21e dimanche après Pentecôte – 2014 - Lc 8, 5-15

C’est en élevant la voix que Jésus s’écrie : « entende qui a des oreilles pour entendre ». Et pourtant, il vient d’expliquer à ses disciples la parabole du semeur. Et pourtant, si Jésus parle ainsi en paraboles, c’est qu’il emploie un discours, des comparaisons, des images afin que ceux qui l’écoutent puisse précisément comprendre, approcher des réalités spirituelles qui, sans cela, leur seraient tout à fait hors de portée.
Mais ceux qui l’écoutent l’entendent-ils ? Se laissent-ils toucher par sa parole ? Il n’est prise sourd, dit-on, que celui qui ne veut pas entendre.  Et entendre la parole du Christ, se laisser toucher par la parole de Dieu, c’est ouvrir son cœur, c’est vivre autrement que pour soi, pour d’autres valeurs que celles du monde. Comme le disait déjà le psaume 113 (12-14) : « Les idoles des nations sont de l'argent et de l'or, elles sont l'ouvrage de la main des hommes ; elles ont une bouche et ne parlent point, elles ont des yeux et ne voient point, elles ont des oreilles et n'entendent point. »
Or, précisément, ceux qui écoutaient ainsi Jésus étaient aussi des gens qui, pour la plupart, avaient une grande connaissance de la loi de Moïse, des prophètes et des psaumes. Certaines paroles de Jésus avaient donc pour eux une signification particulière. Ils pouvaient se reconnaître dans ce peuple de sourds, de muets et d’aveugles.
C’est ce qui ressort de ces paroles de Jésus rapportées par l’évangéliste Matthieu : « C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. Et pour eux s'accomplit cette prophétie d'Esaïe: Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point; Vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible; Ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils n'entendent de leurs oreilles, qu'ils ne comprennent de leur cœur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.… (Mt 13, 13-15).
C’est donc un choix : celui de rester sourd à l’appel de Dieu. Et ce n’est peut-être pas un hasard si bon nombre de miracles de Jésus racontés dans les Évangiles concernent des guérisons d’aveugles, de sourds et de muets. La Parole de Dieu se révèlera ainsi à ceux qui l’accueilleront pleinement, ceux qui seront la bonne terre pour la semence.  C’est bien là tout le sens de la parabole du semeur. Elle veut faire cesser ce constat que faisait le prophète Jérémie (5, 21) : « Ecoutez ceci, peuple insensé, et qui n'as point de cœur! Ils ont des yeux et ne voient point, Ils ont des oreilles et n'entendent point ». Ce même Jérémie qui ajoutait : (4:22) « Certainement mon peuple est fou, il ne me connaît pas; ce sont des enfants insensés, dépourvus d'intelligence; ils sont habiles pour faire le mal, Mais ils ne savent pas faire le bien » et de dire encore (8, 7) : « Même la cigogne connaît dans les cieux sa saison; la tourterelle, l'hirondelle et la grue observent le temps de leur arrivée; mais mon peuple ne connaît pas la loi de l'Eternel ».
C’est ce même constat que l’on retrouve dans l’image de l’âne et du bœuf de notre icône de Noël qui rappellent les mêmes paroles du prophète Isaïe : (1, 3)  « Le bœuf connaît son propriétaire, l’âne connaît la mangeoire où ses maîtres le nourrissent ; Israël, lui, ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien ».
Pourtant les disciples, eux, écoutaient, entendaient mais ils ne comprenaient pas toujours. Jésus leur dit pourtant : « à vous, il est donné de comprendre les mystères du Royaume de Dieu », malgré cela, ils lui demandent ce que signifie cette parabole. C’est que leur esprit n’était pas encore ouvert, les paroles du Deutéronome (29, 4) s’appliquaient toujours à eux : « jusqu'à ce jour, l'Eternel ne vous a pas donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ».
« Vous savez, écrira saint Paul aux Corinthiens (1Co 12, 2-3) que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon que vous étiez conduits. C'est pourquoi je vous déclare que nul […] ne peut dire: Jésus est le Seigneur! si ce n'est par le Saint-Esprit ». C’est l’Esprit Saint qui ouvre les yeux et les oreilles pour autant que l’homme Lui ouvre son cœur, l’Esprit de la Pentecôte mais aussi l’Esprit de notre baptême, notre baptême et notre foi en Jésus-Christ.



Site web réalisé par Arnaud Simonis