22e dimanche après la Pentecôte – 2014 - Ga 6, 11-18 – Lc 16, 19-31

Le Seigneur dit. Jésus parle. Souvent en paraboles. Il parle pour ses contemporains, ceux qui l’écoutent. Il parle aussi pour nous au travers du récit qu’en ont fait les Évangélistes. On peut donc avoir deux lectures, deux manières de les comprendre, de les expliquer. Ainsi, cette phrase : « entre nous, s’est ouvert un abîme profond, et ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le peuvent, non plus ceux qui voudraient passer de là jusqu’à nous ».
Celui qui parle, c’est Abraham. Celui qu’on appelle parfois « le père des croyants », en tout cas, une des figures les plus importantes de ce que certains appellent « l’Ancienne Alliance » et que nous lisons, nous, dans l’Ancien Testament.
Pour les Hébreux, du temps de Jésus, Abraham était sans doute l’image même du juste, celui qui devait se trouver dans la proximité de Yahvé. D’ailleurs, nous-mêmes, nous utilisons encore cette référence en priant pour nos défunts lors de la panychida, demandant que leur âme « soit comptée au nombre de ceux qui demeurent dans le sein d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Une manière, sans doute, de demander qu’elle soit comptée au nombre des justes, de ceux qui sont justifiés, c’est-à-dire jugés dignes de se trouver devant le Seigneur.
Mais, reste cet abîme. Celui qui sépare dans la mort le riche et le pauvre Lazare, celui qui sépare ce lieu de félicité, de paix que nous évoquons en disant « le sein d’Abraham » et ce lieu de tourments où se trouve celui que, pour nous donner bonne conscience peut-être, nous appelons le mauvais riche.
L’abîme, il s’est créé avec Adam. Rappelez-vous ce récit, dans la Genèse après que l’homme eût magné le fruit de l’arbre défendu : « Le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Eden, pour qu’il cultive la terre d’où il avait été pris. Après avoir chassé l’homme, il posta, à l’est du jardin d’Eden, les chérubins et l’épée flamboyante qui tournoie, pour garder le chemin de l’arbre de la vie ».
Ainsi, la relation entre Dieu et l’homme était rompue. C’est le récit de ce que nous appelons la chute ou le péché originel : l’homme a voulu se prendre pour Dieu, il a été renvoyé à ses vraies dimensions, sa vraie nature. Il a connu ses limites, il a connu la mort.
Cette réalité était concrétisée dans le Temple de Jérusalem par ce fameux voile qui interdisait l’entrée du Saint des Saints, comme notre iconostase sépare la nef de l’église du sanctuaire.
Mais les portes du sanctuaire s’ouvrent, le temps d’une liturgie, mais surtout, plus symboliquement encore, durant la nuit de Pâques et toute la semaine du Renouveau. Elles s’ouvrent comme le voile du Temple lui-même s’est déchiré, il s’est déchiré alors que le Christ mourait sur la croix. Le sacrifice de rédemption était accompli. Il n’y avait plus de séparation entre Dieu et l’homme, entre l’homme et Dieu. L’abîme n’était pas comblé mais un pont était jeté. Ce qui était infranchissable pour les tenants de la Loi de Moïse devenait un chemin de vie pour ceux qui allaient suivre le Christ.
La Loi n’était pas abolie mais la promesse était accomplie. « Car, écrit l’apôtre Paul aux Galates, en Jésus-Christ, ce qui importe, ce n’est pas la circoncision ni l’incirconcision – c’est-à-dire, précisément, les prescriptions de la Loi de Moïse – mais d’être une créature nouvelle ».
Une créature renouvelée par la vie en Christ, cette vie qui nous a été donnée au matin de Pâques, par la résurrection. Mais, dit Abraham au mauvais riche, « s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu’un qui ressusciterait des morts ». Si la parole, prophétique, s’adresse d’abord aux Hébreux contemporains de Jésus, elle nous interpelle tout autant : notre salut passe par la foi en la résurrection du Christ, parce que c’est elle qui nous ouvre le chemin, c’est elle qui jette le pont sur l’abîme, parce que c’est elle qui fait des nous des créatures nouvelles, des enfants de Dieu et qui nous permet de dire, comme nous le ferons encore tout à l’heure,  Notre Père …



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