25e dimanche après Pentecôte – 2015 - Lc 10, 25-37

« Je suis le voyageur dépouillé par le brigandage de mes pensées;  tout vulnéré, je ne suis que blessures;  ô Christ, viens me sauver  en guérissant mes plaies ». La phrase est extraite du Grand Canon de saint André de Crète, vous savez, celui que nous lisons les quatre premiers jours de la première semaine du Grand Carême.
Le mot vulnérer, en français est un archaïsme – un vieux mot oublié, sauf parfois en littérature – qui signifie : blesser moralement. Nous sommes donc bien ce voyageur agressé et laissé pour mort, et les brigands sont en nous : ce sont nos pensées, celles qui nous poussent à l’égoïsme, la jalousie, à critiquer les autres – et souvent, ceux qui nous sont les plus proches – à manquer bien souvent de charité.
D’où viendra notre secours ? De la religion ? De cet ensemble de règles, de rituels, de limites imposées, de code suggéré pour un meilleur vivre ensemble et prêché au nom d’une autorité supérieure ? Le prêtre qui croise le chemin du malheureux change de côté et poursuit son chemin. Apparemment, ce n’est pas son affaire.
De la loi, alors ? En lisant ce passage de l’évangile, on pense évidemment à la loi de Moïse. Mais cette loi n’est plus la nôtre, elle ne fait pas partie de notre vie, de notre quotidien. La loi des hommes ? Mais on ne connaît que trop bien les limites – et même les failles, les erreurs voire les compromissions – de la justice humaine. Et puis, la loi n’est pas faite pour prendre en charge chacun et chacune dans ses malheurs, dans ses difficultés. Et surtout pour ce qui est du spirituel.
Oui, nous sommes cet homme agressé par le monde qui nous entoure, ses soi-disant valeurs, son esprit de consommation, ses tendances égoïstes où ce que l’on désire se transforme en droit que l’on revendique. Nous sommes là, au bord de la route, au bord de la vie. Notre seul espoir est dans celui qui est comme étranger à ce monde, celui que la parabole de Jésus évoque sans le nommer : le Christ lui-même.
Lui seul pourra nous prendre en charge, nous soigner, nous guérir, nous sauver. Les deux deniers qu’il remet à l’hôtelier, ce sont les signes de sa grâce : le baptême et l’eucharistie. Et son engagement dépasse de loin ce qui est évoqué ici : « si tu dépenses quelque chose en plus, je te le paierai à mon retour ».
Nous sommes cet homme agressé par les brigands, mais nous pouvons aussi être ce bon Samaritain. Par la grâce dont Dieu nous a fait le don, nous pouvons à notre tour venir en aide aux autres. Je dirais même que nous devons le faire. « Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait » dira Jésus. Il nous faut donc, contrairement au prêtre et au lévite de la parabole, aller vers l’autre. Mais, trop souvent, nous aurions plutôt tendance, nous aussi, à détourner notre chemin.
Nous devons être ce bon Samaritain mais nous pouvons aussi être cet hôtelier à qui le Seigneur confie les blessés de la vie. Bien sûr, on pensera aux prêtres : ils ont, comme on dit, charge d’âme, c’est – pour le dire familièrement – leur boulot de s’occuper des autres. N’est-ce pas le boulot de chacun ? « Suis-je le gardien de mon frère ? » demande Caïn à Yahvé qui l’interpelle. Oui, nous sommes les gardiens de nos frères. Non pas comme des gardiens de prison en voulant les enfermer dans croyances, des rituels mais comme des gardiens qui veillent sur leur troupeau, sur ceux que le Seigneur a mis, en quelque sorte sous notre protection.
En fait, c’est cela le gage de notre salut. Le docteur de la loi demandait à Jésus : « que dois-je faire  pour avoir en partage la vie éternelle ? » et, en réponse, Jésus lui raconte cette parabole. Une manière de dire qu’il s’agit bien plus que de mettre en pratique des prescriptions mais qu’il s’agit de les vivre. « Qui s’est montré le prochain de celui qui était tombé aux mains des brigands ? Celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. »
Ainsi, lorsque Jésus conclut cet entretien, sa parole s’adresse aussi à nous, aujourd’hui : « Va, et toi aussi, fais de même ».



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