28e dimanche après Pentecôte – 2014 - Lc 17, 12-19

à Bruxelles, rue De Mot

Ils sont dix. Le nombre minimum de fidèles (masculins) pour tenir une assemblée dans la synagogue. Un symbole. D’autant que le Christ dira : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Ils sont dix, mais tous ne sont pas Juifs : on apprendra par la suite qu’il y avait parmi eux au moins un Samaritain. Qu’importe, ils sont tous égaux devant la maladie, tous sont des impurs, tous sont rejetés de la société dans laquelle ils vivent.

Jésus, lui, est en chemin. Tout au long des récits rapportés par les évangiles, il marche, de Judée en Galilée, en passant parfois par la Samarie et vers ce but ultime, qui sera aussi le terme de sa vie terrestre : Jérusalem. Tout au long de ce périple, il rencontre des gens : ces hommes et ces femmes qui ont entendu parler de Lui et qui viennent pour l’écouter parler, qui viennent aussi, souvent, pour se faire guérir.
Parfois, c’est lui qui va vers l’un ou l’autre, comme le paralytique au bord de la piscine de Siloé ou ce jeune homme que l’on porte en terre et que pleure la veuve de Naïm. Ici, ce sont les lépreux qui vont vers Jésus. En gardant la distance que leur impose leur état. C’est eux qui, en quelque sorte, forcent la rencontre. Et Jésus ne les évite pas. Leur cri est en appel de détresse : « Seigneur Jésus, aie pitié de nous ». Pour nous, ces mots résonnent d’une façon toute particulière puisqu’ils constituent le centre même de la prière de Jésus.
« Allez vous montrer aux prêtres ». C’était une prescription de la loi de Moïse : les lépreux guéris devaient aller faire ainsi constater qu’ils pouvaient reprendre une vie normale. Donc Jésus leur dit de suivre cette Loi, mais il ne leur dit pas qu’ils sont guéris. C’est donc couverts de leurs plaies qu’ils prennent le chemin du Temple. Parce qu’ils font confiance, même contre toute apparence. Sont-ils à ce point sûrs de la parole du Christ ? Ont-ils en eux une espérance qui les pousse à accomplir cette directive alors que …
Alors que rien ne leur semble acquis. Ce n’est qu’en chemin qu’ils constatent leur guérison. Comme c’est en chemin que nous pourrons constater que notre vie a changé, car nous sommes parfois comme ces aveugles, ou comme le pèlerin russe des récits bien connus : nous devons avancer, dans la confiance et l’espérance en ces paroles qui nous ont été donnée, en ces appels que nous avons entendus, en ces idées qui ont été mises en nous.
Ils étaient dix à crier « Seigneur Jésus, aie pitié de nous », un seul revient pour rendre grâce et remercier. Mais, en fait, les autres n’ont fait que suivre ce que Jésus leur avait dit de faire : « Allez vous montrer aux prêtres ». Dix sont guéris dans leur corps, un seul reçoit la véritable guérison : celle de l’âme. Une foi de plus, le message est clair. Ce n’est pas par la Loi – et pour nous la simple observance des rituels – que nous sommes sauvés.
Et là, les paroles de Jésus sont sans ambiguïté : « Lève-toi, ta foi ta sauvé ». En grec, le verbe « se lever » est le même que pur « ressusciter ». En néerlandais aussi d’ailleurs, ni proclamons-nous pas, à Pâques : « Christus is opgetaan ». « Sta op » aurait pu dire Jésus à l’aveugle. Oui, la guérison est totale. « Va » dit encore Jésus. C’est un appel au témoignage.
Quant à ce merci que, certes, Jésus n’attend pas mais qui change tout, ne nous arrive-t-il pas souvent d’être comme les neuf autres aveugles ? Même vis-à-vis de nos semblables ? bien sûr, on peut se dire qu’on remerciera plus tard, mais bien souvent, plus tard, cela veut dire jamais. Et cette attitude que nous avons envers les hommes, ceux qui nous ont aidé, ceux qui nous ont secouru, combien pire encore est-elle vis-à-vis de Dieu ?
Aujourd’hui, il y a des traitements contre la lèpre. Mais il y a d’autres lépreux qui nous interpellent, nous, ce sont les SDF, les sans-papiers, les réfugiés de toutes sortes qui sont rejetés, objet de nos exclusions. Si on ne les dit pas impurs, on le pense indésirables. Pourtant, ils ne sont jamais que des victimes. Victimes du monde que nous avons organisé autour de l’argent, du commerce à outrance, du matérialisme.
Et peut-être sont-ils aussi indésirables, leur vue est-elle insupportable parce qu’ils nous renvoient à nos lèpres intérieurs que sont l’égoïsme, le repli sur soi, la dureté de cœur, la faiblesse de la foi.
Pour tout cela, c’est à nous, maintenant, de crier d’une voix forte : « Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, prend pitié de nous pécheurs ».



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