Dimanche après Noël – 2015 - Mt 2, 13-23

L’ange du Seigneur dit à Joseph de fuir en Égypte avec l’enfant et sa mère. L’Égypte. Pour les Juifs, ce pays est synonyme d’esclavage. C’est là que le peuple Hébreux a passé plusieurs siècles sous le joug de pharaon. Mais pour Joseph, l’enfant Jésus, et Marie sa mère, l’Égypte devient un pays d’accueil.
L’Égypte, à l’époque où se passent tous ces événements est un pays où règne le paganisme, la religion est le mode de gouvernement de l’état. Il suffit de visiter les temples aujourd’hui en ruine pour avoir une idée de l’importance de tout cela. Certes, la venue sur cette terre du Christ, de l’enfant Jésus, n’a rien changé sur le coup, mais l’Égypte verra – comme une bénédiction sur ce pays – quelques siècles plus tard, s’ouvrir les plus beaux et les premiers monastères.
Enfin, cet épisode de la fuite en Égypte donne à Matthieu une première occasion d’affirmer que cet enfant qui vient de naître est bien le fils de Dieu. Il cite le prophète Osée : « d’Égypte, j’appellerai mon fils ». C’est Dieu qui parle et Jésus est donc bien son fils.
À la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur dit à Joseph de revenir en terre d’Israël. C’est comme un nouvel exode. Mais si Moïse avait conduit le peuple à travers le désert pour le libérer du joug, de l’esclavage des Égyptiens, le Christ, lui, va le guider vers la vraie libération : celle du péché, celle du prince de ce monde. Et ce n’est pas seulement le peuple d’Israël qui va être concerné, qui va être appelé : la Bonne Nouvelle sera annoncée au monde entier.
Certes, ce sont les bergers qui sont les premiers avertis de la naissance de l’enfant, mais très vite vont venir ces mages d’Orient, des païens pour qui les étoiles, les planètes sont messagères des dieux. Mais, comme nous le chantons dans le tropaire de Noël : « Ceux qui servaient les astres sont instruits par l'astre de t'adorer, Soleil de Justice ». Ainsi, à travers eux, déjà, « Ta naissance, Ô Christ, notre Dieu, a fait resplendir dans le monde la lumière de l'intelligence ».  
Dans l’imagerie de Noël, ici en Wallonie, il y a le berger paresseux : il connaît le chemin, il l’indique avec son sabot, mais il ne bouge pas. Il y a tous les appelés, mais il y a peu d’élus. Les élus sont donc ceux qui ont répondu ou ceux, comme les mages, qui se sont mis en recherche.
Dieu a envoyé son fils, certains l’ont accueilli – même en pays étranger – d’autres l’ont rejeté jusqu’à le clouer sur la croix. Dès sa naissance, ce fils de Dieu s’est voulu pauvre parmi les pauvres. Il est né dans une grotte. Celui qui allait offrir son corps en nourriture pour la rémission des péchés, a reposé dans une mangeoire pour animaux. Il a connu la persécution, l’exil.
Tous ces événements du commencement, c’est une famille qui les a vécus. Une famille qui n’a pas trouvé de place à l’hôtellerie, une famille qui a dû s’abriter dans une étable, une famille qui a dû fuir le tyran qui voulait s’en prendre à l’enfant, une famille qui a pris de chemin de l’exil. Une famille, comme beaucoup d’autres qui vivront pareils malheurs.
Non seulement le Fils de Dieu s’est incarné, il s’est fait homme, mais il s’est fait homme comme nous. Tandis que pharaon se faisait traiter comme un Dieu, Jésus se disait le Fils de l’Homme. Le premier imposait sa loi, le second portait simplement sa parole. Mais c’était une parole libératrice, une parole de vie.
Cette parole, c’est à nous aujourd’hui qu’elle est adressée. C’est à nous aujourd’hui que l’appel est lancé. Non plus par des anges et des trompettes, non plus par une étoile qui nous montrerait le chemin, mais par ces événements de notre vie, ces rencontres, ces lectures peut-être qui nous interpellent, qui nous ouvrent les yeux, qui nous ouvrent le cœur.
Peut-être devons-nous, nous aussi, sortir de notre Égypte où nous sommes esclaves de nos habitudes, de nos besoins, de nos désirs. Esclave de toutes ces choses que nous appelons péchés.
Peut-être, comme saint Paul, avons-nous connu notre chemin de Damas, ce moment décisif où l’appel se fait clair et pressant, ce moment qui fait que la vie n’est plus la même, même si on n’est pas changé de tout au tout mais qu’on est poussé vers autre chose, d’autres besoins, d’autres désirs.
De notre réponse dépendra notre vie.



Site web réalisé par Arnaud Simonis