Dimanche avant Théophanie – 2015 - Mc 1, 1-8

La lecture proposée en ce dimanche avant la Théophanie est en fait le tout début de l’évangile de Marc. C’est, dit-on, le texte le plus ancien, donc le plus proche de la tradition orale de ceux qui commençaient à propager la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Et le récit débute avec Jean qui baptise dans le Jourdain. C’est donc que, pour eux, pour ces tout premiers chrétiens dont certains avaient peut-être connu et Jean et Jésus, la figure de celui qu’on appellera le Précurseur ou encore Jean de Baptiste, revêtait une grande importance. Et c’est vrai qu’on en parle beaucoup dans les récits évangéliques.
Il est, comme le dit saint Marc celui qui prépare le chemin du Seigneur. Mais le Christ avait-il donc besoin qu’on lui ouvre ainsi la route ? Certes non. Mais les hommes, oui. Et peut-être que la clé de tout cela se trouve dans les derniers mots de l’extrait que nous venons de lire, lorsque Jean-Baptiste dit : « Moi, je vous ai baptisés dans l’eau, lui, il vous baptisera dans le saint Esprit !
Le baptême de Jean – et saint Marc le précise – est un baptême de repentance pour la rémission des péchés. Voilà le mot essentiel : la repentance, le repentir. Bien sûr, il résonne déjà à nos oreilles d’une façon toute particulière alors que nous terminons les festivités de l’Incarnation (Noël et Théophanie) et que nous voyons poindre le Grand Carême qui, lui, nous mènera jusqu’à Pâques et la résurrection.
Dans peu de temps, en effet, nous chanterons : « Ouvre-moi les portes du repentir, ô Donateur de Vie » retrouvant ainsi, en quelque sorte, tout ce qui fait la démarche de Jean-Baptiste lorsqu’il prêchait : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche ». Peut-être était-ce là vraiment la vocation de Jean : préparer ainsi le chemin du Seigneur vers le cœur des hommes par une nécessaire repentance.
Mais de quoi parle-t-on ? On pense au regret d’avoir péché, à cet exil qui est le nôtre, séparé de Dieu. On ressent peut-être un sentiment de culpabilité pour le mal qu’on a pu faire aux autres, et souvent à ceux qui nous sont les plus proches. Et puis, cette sensation de faiblesse : on voudrait tant, mais on ne peut pas. Il y a toujours quelque chose qui nous entraîne vers un chemin de traverse, un vent contraire qui nous pousse là où nous ne voudrions pas aller, un caillou sur lequel on heurte et qui nous fait tomber.
On voudrait sortir de tout cela, mais, en fait, sait-on ce que l’on veut vraiment ? On n’en a pas une idée claire. Les regrets, la culpabilisation n’ont rien de constructif. L’impression de faiblesse n’a jamais été source de vigueur, et nous oublions parfois qu’il peut être plus grand de se relever quand on est tombé que de toujours marcher droit sans trop se poser de questions.
Pour comprendre, pour se guider vraiment, il suffit pourtant parfois d’un mot. Le même, mais en grec. Ce que nous appelons repentir se dit metanoia. C’est un terme qu’on utilise en théologie parce qu’il a un sens plus précis : changer d’esprit.
Le repentir n’est plus alors un sentiment de tristesse, c’est une volonté d’être autre. C’est la réalisation de ces paroles du prophète Ezéchiel (36, 26) : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. »
Ce que Dieu promettait ainsi aux hommes, Jésus-Christ vient le rendre possible. Parce que le baptême de repentance dans l’eau devient baptême de la grâce dans l’Esprit Saint.
Lorsque nous baptisons un enfant, c’est d’abord dans l’eau, signe de ce repentir, de cette nécessaire metanoia, avant qu’il ne reçoive avec la chrismation le sceau du don de l’Esprit Saint. Parce que c’est comme cela que le Christ nous l’a dit « allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). Ainsi peut naître cet homme nouveau dont parle l’apôtre Paul, cet homme qui vit en Christ, cet homme qui vit de Jésus-Christ.
Mais il ne faut pas s’y tromper, le repentir, la metanoia n’est pas une étape, une sorte de préliminaire, c’est la démarche de toute une vie.



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