A propos du carême de Noël (2014)

Demot 2014

Je vous propose aujourd’hui de laisser les lectures que nous venons d’entendre pour une réflexion sur le temps que nous vivons. Nous venons, en effet, d’entrer dans le temps du carême de Noël. Je dirais que c’est le carême le plus dur à respecter. Notre calendrier, en effet, met le 25 décembre, fête de Noël, au 7 janvier. Ce qui nous met en décalage avec celui qui rythme notre vie de tous les jours. Et ce temps de Noël, des fêtes de fin d’année, comme on dit, n’est pas seulement un temps liturgique mais il est marqué par des manifestations festives, culturelles et surtout commerciales qui font qu’on est dans un environnement qui pousse à la consommation, à une table bien garnie et à une sorte de plaisir obligatoire et toujours un peu artificiel. Mais, c’est vrai que dans cette ambiance de champagne et foi gras, nos repas de légumes et nos soupes maigres de carême peuvent sembler durs à avaler.

C’est donc une occasion de rappeler le sens même des carêmes. Je dis bien des carêmes et non pas du carême, parce que nous avons peut-être tendance à ne penser qu’au grand carême, celui qui précède la grande et sainte fête de Pâques. Il est vrai que ce Grand Carême est aussi un temps tout à fait particulier au cours duquel l’Eglise elle-même nous accompagne : il y a des offices particuliers, les chants ont des tons mineurs, les vêtements liturgiques sont sombres, bref, là aussi une ambiance qui – cette fois – nous pousse à la prière, à la méditation. Ici, pour le carême de Noël, pas plus d’ailleurs que pour celui de la Mère de Dieu ou des Sts Pierre et Paul, pas d’offices particuliers, simplement des ornements sur les analoïs qui font penser à ce qu’on appelle « un carême léger », et puis, c’est tout.

Pourtant, il n’y a pas de règles différentes : le carême, c’est le carême. Alors ?

Alors, la première chose à éviter, c’est de se dire : « c’est trop dur, ce n’est pas pour moi » ou, pire encore, de chercher des raisons qui n’existent pas comme par exemple : « c’était bon dans le temps » ou « c’est bon pour les moines » et de tout rejeter.

La seconde, c’est de s’arrêter aux seules règles concernant le régime alimentaire et de chercher seulement à s’y conformer, je veux dire, de réduire le carême à un questionnement permanent : est-ce que je peux manger ceci, ou cela ? Et, finalement, de chercher toujours un accommodement : « bon, tant pis, je vais prendre un peu de ceci, et j’irai me confesser après » ou, pire encore, de tricher purement et simplement !

Il faut le répéter : le but du carême, ce n’est pas de se faire souffrir, ce n’est pas de se sentir frustré, ce n’est pas non plus de noter des points comme sur un parcours de golf : « j’ai réussi ceci (en ne mangeant pas, en ne buvant pas) ou au contraire, j’ai raté cela », seulement en fonction de règles pratiques. Le but du carême, c’est de nous préparer spirituellement à un événement important : ici, la naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ, un événement fondamental dans l’histoire de notre salut puisque c’est le moment où le Fils de Dieu se fait homme, c’est par son incarnation que nous sommes sauvés.

Evidemment, c’est plus simple de passer le carême comme si on parcourait un chemin en voiture : ici, limitation de vitesse, là, dépassement interdit,  là, on ne peut pas s’arrêter … Les règles sont claires, si on transgresse – et qu’on se fait prendre – on est puni. C’est clair. Découvrir l’esprit du carême, c’est autre chose, et c’est plus subtil, évidemment.

Maintenant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit et n’attendez pas de moi que je vous dise ici que vous pouvez traiter ce carême par-dessus la jambe, qu’il est moins important. Non. Ce que je veux dire, et que je répète avant chaque grand carême, c’est toute l’importance de découvrir ce que j’appelle l’esprit du carême.

Le Seigneur lui-même a cherché à le faire découvrir à ceux qui l’écoutaient en commençant par les mettre en garde contre l’hypocrisie. En commençant aussi par celle des pharisiens dont il disait : « Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes, alors qu’eux–mêmes se refusent à les remuer du doigt.  » Une critique que les prêtres d’aujourd’hui doivent bien méditer. A tous, Jésus disait : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

Concrètement, et pour en revenir à ce temps du carême de Noël que nous vivons, essayez de respecter le carême quand vous êtes à la maison mais si vous êtes invités quelque part et que l’on vous sert quelque chose à manger et si vous dites : « Oh non ! Pas ça, je suis en carême ! » Au mieux, on vous respectera, on vous dira peut-être que vous êtes courageux … attention, comme disait Jésus : vous avez déjà votre récompense ! Au pire, on ne va pas vous comprendre ou on pensera que, décidément, ces orthodoxes sont des intégristes avec tout ce mot peut vouloir dire aujourd’hui !

Agissez donc selon votre conscience. Et n’hésitez pas à en parler au prêtre. La confession, ce n’est pas seulement le moment où on avoue ses fautes, c’est aussi le moment où on réfléchit ensemble, où on cherche sa voie sur le chemin vers Dieu. Car, finalement, c’est cela le but du carême : nous recentrer sur ce qui est l’essentiel, c’est-à-dire de remettre Dieu au centre de notre vie. Les carêmes sont des étapes particulières de notre démarche spirituelle, de notre vie spirituelle en Jésus-Christ mais aussi – et il ne faut surtout pas l’oublier – avec les autres.

Le carême est peut-être ce moment béni où nous devons méditer cette invitation proclamée au cours de la divine liturgie, juste avant le canon eucharistique : « Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit nous confessions le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible ».



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