Saint Nicolas – Lille – 2014 - Lc 6, 17-23

L’évangile de Luc que nous venons d’entendre nous est proposé à l’occasion de la fête de saint Nicolas. Sans doute parce que chacune des affirmations de Jésus sont comme des traits de caractère du saint que nous célébrons. On pourrait dire aussi qu’elles dessinent une image du Christ lui-même, dans son humilité, sa miséricorde et son amour pour les hommes. C’est aussi comme un résumé de la Parole qu’Il incarne.
Et pourtant, si on s’arrête aux mots, ce discours de Jésus parle d’une seule chose, une chose qu’on aurait peut-être quelque réticence à évoquer : le bonheur. Je me souviens avoir écrit quelque part que le bonheur était comme un lézard attrapé par la queue : quand on croit le tenir, il s’échappe en ne vous laissant entre les doigts qu’un bout de cendres. Parler du bonheur, c’est souvent risquer de tenir des propos désabusés ou, au contraire, de se laisser aller à une douce rêverie.
Et pourtant, les Béatitudes nous parlent du bonheur. Comme pour nous persuader, Jésus ne cesse de répéter ce mot : heureux. Mais le bonheur qu’il promet, la béatitude qu’il annonce n’ont rien à voir avec nos petits bonheurs sentimentaux ou matériels qui, certes, sont comme des rayons de soleil dans nos vies, mais qui sont si fragiles, si fugaces.
Quand Jésus parle du bonheur, c’est comme quand il parle de la joie, ou de la paix. Rappelez-vous : « Je vous laisse la paix » dit-il à ses disciples, mais il ajoute « je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne ». La joie non plus n’est pas comme celle du monde, pas plus que le bonheur. L’homme Jésus parle du bonheur vers lequel peut conduire le Christ. Ses mots ne sont pas des paroles humaines, c’est la Parole de Dieu.
Heureux.
On peut être heureux en se détachant du matériel (celui qui cherche son bonheur dans les biens de consommation ne sera jamais satisfait), heureux quand on ouvre son cœur aux autres (on n’est jamais aussi heureux que quand on est amoureux !), heureux quand on parvient à sortir de son égoïsme (on n’est plus enfermé sur soi avec ses peurs, ses désirs insatisfaits), heureux quand on a faim de quelque chose de plus grand, quand on a soif d’absolu. « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ! » dit Jésus, comme s’il évoquait cette Eau vive qu’il avait promise à la Samaritaine.
Heureux ceux qui pleurent. Pas de chagrin, pas de colère, pas de dépit, pas de faiblesse mais de la tendresse ressentie dans le cœur, de l’émotion du souffle de l’Esprit. Le don des larmes est une grâce de Dieu. Ces larmes qui purifient, ces larmes qui ouvrent l’âme à la tendresse de Dieu.
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » dira Jésus à Thomas. « Heureux ceux qui sont invités au dîner des noces de l’agneau ! » peut-on lire dans l’Apocalypse. Heureux les invités au repas du Seigneur l l’invitation étant ainsi lancée à tous ceux qui, aujourd’hui, maintenant, pourront prendre part à l’eucharistie et goûter ainsi, dès à présent, au Royaume de Dieu.
Car le bonheur promis par Jésus n’est pas renvoyé à plus tard, n’est pas réservé à l’au-delà. Il est promis pour aujourd’hui. Ou plutôt demain, le temps que nous soyons capables d’intérioriser ces paroles, on pourrait dire de les laisser s’incarner en nous.
Ce bonheur promis par Jésus ne dépend que d’une chose, ne dépend que de nous : de notre conversion. Une conversion vraie, profonde. Oh ! Ce n’est pas des plus aisé et ça demande parfois des efforts. C’est un des objectifs de la période que nous vivons avec le carême de Noël.
Et puis, c’est vrai, suivre le Christ n’est pas toujours sans risque. À côté du drame que vivent les chrétiens d’Orient, de la violence qui s’abat sur eux, notre sort est sans doute – et sans commune mesure – bien enviable. Pour nous, ce sont les sourires moqueurs, les quolibets, les critiques voire les grossièretés.
Notre conversion serait alors semblable à un alpiniste qui entame une escalade : il y a les cailloux du chemin, il y a le danger des ravins, il y a l’effort de monter ; mais quand il arrive au sommet, ce qu’il peut découvrir, c’est une aube nouvelle, comme si le soleil se levait sur une page nouvelle de son existence, comme si tous ses sens étaient ouverts. « Heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent ! »



Site web réalisé par Arnaud Simonis