18e dimanche après Pentecôte – 2014 - 2Co, 9, 6-11 – Lc 5, 1-11

Sans aucun doute, l’événement a-t-il été déterminant pour Pierre et ses compagnons. D’abord, il y a eu le miracle, puis cette parole de Jésus qui leur indique déjà quelle sera leur mission : « je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Cette déclaration n’est pas comme une image qui prolongerait l’événement de la pêche miraculeuse, Jésus – ici encore et comme Il le fait souvent – évoque des prophéties de ce qui va devenir l’Ancien Testament : Amos disait aux hommes : « on vous enlèvera avec des crochets, et votre postérité avec des hameçons » (Am 4,2). Ou bien Jérémie : « Voici, j’envoie une multitude de pêcheurs, et ils les pêcheront » (Jér. 16,16). Mais ici encore, à ces paroles des prophètes, le Christ donne un sens nouveau : alors, les hommes étaient pris pour le jugement et la mort, maintenant, ils sont appelés pour le salut et la vie, la vie en Christ.
Pour nous, aujourd’hui, cet épisode que rapporte l’évangéliste Luc est plus qu’une image, c’est un véritable enseignement. Car, bien sûr, ce n’est pas seulement le souvenir d’un des nombreux miracles de Jésus durant sa vie sur la terre, c’est une leçon et aussi, pour nous comme ce le fut pour Pierre, Jacques et Jean, un appel.
Pourtant, tout commence par un échec. Les hommes ont peiné toute la nuit, ils ont jeté les filets, ils ont cherché les bons endroits, jeté à nouveau les filets, et ils n’ont rien pris. Ils ont épuisé toutes leurs forces, ils ont fait selon leurs moyens. Mais non, rien. Et voici que Jésus intervient. Et de l’échec, Il fait un prodige, la pêche est miraculeuse.
Combien de fois ne nous est-il pas arrivé de chercher à résoudre un problème, de mener à bien une entreprise, par nos propres moyens, en comptant sur nos propres forces ? Heureusement, notre mémoire est sélective et elle a tendance à effacer le souvenir de ces nombreux échecs (sauf bien sûr, ceux qui avaient des conséquences graves). Combien de fois n’avons-nous pas été poussés à accomplir telle ou telle chose, on ressentait ça comme un appel, et on a essayé, comme on pouvait.
Combien de fois nous sommes-nous tournés vers le Christ ? Combien de fois avons-nous demandé son aide, sa grâce, dans la tâche qui était la nôtre ? Mais aussi, comment l’avons-nous demandé ? Oui, le Christ peut transformer nos échecs en réussite que nous dirons peut-être même miraculeuse, pour autant que nous travaillions pour la gloire de Dieu et non pour notre propre satisfaction ou notre propre notoriété.
Et puis surtout que nous nous abandonnions à Lui, que nous nous laissions inspirer par l’Esprit Saint qui nous donnera à la fois l’indication du chemin à suivre et la force de nous y engager et de tenir jusqu’au bout.
Car, dans le récit de la pêche miraculeuse que nous rapporte saint Luc, il y a cette phrase, cette phrase qui change tout, cette phrase qui permet tout : sur ta parole, nous le ferons. Si Pierre avait dit au Seigneur (et pour le dire de façon familière) : écoute, nous avons trimé toute la nuit, sans rien prendre, nos filets sont abîmés, nous sommes fatigués, on verra ça plus tard … S’il avait tenu ce discours, qui est souvent le nôtre quand il s’agit des choses spirituelles, des choses de l’Église, des choses du Christ, s’il avait dit cela, il ne se serait rien passé : pas de pêche miraculeuse et surtout, pas de promesse, pas de mission.
On peut dire que, si nous sommes ici, c’est que nous avons été pris à l’hameçon. Attirés peut-être par la beauté de la Liturgie, par certaines valeurs que porte encore l’orthodoxie : le sens du sacré, la profondeur des offices … à l’hameçon, il y a toujours un appât. Mais si nous avons été pris, ce n’est pas pour notre perte, ce n’est pas pour devenir esclaves, c’est pour être des serviteurs oui, mais d’abord des volontaires qui mettent toutes leurs forces au service du Seigneur.
Des serviteurs qui, malgré leur faiblesse, malgré leur fatigue,  malgré leurs échecs, sont appelés à devenir eux-mêmes des pêcheurs d’hommes. Non pas des recruteurs pour on ne sait quel soi-disant juste combat, non pas des activistes pour une nouvelle forme de martyre, mais des témoins de la Parole du Christ, parole vivante, parole de liberté, parole de Vie.
Mais, une fois engagés, il ne nous faudra pas ménager nos forces, c’est ce que dit l’apôtre Paul aux Corinthiens dans l’extrait que nous venons d’entendre : « qui sème chichement, chichement aussi moissonnera et qui sème largement, largement aussi moissonnera ! Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie ». (2Co 9, 6-7)
Le semeur qui répand la parole sur toute la terre, sans prendre garde de l’endroit où il jette la semence et le pêcheur qui jette les filets sans chercher à savoir ce qu’il remontera, ce sont peut-être les deux images de notre propre vocation, aujourd’hui, dans notre monde, dans notre société, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



Site web réalisé par Arnaud Simonis