27e dimanche après Pentecôte – 2014 - Eph 6, 10-17 – Lc13, 10-17

On l’a dit souvent, il y a plusieurs manières de lire, plutôt d’entendre, de comprendre les extraits de l’Évangile qui nous sont proposés chaque dimanche : on en fait une sorte d’analyse pour savoir ce que tout cela voulait dire au temps de Jésus, comment ses paroles interpellaient ses contemporains et puis – je dirais peut-être, surtout – ce que ça représente pour nous. Il m’arrive souvent de poser cette question : et nous, qui sommes-nous ? Lequel de ces personnages évoqués dans une parabole, mieux encore : une rencontre ?
Le récit que nous venons d’entendre est très court. On peut donc tenter les deux approches. D’autant que l’une pourra nous permettre de mieux exprimer l’autre.
La femme est courbée. Depuis 18 ans. 18, en numérologie : nombre qui évoque la féminité, l’image de la mère, nombre qui suggère l’incertitude, qui affecte l’émotion pour conduire à des peurs, des insatisfactions. Mais cela n’est pas l’essentiel. La femme est courbée. Physiquement. Mais surtout moralement, spirituellement.
On voit des gens, comme ça, qui marchent comme s’ils portaient tout le poids du monde sur leurs épaules. Le poids de trop grandes tristesses, le poids de trop de peines.
Sans doute voudrait-elle lever les bras au ciel, se tourner vers Dieu, mais elle ne le peut pas. Pas de ses propres forces, en tout cas. Jésus va la guérir, il va lui permettre de se redresser. Jésus lui impose les mains, comme un signe de création : Il fait d’elle une femme nouvelle. Il lui dit : « te voilà délivrée » !
Pour les Juifs, le sabbat était aussi un signe de délivrance : celle de l’esclavage en pays d’Egypte, c’était aussi un mémorial lié à la création : ce septième jour où Dieu se reposa, un signe d’espérance aussi : c’est comme un avant-goût du monde messianique. Et, par son geste, Jésus va se révéler être tout cela. Il fait du sabbat un jour de victoire et de libération, libération du péché, libération de la mort.
« Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres » écrit saint Paul aux Éphésiens.
Si nous devons parfois lutter contre la maladie, notre principal combat est spirituel. Aussi, pouvons-nous maintenant nous interroger, poser la question, essentielle pour nous, pour chacun d’entre nous car chacun aura sa réponse, elle ne lui sera, et ne pourra être, que personnelle.
Quelles sont donc nos peurs, nos insatisfactions, nos émotions qui nous maintiennent spirituellement courbés et incapables de nous redresser et de nous tourner vers Dieu. Qu’est-ce qui nous maintient encore en esclavage ? Esclaves de notre égoïsme, trompés par notre orgueil, tiraillés par nos désirs. Et depuis combien de temps suis-je là, ainsi ployant l’échine alors que je dis avoir rencontré Jésus mais incapable de vivre ma vie avec Lui, en Lui et Lui en moi ? Dix-huit ans, ou plus encore ?
À toutes ces questions, chacun se doit d’apporter la réponse s’il veut un jour être libéré. Mais cette libération ne viendra pas du respect de règles, de l’exercice de rituels. Venez donc vous faire guérir un autre jour que le sabbat, dit le chef de la synagogue qui n’a rien compris.

Mais non, Jésus ne tient pas un cabinet de guérison qui serait fermé les jours fériés ! Cette histoire est, une fois de plus, celle de la charité contre le légalisme.
Le peuple, lui, a bien vu ce qui se passait, il a bien compris l’attitude de Jésus : « la foule entière était dans la joie de toutes les merveilles qu’Il accomplissait ».
Question. Et moi ? De quel côté suis-je ? Suis-je celui (ou celle) qui regarde si la femme porte le foulard, si le voisin ne croise pas les jambes, si l’autre fait bien le signe de la croix, que sais-je encore ? Celui-là, celle-là qui attache une importance exagérée à des gestes, des signes, des attitudes au point d’en oublier l’essentiel ou celui (ou celle) qui, se détachant de ce qui l’entoure, partage toute la joie et l’allégresse d’une liturgie qui nous ouvre les portes du Royaume de Dieu et qui nous rend participants à l’effusion de sa grâce ?
Saint Paul l’écrit, on le cite souvent : c’est par la grâce que nous serons sauvés. C’est par la grâce que nous serons libérés de nos liens charnels, matériels. C’est par la grâce que nous serons relevés, nous qui courbons le dos sous le poids de ce que nous appelons « nos péchés » de ce qui nous éloigne de Dieu. Guéris, libérés, redressés par la grâce de Dieu et la miséricorde de Jésus-Christ.



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