croix et nous glorifions ta sainte résurrection ».

Si on voit la croix sans la résurrection, alors, oui, on ne voit qu’un homme mort sur un instrument de supplice. Si nous célébrons la résurrection en oubliant la croix, nous vivons dans l’illusion. Ne dit-on pas que la vie, notre vie, est faite de petites morts et de résurrections. Il nous faut parfois mourir à nos habitudes, à nos besoins parfois, à nos désirs souvent pour découvrir une vie plus profonde, plus riche. Demandez à quelqu’un qui a connu une dépendance – l’alcool, la drogue, le tabac peut-être – et qui est parvenu à s’en défaire : le drogué est mort mais l’homme qu’il est devenu est bien vivant, on pourrait dire « mieux vivant ». C’est vrai aussi du point de vue spirituel.

Mais tout cela ne peut être compris que dans la foi. On pourrait même dire que dans l’Esprit. Parce que ce sont des choses qui nous dépassent et que seul l’Esprit saint peut nous ouvrir l’intelligence – autant qu’il se peut – pour que nous approchions de ces mystères. « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu » écrit saint Paul aux Corinthiens.

Nous faisons le signe de la croix, nous le faisons souvent. Le prêtre bénit par le signe de la croix et les fidèles demandent cette bénédiction. Parce que signe de la croix nous protège comme la croix nous a sauvés. « Par ce signe, tu vaincrais » disait la voix à Constantin alors qu’il se préparait à la bataille et qu’il voyait un signe, une croix, dans la lumière du soleil. Par ce signe, nous vaincrons. Mais notre bataille n’est plus avec des armes, elle n’est même pas avec des mots (et pourtant, qu’est-ce qu’on peut parler et parler encore !) non, notre bataille elle est avec cela dont la croix est le signe : l’amour. « On verra que vous êtes mes disciples, disait Jésus, à ce que vous vous aimez les uns les autres ». Malheureusement, il suffit de nous regarder pour voir que nous sommes loin du compte !

Mais cela aussi, c’est notre bataille : il nous faut mourir à nous-mêmes, à nos égoïsmes, nos a priori, notre tendance à ne pas supporter les autres, nos rejets, nos colères … Il nous faut mourir à nous-mêmes pour renaître en Christ. C’est tout cela notre croix. Notre croix, ce n’est pas le poids de nos petites misères, de nos ennuis, de nos chagrins. Notre croix, c’est de se transformer, de faire – comme le dit encore saint Paul – de faire mourir le vieil homme qui est en nous pour faire vivre un homme nouveau. Le vieil homme, c’est l’homme de la chair et du sang, l’homme nouveau, c’est l’homme spirituel. Renouvelé par le baptême et vivant en Christ parce que le Christ vit en lui. C’est notre croix, c’est aussi notre force.

« Oui, tandis que les Juifs demandent des miracles – écrit l’apôtre – et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous prêchons, nous un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu »



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